Simuler l'espace sous la terre, sous la mer
Voilà qui fait penser à des films comme Alien ou Prometheus de Ridley Scott. Il n'est donc pas surprenant que la grotte Sa Grutta, sur l'île méditerranéenne de la Sardaigne, serve à simuler les défis, inconvénients et dangers réels de l'exploration spatiale.
Le projet CAVES (pour Cooperative Adventure for Valuing and Exercising human behaviour and performance Skills) 2012 donne à l'astronaute de l'Agence spatiale canadienne David Saint-Jacques et à cinq autres astronautes la possibilité d'expérimenter sur Terre certaines situations auxquelles ils devront faire face dans les conditions extrêmes qui sont associées à une mission spatiale de longue durée, comme le prochain séjour de six mois de Chris Hadfield à bord de la Station spatiale internationale (ISS).
Au nombre de ces conditions extrêmes figurent les suivantes :
- travail isolé avec un petit groupe, souvent de composition internationale
- endroit confiné et éloigné
- communications limitées ou retardées avec le reste du monde
- absence du cycle jour-nuit
- manque d'intimité
- environnements dangereux
- réalisation de tâches scientifiques et techniques complexes dans les conditions ci-dessus
Au cours des dernières années, l'Agence spatiale européenne a accueilli sur l'île un équipage international de « cavernautes » afin qu'ils perfectionnent des compétences qu'ils pourront mettre à profit au cours du lancement d'une mission, de sorties extravéhiculaires et de situations d'urgence ainsi qu'au quotidien, en orbite et au-delà.
Cette fois, une équipe de soutien de six personnes se joindra aux membres d'équipage qui viennent du Royaume-Uni, du Japon, de la Russie, des États-Unis et du Canada.
Dans l'abysse
Du 2 au 14 septembre 2012, David Saint-Jacques et les autres membres de l'équipage CAVES se seront entraînés et seront partis pour un périple de six jours dans la grotte Sa Grutta, naviguant dans des salles souterraines gigantesques, empruntant des passages étroits encore inexplorés, des rivières et des lacs et surmontant d'autres obstacles.
Au cours des nombreuses heures qu'ils passeront dans cette grotte, les membres de l'équipe vont manger, dormir et travailler ensemble, créer des cartes 3 D des secteurs autour de leur « camp de base » dans la grotte, procéder à des levés photographiques détaillés et prélever des échantillons d'organismes rarement observés.
Autres milieux
Au cours des 15 dernières années, l'ASC, la NASA et d'autres agences spatiales ont beaucoup utilisé des « milieux analogues », c'est-à-dire des endroits sur Terre qui s'apparentent aux destinations dans l'espace.
Depuis 2001, Aquarius, un laboratoire sous-marin de la taille d'une grosse autocaravane, accueille des explorateurs canadiens de l'espace, dont Chris Hadfield et David Saint-Jacques, dans le cadre du programme NEEMO.
À quelque 19 mètres de profondeur dans les eaux des Keys de la Floride, les aquanautes du programme NEEMO ont participé à des missions de recherche scientifique, à des simulations de voyage spatial de longue durée et, dans le cas de David Saint-Jacques, à une « sortie spatiale » au cours d'une mission simulée d'exploration d'astéroïde.
En été 2012, l'astronaute canadien Jeremy Hansen s'est embarqué pour une « mission lunaire » analogue sur l'île Victoria (anglais seulement) dans l'Arctique canadien afin de participer à l'étude d'un cratère qui semble être attribuable à un impact de météorite.
À mesure que les missions analogues se diversifient et deviennent plus courantes, les astronautes acquièrent des compétences spécialisées qui leur permettront de surmonter les difficultés à long terme dans l'espace.
Aussi, la prochaine fois qu'un astronaute se préparera en vue d'un lancement en orbite ou d'une activité extravéhiculaire, il pensera non pas nécessairement au temps qu'il a passé dans une centrifugeuse, mais plutôt à ce qu'il a appris au fond de l'océan ou en se faufilant autour d'un obstacle difficile dans les profondeurs d'une grotte éloignée.
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