Le Dr Guy Trudel, spécialiste en réadaptation physique au département de médecine de l'Université d'Ottawa, consacre son quotidien à des personnes qui ont subi de graves accidents ou qui souffrent de complications suite à une maladie ou une chirurgie. Il effectue des études cliniques afin de mieux comprendre certains problèmes éprouvés par ses patients, alités pour de longues périodes.
Ses travaux de recherche portent sur les structures musculo-squelettiques : les os, les articulations et les tendons. Il participe donc avec grand intérêt à l'étude WISE, une expérience sur les effets de la microgravité sur le corps humain qui est menée conjointement par l'Agence spatiale européenne et les agences spatiales du Canada, de la France et des États-Unis.

L'étude WISE (pour Women International Space Simulation for Exploration), qui a débuté en 2005, se déroule en France, à la clinique spatiale MEDES. Pendant deux mois, 24 femmes volontaires se soumettent à un traitement bien spécial : demeurer alitées, la tête inclinée de six degrés vers l'arrière. Les effets d'un tel positionnement sur le corps sont ceux d'un long séjour dans l'espace.
Intrigant comme procédé? Comme l'espace est difficilement accessible aux chercheurs et qu'une mission coûte très cher, une étude sur l'alitement est une alternative avantageuse. « En ce moment, il est n'est pas possible de réaliser ce genre d'étude dans l'espace. L'alitement prolongé est utilisé comme modèle pour étudier les effets négatifs de la microgravité. »
« Les problèmes physiologiques qu'éprouvent les astronautes au retour d'un séjour dans l'espace sont étonnamment similaires à ceux ressentis par les patients que je traite. Ils souffrent notamment d'atrophie musculaire, de perte d'équilibre, de perte osseuse, de perte de poids et de perte d'endurance physique. Grâce aux études cliniques, mes collègues et moi cherchons à trouver des traitements préventifs qui minimisent les effets de l'alitement et de la microgravité sur le corps humain. »

« Mon travail consiste à aider mes patients à retrouver leur autonomie le plus rapidement possible et contribuer à ce qu'ils reprennent leurs activités quotidiennes. La plupart d'entre eux ont reçu des traitements sur une longue période dans un hôpital de soins spécialisés, incluant au moins un séjour aux soins intensifs. Lorsque leur état de santé est stabilisé, ils souffrent de déficits importants, sont extrêmement faibles et peuvent avoir des handicaps permanents. »
« Je suis toujours touché par le courage de mes patients face à l'adversité. Je suis aussi très reconnaissant du dévouement indéfectible des membres de l'équipe de soins avec qui je travaille au Centre de réadaptation d'Ottawa. »
Faire une découverte scientifique est toujours une source de fierté et de satisfaction pour un chercheur. Le Dr Trudel a eu ce plaisir alors que lui et son équipe mesuraient la progression de la rigidité articulaire due à l'immobilité. « Nos résultats ne suivaient pas la direction anticipée. Après des semaines de questionnement, nous avons entièrement revu notre façon de prendre et d'analyser nos mesures, ce qui nous a conduit à faire deux trouvailles fascinantes. Elles auront une application concrète dans le traitement de maladies chroniques infantiles qui réduisent la mobilité des enfants alors que leurs os sont en pleine croissance. » Ne reste plus qu'à espérer que l'étude WISE apportera autant de résultats tangibles.