D'Apollo à Artemis : l'évolution des missions lunaires habitées
Comparaison des missions lunaires habitées
En , une grande page d'histoire est écrite : pour la première fois, des astronautes du programme Apollo de la NASA posent le pied sur la Lune. Le programme Apollo a démontré que les missions d'exploration habitées d'un autre corps céleste étaient possibles, une véritable source d'inspiration pour des générations. Plus de cinquante ans plus tard, la campagne Artemis a été mise en branle en vue de retourner sur la Lune, cette fois pour s'y installer et pour préparer les missions futures dans l'espace lointain.
Six des 12 missions Apollo habitées des années et se sont posées sur la Lune. La campagne Artemis actuelle prend le relai et vise encore plus loin : séjours prolongés, approfondissement des connaissances et collaboration avec des partenaires internationaux et du secteur privé.
À l'époque du programme Apollo, le Canada a joué un rôle de soutien important dans plusieurs domaines. La participation du Canada à la campagne Artemis est encore plus étendue et diversifiée, signe de notre savoir-faire croissant en robotique spatiale, en recherche scientifique et en astronautique. La campagne Artemis vise à s'installer durablement sur la Lune grâce à plusieurs missions, avec ou sans équipage, ainsi qu'à la station spatiale Gateway qui sera mise en orbite autour de la Lune. Cette station pourra accueillir quatre astronautes à la fois, qui iront parfois sur la Lune pour faire de la recherche scientifique et tester de nouvelles technologies.
Tableau comparatif – Contributions du Canada
Programme
Apollo
Artemis
Contributions
Stations de poursuite et instruments essentiels pour surveiller les engins spatiaux et retransmettre les communications entre l'équipage et le centre de contrôle.
Développement du bouclier thermique du module de commande.
Train d'atterrissage du module lunaire Eagle d'Apollo 11.
Calculs distincts de la pression pour Apollo 13.
Formation en géologie à Sudbury pour les équipages d'Apollo 16 et 17.
Développement du Canadarm3, un système robotisé ultraperfectionné qui servira à réaliser des expériences scientifiques et à assurer la maintenance de la station spatiale Gateway.
Le Canadarm3 a permis de garantir une place à un astronaute canadien dans la mission Artemis II et une autre à bord d'un futur vol à destination de la station Gateway.
Participation active de Jeremy Hansen, spécialiste de mission d'Artemis II, et Jenni Gibbons, astronaute de relève canadienne, à la définition des exigences relatives aux opérations et à la formation des équipages des futures missions lunaires.
Rôle de capcom dans le cadre des futures missions lunaires (Jenni Gibbons).
L'astronaute de la NASAEdwin E. Aldrin Jr. (Buzz Aldrin), se prépare à installer une série préliminaire d'instruments scientifiques lors de la mission Apollo 11. (Source : NASA.)
Vue d'artiste de la station spatiale Gateway en orbite autour de la Lune. (Source : NASA, Alberto Bertolin, Bradley Reynolds.)
Objectifs
Les programmes Apollo et Artemis sont tous deux extrêmement ambitieux, mais répondent à des objectifs différents. Le programme Apollo a permis de réaliser une première historique – poser le pied sur la Lune – dans un contexte d'urgence et de forte pression. Le programme Artemis, quant à lui, vise à développer la capacité d'explorer la Lune à long terme et de façon durable. Les missions Artemis consisteront à passer plus de temps sur la Lune et en orbite lunaire ainsi qu'à préparer les futures missions habitées sur Mars.
Tableau comparatif – Objectifs
Programme
Apollo
Artemis
Objectifs
Envoyer des astronautes sur la Lune avant la fin des années 1960 et les faire revenir sur Terre en toute sécurité.
Développer la capacité de travailler dans l'environnement unique de la Lune.
Atterrir et marcher sur la Lune pour prélever des échantillons de pierres et de sol.
Tester et améliorer les systèmes spatiaux.
Explorer la surface de la Lune avec des instruments scientifiques.
Conduire les premières astromobiles lunaires sur de longues distances pour prélever des échantillons.
Développer les compétences nécessaires aux missions futures dans l'espace lointain.
S'établir sur la Lune.
Étudier la géologie, les ressources (comme la glace d'eau) et l'environnement de la Lune de manière encore plus approfondie.
Tester des technologies de pointe, comme de nouvelles fusées et habitations ainsi que de nouveaux atterrisseurs pour les futures missions sur Mars.
