Lorsque nous voyons les astronautes flotter librement à l'intérieur de la Station spatiale internationale, nous pourrions être portés à croire qu'ils évoluent dans un environnement calme et silencieux. Or, la réalité est tout autre : il y a beaucoup de bruit et de vibration à l'intérieur de la station. Les systèmes de ventilation, l'amarrage d'engins spatiaux et même le travail des astronautes font parfois vibrer le complexe de recherche orbital. Bien qu'elles n'incommodent pas vraiment les astronautes, ces vibrations peuvent nuire aux expériences scientifiques vouées à l'étude des effets de la microgravité.
Le Canada a élaboré le sous-système d'isolation contre les vibrations en microgravité (MVIS), une technologie clé permettant d'éviter que les expériences subissent les effets nuisibles des vibrations. Lorsque les membres d'équipage de la mission STS-122 (disponible en anglais seulement) auront livré le MVIS, les expériences qui seront menées à bord de la station, comme celles qui portent sur l'écoulement des fluides, la croissance de cristaux et le développement d'alliages métalliques, ne seront plus soumises aux secousses et aux vibrations. Ce système permettra au Laboratoire sur la science des fluides (disponible en anglais seulement) de l'Agence spatiale européenne de se soustraire aux vibrations et aux tremblements qui surviennent quotidiennement à bord de la station spatiale. Le bâti du Laboratoire sur la science des fluides, dont la taille s'apparente à celle d'un réfrigérateur, est intégré au module Columbus (disponible en anglais seulement) de l'Agence spatiale européenne. C'est dans ce module que seront réalisées les délicates expériences scientifiques.
Le sous-système d'isolation contre les vibrations en microgravité a été élaboré par l'Agence spatiale canadienne en collaboration avec Magellan Aerospace (Bristol Aerospace Limited) de Winnipeg, MDA de Ste-Anne-de-Bellevue, au Québec (anciennement EMS Technologies), SENER d'Espagne, l'École de technologie supérieure de Montréal et l'Agence spatiale européenne.

Le MVIS est un système de contrôle compact intégré au Laboratoire sur la science des fluides. Il fait appel à un champ magnétique pour maintenir en suspension un contenant de dimensions semblables à celles d'une boîte à pain à l'intérieur duquel sont effectuées des expériences scientifiques. Des capteurs et un ordinateur de bord surveillent et contrôlent la position du contenant afin de s'assurer qu'il flotte à l'intérieur de paramètres acceptables pour l'expérience. De cette façon, les vibrations ne sont pas transmises au contenant.
Au fil des ans, l'exploitation de la navette spatiale, de la station orbitale Mir et de la Station spatiale internationale a appris aux chercheurs que les vibrations inhérentes aux engins spatiaux peuvent nuire à la réalisation d'expériences cruciales en physique des fluides et en sciences des matériaux. La rotation des panneaux solaires et des antennes, l'ouverture et la fermeture des tiroirs, le fonctionnement des moteurs et même l'entraînement physique des astronautes sur les tapis roulant sont toutes des activités qui contribuent à faire vibrer la station spatiale. Pour bien comprendre l'incidence de la pesanteur sur certaines expériences, il est primordial d'atténuer le plus possible les effets de ces vibrations.
En 1996, l'Agence spatiale canadienne a entrepris le développement d'une version du système d'isolation contre les vibrations utilisé pendant deux ans à bord de la station spatiale Mir. Une deuxième génération de ce système a été exploitée par l'astronaute canadien Bjarni Tryggvason dans le cadre de la mission STS-85 qui a eu lieu en 1997. La troisième génération du MVIS pourrait contribuer à démystifier certaines des lois fondamentales de la nature dès le début de 2008. Une série d'expériences seront réalisées afin de tenter de comprendre le rôle de la pesanteur dans le processus d'évaporation de l'eau, ce qui pourrait déboucher sur la mise au point de processus de distillation plus écoénergétiques sur Terre. Des physiciens et des chimistes des quatre coins du globe pourront tirer profit de l'environnement fourni par le MVIS à l'intérieur du Laboratoire sur la science des fluides à bord de la station spatiale, et ce, pour les dix prochaines années au moins.