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Sciences

John Spray, le Sherlock Holmes des temps modernes

(Photo : Université du Nouveau-Brunswick)

(Photo : Université du Nouveau-Brunswick)

John Spray adore son travail. Il est déterminé à mieux comprendre la géologie martienne et, en particulier, à examiner les cratères d'impact sur la planète rouge et sur Terre. M. Spray est directeur du Centre de sciences spatiales et planétaires de l'Université du Nouveau-Brunswick à Fredericton. Il fait partie d'une équipe de chercheurs qui a découvert une série de cratères en Europe et en Amérique du Nord, dont deux au Canada. Ces cratères forment une chaîne qui laisse croire qu'un astéroïde a pu entrer en collision avec la Terre il y a quelque 214 millions d'années. John Spray n'a de limite que son imagination.

Les indices recueillis sur la géologie de Mars nous permettront peut-être de définir la chaîne des événements qui ont bouleversé la Terre au fil des millénaires. (Image : ESA)

Les indices recueillis sur la géologie de Mars nous permettront peut-être de définir la chaîne des événements qui ont bouleversé la Terre au fil des millénaires.
(Image : ESA)


Le cratère de Manicouagan est visible même de l'espace. (Photo : NASA)

Le cratère de Manicouagan est visible même de l'espace.
(Photo : NASA)

On pourrait comparer la collecte de bribes d'informations à une version moderne des enquêtes de Sherlock Holmes, qui rassemblait les indices pour élaborer de nouvelles théories passionnantes. « Il est important de consciencieusement recueillir l'information et de l'utiliser pour bâtir une vue d'ensemble qui, généralement, implique la reconnaissance des modèles présents dans la nature, de dire M. Spray. À l'instar de Sherlock Holmes, il est parfois facile d'ignorer une preuve négative dont je connais l'existence. »

Les indices que John Spray a accumulés l'ont amené à formuler une toute nouvelle hypothèse au sujet des cratères d'impact qu'il a étudiés. « Je collaborais avec un collègue du Royaume-Uni spécialisé en datation des roches. Nous étudions le cratère français de Rochechouart. Ensemble, nous avons établi que la formation date de 214 millions d'années. Je me suis alors rendu compte que le cratère de Manicouagan au Québec et que le cratère d'impact du lac Saint-Martin au Manitoba présentaient des similitudes. C'est à ce moment que j'ai envisagé la possibilité que plusieurs fragments d'astéroïde ou de comète aient peut-être frappé la Terre simultanément. »

Mais si la Terre peut fournir les réponses à nos questions, pourquoi étudier la géologie martienne? « Cette planète a une histoire géologique riche et variée, d'expliquer M. Spray. Nous savons aujourd'hui qu'il y a déjà eu de l'eau sur Mars, que des rivières et des lacs et peut-être même des océans couvraient une partie de sa surface. Il s'est produit un phénomène qui a asséché les eaux et fait geler la planète. Et cela demeure l'un des grands mystères scientifiques qui persistent à ce jour. »

Cette photo prise de l'espace montre bien le cratère de Manicouagan. (Photo : NASA)

Cette photo prise de l'espace montre bien le cratère de Manicouagan.
(Photo : NASA)


Ce cratère martien a probablement été formé à la suite de l'impact d'un météore sur la planète. (Photo : NASA)

Ce cratère martien a probablement été formé à la suite de l'impact d'un météore sur la planète.
(Photo : NASA)

John Spray s'occupe également du Centre de sciences spatiales et planétaires. « Il s'agit d'un centre unique en son genre puisque c'est la seule installation d'imagerie planétaire de la NASA située au Canada. Nous possédons des données et des images de nombreuses missions antérieures, ce qui constitue pour nous un incitatif à poursuivre nos travaux. Le centre se veut un pôle d'attraction pour les étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs qui veulent travailler ensemble à l'étude de d'échantillons d'autres planètes et de météorites ainsi qu'à la géologie des corps célestes analogues à la Terre. » Que ferait John Spray s'il découvrait un cratère accessible et vraiment intéressant? « Je m'empresserais d'y envoyer travailler des étudiants universitaires diplômés le plus rapidement possible! »

Parmi les indices qu'il collectionne pour formuler ses théories figurent ceux fournis par les roches. « Il m'est arrivé de voir des ouvriers forestiers apporter à l'université une immense roche de plusieurs centaines de kilogrammes. Ils ont dû utiliser une excavatrice pour la charger sur un camion dans la forêt. Ils étaient convaincus qu'il s'agissait d'une météorite et espéraient en tirer plusieurs milliers de dollars en vue d'une retraite anticipée! J'ai dû faire preuve de diplomatie pour leur dire que c'était une simple roche ignée. D'un noir verdâtre, elle avait en fait été délogée de son emplacement initial par les glaciers. Un de ces jours, quelqu'un va se présenter à mon laboratoire avec une vraie météorite. Ce sera fantastique! »