Officialiser la coopération internationale grâce aux accords Artemis afin de garantir l'exploration pacifique, sûre et durable de l'espace, en toute transparence.
Collaborer avec des entreprises commerciales pour mettre au point des atterrisseurs, des solutions logistiques et d'autres services.
L'astronaute de la NASAHarrison H. Schmitt, pilote du module lunaire, est photographié debout à côté d'un énorme rocher lunaire fendu appelé « Tracy's Rock » lors de la troisième activité extravéhiculaire de la mission Apollo 17 sur le site d'atterrissage de Taurus-Littrow. Cette photo a été prise par l'astronaute de la NASA Eugene A. Cernan, commandant. (Source : NASA.)
Les quatre membres d'équipage d'Artemis II et les astronautes de relève de l'Agence spatiale canadienne (ASC) et de la NASA, accompagnés d'employés de la NASA lors d'une formation en géologie en Islande. (Source : NASA/Robert Markowitz.)
Technologie
Plus de 50 ans séparent le programme Apollo et la campagne Artemis : il va sans dire que les technologies spatiales ont grandement évolué! Les outils modernes, les matériaux de pointe et les systèmes ultrasophistiqués d'Artemis rendent les missions plus sûres et efficaces que jamais.
Les lanceurs, capsules spatiales et atterrisseurs d'Apollo et d'Artemis ont été construits pour répondre aux besoins de leur époque. Les missions Apollo duraient de 1 à 12 jours, alors que les missions Artemis visent à mettre la table pour des présences de plus longue durée sur la surface lunaire.
1er étage : cinq moteurs F-1
2e étage : cinq moteurs J-2
3e étage : un moteur J-2
Étage principal : quatre moteurs RS-25 et deux propulseurs à ergol solide
Étage de propulsion cryogénique intermédiaire : un moteur RL10B-2
Poussée
33,8 millions de newtons
39,1 millions de newtons
Hauteur
110,6 m
98 m
Diamètre
10,1 m
8,4 m
Masse totale au lancement
2 900 000 kg
2 600 000 kg
Le premier étage de la fusée Saturn V de la mission Apollo 11 (à gauche) et l'étage principal du lanceur SLS de la mission Artemis I (à droite) en position horizontale dans le hall d'assemblage VAB de la NASA. (Source : NASA.)
Le premier étage de la fusée Saturn V de la mission Apollo 11 (à gauche) et l'étage principal du lanceur SLS de la mission Artemis I (à droite) en position verticale dans le hall d'assemblage VAB de la NASA. (Source : NASA.)
Capsules
Tableau comparatif – Capsules
Programme
Apollo
Artemis
Capsule
Module de commande
Module habitable Orion
Nombre maximal d'astronautes
3
4
Volume de l'habitacle
5,95 m3
9 m3
Durée de la mission
Jusqu'à 14 jours
Jusqu'à 21 jours
Source d'énergie
Piles à combustible
Quatre panneaux solaires comptant près de 15 000 cellules solaires, d'une envergure totale de 18,6 m une fois déployés
Module de service
Pour l'alimentation électrique, la propulsion, l'oxygène et le stockage de divers produits consommables
Construit par l'Agence spatiale européenne, pour l'alimentation électrique, la propulsion, le contrôle thermique, l'air respirable et l'eau
Le vaisseau spatial Apollo 10 (à gauche) et le vaisseau spatial Orion d'Artemis I (capsule et module de service) (à droite) dans le hall d'assemblage Neil-Armstrong de la NASA. (Source : NASA.)
Astromobiles
Tableau comparatif – Astromobiles
Les astromobiles ont joué un rôle important dans l'exploration de la Lune et sont toujours aussi essentielles qu'avant. Plusieurs pays développent différents types de véhicules lunaires, dont le Canada et son astromobile utilitaire, pour contribuer aux efforts internationaux consacrés à l'exploration de la Lune.
Programme
Apollo
Artemis
Astromobiles
Petites astromobiles que les astronautes conduisaient eux-mêmes
Véhicules de haute technologie qui pourront parcourir de plus longues distances. Certains se déplaceront de façon autonome.
D'autres astromobiles serviront au transport, à la logistique, aux expériences scientifiques et à d'autres activités pouvant être réalisées à l'aide d'outils robotisés.
L'astronaute James B. Irwin, pilote de module lunaire, près de l'astromobile lunaire LRV pour y travailler lors de la première sortie extravéhiculaire d'Apollo 15 au site d'atterrissage Hadley-Apennine. (Source : NASA.)
