BP Reg : Expérience canadienne en vue de prévoir l'évanouissement chez les astronautes

Le test dans l'espace peut aussi avoir de nombreuses applications en santé chez les adultes plus âgés et pourrait contribuer à la prévention des chutes

L'astronaute de l'Agence spatiale canadienne (ASC) Chris Hadfield (à gauche) s'entraîne, avant de partir en mission, à l'expérience BP Reg avec le chercheur principal, le Dr Richard Hughson (à droite). (Source : ASC)

Un voyage de longue durée dans l'espace peut causer une faiblesse dans les genoux chez certains astronautes. Au cours d'un vol spatial, le corps humain doit s'adapter à ces conditions inhabituelles que constitue la microgravité. Après un séjour de plusieurs mois à bord de la Station spatiale internationale (ISS), il peut s'avérer difficile de se réadapter à la vie sur Terre sous la force de la pesanteur. En fait, un tiers des astronautes qui reviennent de l'espace ont des pertes d'équilibre, se sentent étourdis et sont victimes d'évanouissements.

Une nouvelle expérience canadienne laisse espérer que l'on trouvera pourquoi certains astronautes sont victimes d'évanouissement. En effet, elle devrait permettre de prévoir dans quelle mesure ils récupèrent après des changements rapides de la tension artérielle.

Dirigée parle Dr Richard Hughson, chercheur à l'Université de Waterloo, et parrainée par l'Agence spatiale canadienne (ASC), l'expérience appelée BP Reg est amorcée avec l'astronaute canadien Chris Hadfield comme premier sujet d'expérimentation.

Fonctionnement de notre système cardiovasculaire dans l'espace

Dans les conditions de microgravité qui règnent dans l'espace, le système cardiovasculaire se déconditionne parce qu'il doit moins résister à la gravité pour pomper le sang dans l'ensemble du corps. De plus, toujours en raison de la microgravité, le sang afflue dans la tête et la poitrine, ce qui réduit le travail du cœur.

Mais, au retour sur Terre après un vol de longue durée, cette adaptation du système cardiovasculaire à l'espace entraîne une diminution de la pression artérielle qui est assez importante pour que le sang s'accumule surtout dans la partie inférieure du corps et s'achemine moins vers le cerveau. Dans certains cas, les astronautes se sentent étourdis ou s'évanouissent parce que le cerveau n'a pas été irrigué par une quantité suffisante de sang riche en oxygène.

Contrer les effets du vol spatial

L'ASC a déjà financé des études uniques sur la manière dont le système cardiovasculaire compose avec l'apesanteur. Ces études ont fait appel à 14 astronautes à bord de l'ISS dans le cadre des expériences CCISS et Vascular. Amenant la science une étape plus loin, l'expérience BP Reg permettra, pour la première fois, d'en savoir plus sur le degré de dégradation des fonctions cardiovasculaires et de déterminer les mécanismes physiologiques particuliers qui entrent en jeu.

Chris Hadfield, le premier des huit astronautes participant à l'étude, recueillera des données avant, pendant et après sa mission. Pour ce faire, il fixera des brassards gonflables sur ses jambes et vérifiera s'il y a des changements de pression sanguine qui pourraient aider à prévoir les risques d'étourdissement et d'évanouissement. 

Même si elle ne pose pas de risques pour la santé dans l'espace, cette adaptation cardiovasculaire peut avoir des répercussions négatives sur la santé des astronautes lorsqu'ils se réadaptent à la pesanteur après un vol de longue durée, comme les missions futures à destination de Mars qui s'échelonneront sur plusieurs années.

La recherche spatiale vient à l'aide de la vie sur Terre

L'expérience BP Reg non seulement aide à comprendre les étourdissements chez les astronautes, mais elle a aussi des retombées directes pour les humains sur Terre – surtout ceux qui sont enclins à tomber et donc à se blesser, comme les personnes âgées.

Selon le Dr Hughson, environ 6 % des personnes âgées de plus de 70 ans vont s'évanouir, et le taux de récurrence est de 33 % approximativement dans les deux ans. Les évanouissements et les chutes contribuent pour beaucoup aux fractures osseuses chez les personnes âgées, et il y a un taux de mortalité de 35 % chez celles qui se sont fracturées la hanche.

Les chercheurs espèrent que ce projet canadien unique contribuera directement à la mise au point de méthodes pouvant servir à prévoir quels individus dans la population en général pourraient être victimes d'évanouissements et de chutes.

Chris Hadfield et la santé du cœur dans l'espace

L'astronaute canadien Chris Hadfield se soumettra à l'expérience canadienne BP Reg que dirige le Dr Richard Hughson de l'Université de Waterloo. Les résultats de cette expérience pourraient nous aider à mieux comprendre le système cardiovasculaire humain et les mécanismes à la base de l'évanouissement, et pourraient ensuite contribuer à réduire le nombre de blessures et de décès notamment chez les personnes âgées. (Source : ASC/NASA)