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Sciences

Voir la vie en rose... dans l'espace!

Station spatiale internationale

Les astronautes à bord de la Station spatiale internationale passent six mois dans l'espace. Depuis l'accident de la navette américaine Columbia, seulement deux astronautes font fonctionner la station et vivent quotidiennement dans cet endroit confiné, sans autre compagnon. 
(Photo : NASA)

Comprendre la psychologie de l'être humain dans l'espace est essentiel au succès d'une mission de longue durée telle qu'une expédition vers Mars. La plupart des recherches effectuées dans ce domaine visent à identifier les formes de détresse psychologique pouvant compromettre un long voyage et à trouver des façons de les atténuer. La manière qu'ont les astronautes de s'adapter aux épreuves associées aux missions spatiales dans un environnement extrême, isolé et confiné (ICE) est un aspect important de cette recherche. Alors que la médecine commence à reconnaître que l'atteinte et le maintien d'un bien-être est tout aussi important que la prévention et la guérison des maladies, on voit de plus en plus la psychologie positive comme étant une contrepartie indispensable à la psychologie négative, qui est centrée sur les problèmes.

En ressortir grandi

L'ASC a le privilège d'appuyer le Dr Peter Suedfeld dans ses travaux de recherche sur la psychologie positive et négative appliquée aux missions spatiales. Le Dr Suedfeld, de l'Université de la Colombie-Britannique, est un expert de renommée mondiale dans le domaine de la psychologie d'un autre type d'environnement ICE, soit le milieu polaire.

Une mission vers Mars prendrait au bas mot deux ans. D'où l'importance de comprendre le comportement des humains lorsqu'ils sont dans un environnement ICE. (Illustration futuriste d'une base martienne : NASA)
Une mission vers Mars prendrait au bas mot deux ans. D'où l'importance de comprendre le comportement des humains lorsqu'ils sont dans un environnement ICE. (Illustration futuriste d'une base martienne : NASA)

Il a étudié en profondeur un phénomène rapporté par la plupart des personnes qui travaillent en Antarctique : malgré tous les dangers et les défis qu'elles ont à surmonter, elles ont l'impression que cette expérience a changé leur vie pour le mieux. Elles disent en être ressorties grandies et ont le sentiment que leur santé mentale et physique s'est améliorée. Elles ont aussi développé un sens de la camaraderie grâce aux difficultés auxquelles elles ont dû faire face en groupe. De plus, elles ont compris ce qui est important dans la vie, ce qui leur permet d'afficher une plus grande confiance personnelle et une meilleure estime de soi et d'apprécier davantage les beautés de la nature.

Un journal intime qui en dit long

Le Dr Suedfeld mène ses travaux d'une façon particulière : il n'interroge pas ses patients. La plupart du temps, durant les entrevues ou les examens psychologiques, les gens tendent à vouloir plaire à l'intervieweur et à se présenter sous un beau jour. Il se peut même qu'elles atténuent leurs émotions ou la gravité de certaines situations. Or, il s'agit là d'un comportement qui peut contribuer à camoufler les sentiments réels et mener à des conclusions erronées. Le Dr Suedfeld préfère donc plutôt comparer l'expérience des astronautes et des explorateurs polaires en étudiant leurs mémoires, les entrevues qu'ils ont accordées, leur journal intime et les articles qu'ils ont rédigés dans le cadre de leurs activités régulières.

La base du projet Haughton-Mars, située dans le Grand Nord canadien, est un exemple d'endroit isolé où les scientifiques se préparent à une mission de longue durée.  (Photo : NASA)

La base du projet Haughton-Mars, située dans le Grand Nord canadien, est un exemple d'endroit isolé où les scientifiques se préparent à une mission de longue durée. 
(Photo : NASA)

Le Dr Suedfeld mise sur une analyse du contenu thématique, une approche qu'il emploie depuis plus de 25 ans pour étudier ses sujets, comme des gens qui doivent prendre des décisions dans des conditions de stress ou qui survivent à de sérieux traumatismes (par exemple, les rescapés de l'Holocauste et les premiers pionniers européens qui ont colonisé les Prairies). L'avantage de cette approche, c'est qu'elle permet de mesurer les divers facteurs (positifs, neutres et négatifs) d'une situation. Elle peut également être utilisée pour analyser des entrevues, des articles et d'autres documents des membres de la famille de l'explorateur. Les résultats des travaux de recherche sont examinés par Phyllis Johnson, une spécialiste en études de la famille, afin de savoir comment les proches parents des astronautes ou des travailleurs polaires s'adaptent à leur absence et à leur retour. Les données sont cotées en fonction de certaines variables telles que l'âge, le sexe, la profession et la nationalité du sujet.

Profiter au maximum de l'expérience spatiale

Les résultats de cette étude permettront probablement de mieux comprendre les dispositions psychologiques (des aspects les plus positifs aux aspects les plus négatifs) qui prévalent dans un environnement ICE tel que l'espace et de mieux mesurer les effets à long terme d'un confinement prolongé. Cette étude permettra également d'identifier les aspects de l'expérience que l'astronaute considère comme étant positifs ou négatifs, peu importe son âge, sa nationalité ou son sexe, et de déterminer quels sont ceux qui sont propres à chaque sexe ou à certaines cultures. Comme le dit si bien une chanson de Johnny Mercer, en insistant sur le positif et en éliminant le négatif, nous aiderons les astronautes à profiter au maximum de leur expérience dans l'espace.