Vue d'artiste du concept du véhicule tout-terrain lunaire de la NASA. (Source : NASA.)
Combinaisons spatiales
Les combinaisons spatiales du programme Apollo étaient conçues pour permettre aux astronautes de participer à de courtes missions lunaires et étaient contraignantes. Les combinaisons du programme Artemis seront utilisées plus longtemps et offriront une mobilité accrue aux astronautes.
Tableau comparatif – Combinaisons spatiales
Programme
Apollo
Artemis
Au lancement/Dans une capsule
Combinaison sur mesure, mais encombrante et peu souple
Combinaison spatiale Orion, de couleur orange, lors du lancement et de la rentrée dans l'atmosphère terrestre pendant la mission Artemis II
Sur la surface de la Lune
Même combinaison, à laquelle était ajouté un système de survie portatif et des « couvre-chaussures » lunaires
Casque avec visière dorée et un pare-soleil
Protection contre les températures extrêmes et les micrométéoroïdes, mais mauvaise résistance à la poussière lunaire et flexibilité limitée
Cordon ombilical reliant la combinaison et le système de survie du vaisseau spatial
Combinaison appelée AxEMU mise au point par Axiom Space
Plus souple et résistante, conçue pour empêcher la poussière de s'infiltrer dans les articulations
Meilleure régulation de la température
Faite de composants réglables qui permettra de s'adapter à une plus grande variété de morphologies
L'astronaute de la NASAAlan B. Shepard Jr., commandant de la mission Apollo 14, lors des vérifications des combinaisons spatiales avant le lancement de la mission. (Source : NASA).
Portrait de l'astronaute de l'ASC Jeremy Hansen vêtu de la combinaison spatiale Orion, utilisée lors du lancement et de la rentrée atmosphérique lors d'Artemis II. (Source : NASA.)
L'astronaute de l'ASC Jenni Gibbons simule des activités sur la Lune vêtue de la combinaison spatiale d'Axiom Space qui sera utilisée lors des futures missions Artemis sur la surface lunaire. (Source : NASA.)
Recherche scientifique
Les objectifs scientifiques de l'exploration de la Lune ont évolué parallèlement à la technologie. Les missions Apollo ont permis de collecter des pierres lunaires et de mener des expériences afin de mieux comprendre l'histoire de la Lune. Les scientifiques pensaient qu'il n'y avait pas d'eau sur la Lune. Ultérieurement, des chercheurs ont réexaminé les pierres collectées lors des missions Apollo à l'aide de nouvelles techniques et de nouveaux instruments, et ont découvert qu'il y avait de la glace d'eau sous la surface. Artemis s'appuiera sur ces travaux avec de nouveaux outils et explorera de nouvelles avenues scientifiques.
Tableau comparatif – Recherche scientifique
Programme
Apollo
Artemis
Projets/Expériences
Prélèvement de pierres et de sol (total de 382 kg)
Mesures des séismes lunaires et des conditions à la surface
Approfondissement des connaissances sur la formation de la Lune
Exploration du pôle Sud de la Lune, où jamais des astronautes ne sont allés
Poursuite de la recherche sur la glace d'eau, un élément essentiel des futures missions habitées dans l'espace lointain
Étude de la géologie et de l'environnement de la Lune de manière plus détaillée avec des instruments ultraperfectionnés
Ok
Tara Hayden, une jeune chercheuse en géologie lunaire de l'Université Western, en Ontario, explique comment les observations des astronautes et les échantillons de pierres qu'ils vont collecter sur la Lune permettront de faire avancer la recherche sur l'eau de la Lune, une ressource cruciale lors des futures missions lunaires. (Sources : ASC, NASA, Université Western, Agence spatiale européenne/Skidmore, Owings & Merrill.)
Le poste central (en haut, au centre) et le mortier de l'expérience sismique active (au centre) de la série d'instruments scientifiques ALSEP ainsi que le chariot lunaire (coin supérieur droit), prêts à se faire déplacer sur la Lune par les astronautes de la mission Apollo 14. (Source : NASA.)
Des scientifiques et des ingénieurs ont testé la station de surveillance de l'environnement lunaire de la NASA dans un « bac à sable » rempli de faux régolite lunaire en vue de la mission Artemis III. (Source : NASA.)
