
Peter Suedfeld a d'abord travaillé en psychologie cognitive expérimentale, mais il s'intéressait également à la psychologie environnementale et sociale. Tôt dans sa carrière, il a réalisé une série d'expériences en laboratoire, appelée REST, fondée sur la technique de stimulation environnementale réduite, autrefois connue sous le nom de « privation sensorielle ».
Après avoir étudié le comportement des scientifiques et des membres d'équipage appelés à travailler dans les régions polaires, le saut vers la psychologie spatiale s'est imposé. M. Suedfeld a pris conscience des similitudes qui existent entre l'environnement des stations polaires et le milieu clos des vols habités. Présentement, il est doyen émérite des études supérieures et professeur émérite de psychologie à l'Université de la Colombie-Britannique.

Les travaux de Peter Suedfeld sur les environnements à stimulation réduite ont été réalisés dans divers contextes, mais chaque scénario comprenait au minimum une chambre insonorisée et plongée dans l'obscurité. « J'ai constaté que la plupart des gens toléraient bien les milieux REST et qu'ils les trouvaient même agréables. Ils peuvent même être bénéfiques à divers égards : ils facilitent notamment l'apprentissage, la relaxation, la créativité et les performances athlétiques. Ça a été une surprise pour moi puisque la plupart des publications de l'époque insistaient sur le caractère désagréable de ce type d'expérience », de souligner M. Suedfeld.
M. Suedfeld s'est également intéressé à d'autres types d'environnements ayant été dépeints négativement dans les publications scientifiques et populaires. Il s'est notamment penché sur les expériences vécues par les personnes ayant subi de graves traumatismes, comme des crises politiques ou militaires et la colonisation de l'Ouest américain. « On s'aperçoit que l'être humain est assez résistant et qu'il est en mesure passer au travers d'expériences extrêmement stressantes, voire même d'en tirer profit. C'est une grave erreur de présumer que nous vivons tous la souffrance à un même degré, que les gens qui ont vécu des épreuves difficiles souffriront de problèmes pendant toute leur vie ou qu'il est impossible de mener une vie normale et heureuse après un épisode de grande détresse », d'expliquer M. Suedfeld.
« J'ai commencé à recueillir des données dans l'Arctique canadien et dans l'Antarctique. Les conditions qui règnent dans ces régions, particulièrement en Antarctique, sont similaires à celles que l'on retrouve dans les capsules spatiales. J'ai réalisé deux projets près du pôle Nord magnétique pendant la période estivale et ça a été un point marquant pour moi. Nous avons converti une station météorologique abandonnée de l'Extrême Arctique en laboratoire de recherche sur la psychologie humaine. Nous avons pu rassembler des données sur l'humeur des sujets, les changements de sensation et de perception (par exemple, le changement de perception du goût des aliments), le sommeil, les ondes cérébrales, la fréquence cardiaque, le niveau d'éveil et les interactions sociales. Ce qui m'a étonné le plus, c'est de voir à quel point la plupart des participants ont apprécié l'expérience. »
« Grâce à cette expérience, j'ai compris à quel point il est faux de croire que l'isolement et le confinement sont inhabituels et inconfortables ou de penser qu'un tel environnement est automatiquement éprouvant. »
Peter Suedfeld connaît bien les dangers d'une mauvaise communication entre les membres d'une équipe. « À un certain moment, nous avons remarqué des empreintes d'ours polaires près de la station de recherche. J'ai donc décidé d'instaurer une règle selon laquelle personne ne devait s'aventurer seul à l'extérieur, ou du moins sans émetteur récepteur portatif et une arme à feu. »

« Un jour, une de mes collègues m'appelle pour me dire qu'elle a été séparée de son coéquipier qui portait le fusil de chasse. Elle apercevait un imposant animal de couleur pâle s'approchant au loin. J'ai immédiatement saisit une arme à feu et, accompagné d'un collègue, je suis parti à sa rencontre sur un trois-roues. J'avais peur de ne pas arriver à temps! Nous étions rendus à mi-chemin lorsqu'elle nous a contactés à nouveau pour nous dire qu'elle avait retrouvé son collègue
et que l'animal en question, qui était à environ un kilomètre d'eux et qui approchait toujours, n'était qu'un caribou. Après cette mésaventure, nous avons élaboré une procédure plus étoffée concernant les appels d'aide par radio. »
Les voyages spatiaux ne figurent pas au calendrier de Peter Suedfeld, du moins pas pour l'instant! Mais il a néanmoins identifié certaines sources de stress négatif dans les milieux clos : manque de stimulation physique et intellectuelle, difficulté de communiquer avec la famille, ressentiment à l'égard des autres membres d'équipage en raison de leurs habitudes et de l'invasion de notre espace vital, absence d'intimité et chocs culturels. « Lorsque nous connaissons l'origine du stress négatif, nous pouvons mettre au point des stratégies et des mesures de prévention destinées aux astronautes qui doivent séjourner dans l'espace pendant de longues périodes. Certaines de ces stratégies sont particulièrement simples à mettre en oeuvre, mais d'autres nécessiteront des efforts considérables. »