
Pour Kimberly Strong, professeure agrégée de l'Université de Toronto, la physique atmosphérique est d'une importance capitale pour la vie sur Terre. C'est d'ailleurs ce sentiment qui lui procure la motivation nécessaire pour mener ses travaux de recherche. « Il importe que nous comprenions ce qui se produit maintenant dans notre atmosphère et comment les causes naturelles aussi bien que l'activité humaine peuvent produire des changements à l'avenir », souligne-t-elle.
Ses travaux ont pour but d'étudier plus à fond les processus chimiques et physiques qui entraînent les changements atmosphériques, particulièrement la pollution dans la troposphère et l'appauvrissement de l'ozone dans la stratosphère.
« Selon moi, les observations précises et opportunes de la composition atmosphérique sont à la base de la compréhension de trois grands sujets qui intéressent particulièrement les chercheurs : la qualité de l'air troposphérique, l'évolution future de la couche d'ozone stratosphérique et le changement climatique », commente-t-elle.


Les sciences atmosphériques portent sur plusieurs aspects, dont la mise au point d'instruments, les mesures en régions éloignées, comme l'Arctique, les lâchers de ballon à plus de 40 km d'altitude, l'analyse de données et même les missions satellitaires. Tous ont en commun d'expliquer les processus complexes qui se produisent dans l'atmosphère terrestre.
C'est la variété des nombreux projets auxquels elle participe qui contribue à maintenir l'intérêt de Mme Strong. La liste de ses réalisations est d'ailleurs impressionnante :
Elle a mis sur pied l'observatoire atmosphérique de l'Université de Toronto, où elle mesure régulièrement les gaz troposphériques et stratosphériques.
Elle est cochercheuse du nouveau Polar Environment Atmospheric Research Laboratory, qui est en voie d'établissement à Eureka, au Nunavut, et qui est destiné à l'étude du changement de l'atmosphère au-dessus de l'Arctique.
Elle est cochercheuse de la mission satellitaire de l'expérience sur la chimie atmosphérique de l'Agence spatiale canadienne et coresponsable de la validation des données.
Elle effectue en laboratoire des travaux de spectroscopie à l'appui de diverses mesures atmosphériques.
Elle est chercheuse principale des expériences portées par ballon MANTRA (évaluation des tendances des mouvements de l'azote dans l'atmosphère moyenne).



MANTRA est un projet qui porte sur l'étude des changements dans l'équilibre chimique de la stratosphère. La première mission, lancée le 24 août 1998, a beaucoup fait parler d'elle lorsque, contre toute attente, le ballon a traversé l'Atlantique pour atterrir en Finlande. Les systèmes qui devaient désengager le ballon de la nacelle et du parachute n'ont pas fonctionné; le ballon s'est donc mis à dériver vers l'est. On a tenté de le faire redescendre, mais il a fini par sortir de la portée des radios de contrôle et par entrer dans la trajectoire de vol d'un avion transatlantique.
Des CF-18 l'ont poursuivi pendant un certain temps et ont tenté de le faire descendre de son altitude de 12,5 km. Après un périple dans les espaces aériens britannique, islandais, norvégien et russe, le ballon s'est posé le 2 septembre près de Mariehamn sur les îles d'Aland en Finlande, dans le milieu de la mer Baltique.
Des collègues de l'Institut météorologique finlandais ont alors récupéré la charge utile. « Après ce périple de 9 000 km, les instruments n'ont subi que des dommages mineurs et étaient tous réutilisables. Les dispositifs qui ont flanché ont également été récupérés à des fins d'examen de sorte que cela ne se reproduise pas », indique Mme Strong.
Mme Strong est reconnaissante d'avoir pu compter, tout au long de sa carrière, sur l'appui et les encouragements de sa famille, de ses amis, de ses professeurs, de ses collègues et des membres de son groupe de recherche. Elle est d'avis que l'époque est propice à la présence des femmes dans le domaine scientifique au Canada. « Les sciences atmosphériques sont un amalgame de questionnement scientifique et de préoccupations sociales, et j'espère que plus de femmes auront envie de se consacrer à ce secteur de recherche », confie-t-elle.
En plus d'être une chercheuse chevronnée, Mme Strong joue un rôle actif dans la sensibilisation du public. « Mon travail et celui de mes collègues pourraient avoir des retombées ailleurs que sur la scène scientifique, explique-t-elle. C'est pourquoi je participe souvent à diverses activités, comme des présentations au public, des visites de laboratoire avec des élèves de l'école secondaire et des entrevues avec les médias au sujet de mes travaux de recherche. »
Pour en savoir plus sur la couche d'ozone