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Sciences

Le travail colossal du scientifique qui a conçu SCISAT!

Entrevue avec Peter Bernath

Peter Bernath

Peter Bernath

Peter Bernath est l'instigateur d'une des missions les plus significatives pour le Canada en ce moment. En 1997, il a proposé à l'Agence spatiale canadienne le projet de lancer SCISAT, l'un des deux satellites scientifiques depuis plus de 30 ans. Ce professeur de chimie physique de l'Université de Waterloo n'en est pas à son premier succès : cette même année, il faisait partie d'une équipe de scientifiques qui a confirmé une étonnante découverte à l'effet qu'il y a de l'eau sur le Soleil.

Mais comment en est-il venu à étudier la chimie atmosphérique? M. Bernath a effectué ses études de doctorat au Massachusetts Institute of Technology. L'astronomie moléculaire et les sciences de l'atmosphère faisaient partie de ses domaines de recherche. « Mes antécédents et ma formation portent sur la spectroscopie moléculaire, et l'atmosphère terrestre présente certains des spectres les plus spectaculaires et les plus intéressants. C'est l'enregistrement et l'interprétation de ces spectres qui m'ont amené à m'intéresser à ce domaine. »

Le satellite canadien SCISAT a été lancé en août 2003 dans le but d'étudier la couche d'ozone.

Le satellite canadien SCISAT a été lancé en août 2003 dans le but d'étudier la couche d'ozone.


La Terre vue de l'espace (Photo : NASA)

La Terre vue de l'espace (Photo : NASA)

À l'instar d'autres chercheurs, il doit surmonter certaines difficultés lorsqu'il étudie l'atmosphère. « D'un point de vue scientifique, la variabilité atmosphérique constitue un problème majeur. L'atmosphère est un système si complexe que nous devons recourir à une combinaison de nombreux instruments ainsi qu'à des modèles mathématiques très sophistiqués pour en arriver à de véritables progrès. Nous devons donc souvent faire appel à de grandes équipes interdisciplinaires. »

M. Bernath est d'avis qu'il est primordial pour le Canada de lancer ses propres satellites scientifiques. « Le Canada est un consommateur d'informations scientifiques - des informations qui proviennent d'autres pays. Il est impératif pour les intérêts du Canada qu'il produise et fournisse ses propres données scientifiques. Plusieurs projets entrepris par l'ASC ont, en bout de ligne, des incidences politiques (le Protocole de Montréal, par exemple) et c'est pourquoi nous devons avoir une expertise et un certain contrôle dans ces domaines. Nous ne pouvons y arriver qu'en lançant nos propres satellites. De plus, la technologie mise au point par les entreprises canadiennes peut être vendue à d'autres clients, ce qui est extrêmement bénéfique pour notre économie. »

SCISAT utilise la lumière du lever et du coucher du Soleil pour effectuer ses mesures de la composition gazeuse de l'atmosphère terrestre. (Photo : NASA)

SCISAT utilise la lumière du lever et du coucher du Soleil pour effectuer ses mesures de la composition gazeuse de l'atmosphère terrestre. (Photo : NASA)


Ces convictions ont amené M. Bernath à concevoir une nouvelle mission scientifique à bord d'un satellite de fabrication canadienne. « La mission a pris naissance en 1997, lorsque l'ASC a lancé une demande de propositions visant la définition de SCISAT. À cette époque, j'étais en congé sabbatique en Belgique. La proposition de la mission de l'expérience sur la chimie atmosphérique (ACE) a été choisie afin de réaliser une étude préliminaire pour démontrer sa faisabilité scientifique et technique. En 1998, après une rigoureuse évaluation par un groupe d'experts, l'expérience ACE a été sélectionnée pour prendre place à bord d'une mission spatiale. C'est alors que sommes entrés dans un véritable tourbillon de travaux et de réunions à Ottawa, à Québec, à Montréal, à Winnipeg, à Toronto, à Waterloo et au Colorado! SCISAT a été lancé en août 2003, et l'intervalle entre la sélection et le lancement de la mission a été relativement court comparativement à d'autres missions satellitaires. »

Et qu'est-ce qui est prévu pour l'avenir? « SCISAT-1 donne en ce moment d'excellents résultats. Nous en sommes encore à la première étape de l'analyse des données, et une bonne douzaine de rapports initiaux sont déjà en voie de préparation. » Mais tout ne s'arrête pas là pour M. Bernath. « Nous travaillons à un projet financé par l'ASC qui consiste à élaborer une mission vouée à la surveillance depuis l'espace des gaz à effet de serre. Nous aimerions également lancer à destination de Mars un instrument semblable à ACE. » Nous attendons avec impatience d'en apprendre plus sur ce projet!