Équipages
La sélection des astronautes pour les missions d'exploration de la Lune n'est plus la même. À l'époque du programme Apollo, les astronautes étaient tous des hommes américains, pour la plupart des pilotes militaires. Dans la campagne Artemis, les astronautes sont diversifiés, proviennent du monde entier et sont issus de différentes disciplines.
Tableau comparatif – Équipages
Programme
Apollo
Artemis
Équipages
Les 24 astronautes qui se sont rendus jusqu'à la Lune étaient tous des hommes américains.
La plupart étaient des pilotes d'essai militaires.
Chaque mission avait un commandant, un pilote du module de commande et un pilote du module lunaire.
Les équipages comprennent des femmes et des astronautes d'autres pays que les États-Unis.
Les membres d'équipage ont de l'expérience en science, en génie ou en pilotage.
Un commandant et un pilote de la NASA (les deux sont des pilotes d'essai).
Une spécialiste de mission de la NASA (scientifique et ingénieure).
L'astronaute de l'ASC Jeremy Hansen est aussi spécialiste de mission (aussi pilote de chasse spécialisé en sciences spatiales et en physique).
Sa collègue Jenni Gibbons est l'astronaute de relève canadienne (chercheuse spécialisée en combustion et ingénieure).
Plus de 50 ans séparent ces photos de l'équipage d'Apollo 17 (à gauche) et d'Artemis II (à droite), sur le bras d'accès de leur plateforme de lancement avant leur mission lunaire respective. (Source : NASA.)
Formation et entrainement
L'entrainement en vue des missions lunaires a toujours été rigoureux, évoluant au fil des avancées technologiques et des objectifs des missions. Qu'il s'agisse de s'exercer aux manœuvres d'atterrissage sur un simulateur ou encore de se préparer aux vols de longue durée, chaque mission a tiré parti des acquis de la précédente. Les procédures d'urgence étaient une priorité lors du programme Apollo et c'est toujours le cas pour la campagne Artemis.
Tableau comparatif – Formation et entrainement
Programme
Apollo
Artemis
Opérations de vol
Utilisation de maquettes grandeur nature du module de commande et du module lunaire au centre spatial Johnson pour s'entrainer aux opérations de vol, mais aussi aux situations d'urgence
Pour la mission Artemis II, préparation avec des maquettes du vaisseau spatial Orion et des simulateurs numériques qui reproduisent fidèlement les systèmes spatiaux
Exercices d'amerrissage et scénarios où le système de communications d'Orion tombe en panne
Préparation scientifique
Prélèvement manuel d'échantillons
Formation en Arizona (États-Unis), à Sudbury (Ontario, Canada) ou dans les régions volcaniques d'Hawaï (États-Unis) pour apprendre à identifier et à collecter des échantillons de pierres sur des terrains comparables à ceux de la Lune
Préparation à mener diverses expériences. Les membres d'équipage d'Artemis II porteront un moniteur et un détecteur de rayonnement
Travaux géologiques sur le terrain dans des endroits où les caractéristiques géologiques et topographiques ressemblent à celles de la Lune : au cratère Mistastin (Kamestastin), à Terre-Neuve-et-Labrador, ainsi qu'en Islande, en vue de perfectionner les procédures pour les futures missions lunaires
Préparation physique
L'entrainement physique demeure essentiel pour se préparer à une mission dans l'espace lointain et pour des activités sur la Lune, peu importe l'époque.
Tableau comparatif – Préparation physique
Programme
Apollo
Artemis
Préparation physique
Épreuves d'exposition à la chaleur et participation à des simulations d'apesanteur
Pour la mission Artemis II, préparation à la vie à bord du petit habitacle de la capsule Orion pour une mission de 10 jours, y compris la préparation des repas spatiaux, l'exercice physique avec une roue d'inertie et la gestion des systèmes de survie
Plus de 50 ans séparent ces photos de l'équipage d'Apollo 17 (à gauche) et d'Artemis II (à droite), sur le bras d'accès de leur plateforme de lancement avant leur mission lunaire respective. (Source : NASA.)
L'équipage d'Artemis II, y compris l'astronaute de l'ASC Jeremy Hansen et sa relève Jenni Gibbons, participe à un exercice en mer au large de San Diego. (Source : NASA/Ken Allen.)
Vlogues de Jeremy Hansen
La série de vlogues Destination Lune de Jeremy Hansen vous fera découvrir toutes sortes de détails sur Artemis II et les coulisses des préparatifs en vue de la mission.