Le point sur la couche d'ozone au Canada

Perte d'ozone dans l'Arctique

L'Expérience sur la chimie atmosphérique (ACE) menée à bord du nouveau satellite scientifique canadien SCISAT prendra des mesures de la couche d'ozone au Canada, et plus particulièrement dans l'Arctique. Les scientifiques s'inquiètent de l'appauvrissement de l'ozone dans l'Arctique canadien où d'importantes pertes de l'ordre de 45 % ont été observées à la fin des années 90.

Un rapport* publié récemment par Environnement Canada et faisant état des dernières constatations des scientifiques canadiens révèle que les phénomènes d'appauvrissement de l'ozone de l'Arctique pourraient s'aggraver au cours des dix à vingt prochaines années malgré les mesures prises à l'échelle internationale pour réduire les quantités de substances chimiques qui détruisent l'ozone. Des études préliminaires indiquent que le changement climatique peut influer sur l'atmosphère arctique et la rendre plus sujette aux pertes d'ozone. Les substances chimiques industrielles destructrices restent malgré tout la cause principale de l'appauvrissement de l'ozone.

Les pertes de plus en plus importantes d'ozone dans l'Arctique pourraient être néfastes pour les organismes fragiles du Nord. Elles pourraient aussi entraîner un amincissement de la couche d'ozone au-dessus de la partie méridionale du Canada étant donné que l'ozone est redistribué de manière à compenser les pertes dans le Grand Nord.

Autres résultats récents

Vérification des mesures prises par le satellite dans l'Arctique

En 1987, le Canada est devenu le premier pays à se pencher sur la question de l'ozone dans l'Arctique, après la découverte du « trou » au-dessus de l'Antarctique. L'appauvrissement de l'ozone arctique est le plus marqué en hiver, période au cours de laquelle les recherches doivent être menées dans l'obscurité permanente et par des températures qui tombent régulièrement à –40 degrés Celsius. Pour aider les scientifiques à travailler dans un milieu aussi hostile, Environnement Canada a construit un laboratoire scientifique de l'ozone à Eureka, sur l'île d'Ellesmere, station météorologique reculée située à moins de 1 000 km du pôle Nord. Inauguré en 1993, le laboratoire a permis aux chercheurs de procéder à des recherches intensives sur l'ozone au-dessus de l'Arctique, et il est maintenant devenu un centre de recherche international.

Au passage du nouveau satellite canadien, les scientifiques d'Environnement Canada prendront des mesures de la haute atmosphère à partir de l'observatoire d'Eureka. Ils enregistreront les niveaux d'ozone de même que ceux d'autres substances chimiques ainsi que la présence de nuages polaires stratosphériques, une forme de nuages de glace en altitude qui accélèrent le processus de destruction de l'ozone. Ces mesures seront ensuite comparées à des données satellitaires et permettront de vérifier la précision des observations spatiales.

Recherche canadienne sur l'ozone

Le Canada a fait une importante contribution à l'étude sur l'ozone à l'échelle planétaire, tant en surveillant les niveaux d'ozone qu'en menant des travaux de recherche sur les causes et les répercussions de la destruction de cette couche de l'atmosphère. Les travaux canadiens à cet égard ont commencé dans les années 30 et ont été approfondis dans les années 80 lorsqu'on a observé pour la première fois une diminution dans les niveaux de l'ozone.

En 1993, les scientifiques d'Environnement Canada ont réalisé la première étude à long terme montrant de manière déterminante que l'amincissement de la couche d'ozone stratosphérique avait entraîné une augmentation des niveaux des rayons ultraviolets à la surface de la Terre. Les scientifiques d'Environnement Canada ont également mis au point le spectrophotomètre Brewer, un instrument d'étude de l'ozone à la fine pointe de la technologie. Reconnu comme étant l'instrument le plus précis au monde pour mesurer l'ozone, il est maintenant utilisé dans plus de 35 pays.

Environnement Canada exploite un réseau pancanadien de stations de surveillance qui n'ont cessé d'observer la couche d'ozone depuis plus de trente ans. Les premiers enregistrements, pris avant que des activités humaines n'aient eu une influence notable sur la couche d'ozone, sont essentiels à la compréhension des changements qui s'opèrent aujourd'hui.

Les scientifiques canadiens font appel à toute une série d'instruments pour étudier la couche d'ozone, notamment des ballons de recherche à haute altitude, des satellites ainsi que des instruments de mesure au sol. Deux astronautes canadiens, Marc Garneau et Steve MacLean, ont même utilisé des instruments canadiens pour prendre des mesures de la couche d'ozone depuis l'intérieur de la navette.

Pourquoi la couche d'ozone ne se regénère-t-elle pas?

On a déjà pris des mesures considérables pour réduire les substances chimiques qui détruisent la couche d'ozone. Le Canada a joué un rôle important dans l'élaboration du Protocole de Montréal, entente internationale visant à protéger la couche d'ozone, qui a été signé en 1987. L'accumulation des principaux CFC dans la basse atmosphère a été ralentie et parfois même enrayée. On peut observer, par exemple, une diminution d'une des principales substances chimiques nocives (CFC-11). Il reste toutefois d'importantes concentrations de substances destructrices dans l'atmosphère, et on ne s'attend pas à ce qu'elles disparaissent avant plusieurs années.

Pour autant que tous les pays respectent le Protocole de Montréal, les scientifiques s'attendent à des améliorations et à une régénération de la couche d'ozone autour de l'an 2050. Ils ne savent toutefois pas dans quelle mesure les augmentations des niveaux de gaz à effet de serre et d'autres substances polluantes peuvent influer sur les pertes d'ozone, surtout dans l'Arctique. La situation au-dessus des pôles pourrait fort bien s'aggraver avant de commencer à s'améliorer.