Chris Hadfield s'adresse aux médias canadiens depuis l'espace

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Publié le 10 janvier 2013

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Chris Hadfield s'adresse aux médias canadiens depuis l'espace

2013-01-10 - Le 10 janvier 2013, l'astronaute de l'Agence spatiale canadienne Chris Hadfield a pris part à sa première conférence de presse canadienne depuis la Station spatiale internationale, s'adressant à des représentants des médias rassemblés au siège social de l'ASC à Saint-Hubert, Québec.

(Sources : Agence spatiale canadienne, NASA.)

Transcription

Maxime Landry : Bonjour Chris. Maxime Landry, TVA Nouvelles Montréal. Vous semblez profiter pleinement de votre séjour à l’intérieur de la station spatiale. On vous suit de façon assidue sur Twitter. Est-ce que vous pensiez vraiment devenir l’astronaute 2.0 ou c’est quelque chose qui vous a pris totalement par surprise?

Chris Hadfield : C’est une idée intéressante. Je suis juste un membre de l’équipage ici. Nous sommes tellement occupés, d’abord avec les expériences, avec l’opération de la station même, mais en même temps, nous avons des technologies plus avancées maintenant pour communiquer ce qu’on fait ici dans l’exploration de l’espace. C’est pas seulement la télévision, pas seulement e-mail, mais c’est possible maintenant d’utiliser les moyens comme Twitter pour immédiatement, peut-être mieux savoir exactement ce qu’on fait ici dans l’espace.

Et pour moi et pour l’équipage, c’est parfait parce que c’est une chose intéressante pour nous, et comme j’ai vu, c’est intéressant pour tout le monde au Canada et dans le monde. Et donc, c’est juste nous, mais avec la technologie, c’est incroyable ce qui est possible.

Peter Ray : Bonjour Chris. Peter Ray de la Presse Canadienne. Tout le monde vous suit sur Twitter et je pense que, ce matin, votre nombre d’abonnés frôlait 160 000. Je sais que c’est presque 10 fois plus que Tom Marshburn. Parlons tout d’abord de Twitter, puis parlons de toutes ces photos. Premièrement, 160 000 abonnés... et en seulement 21 jours, je crois. Vous avez commencé à 20 000 et vous êtes rendu à 160 000.

Chris Hadfield : Eh bien, Peter, comme c’est le cas pour toute nouvelle technologie, cela prend du temps pour s’y habituer et pour commencer à l’utiliser. On n’a qu’à penser à... n’importe quoi, comme les téléphones il y a un peu plus de 100 ans ou les coussins gonflables dans les voitures; même si la technologie existe, de plus en plus de gens se rendent compte à quel point c’est utile. Et ce que nous faisons dans la station spatiale est fondamentalement fascinant et je crois que la réaction sur Twitter en est la preuve, bien sûr en ce qui concerne les expériences que nous menons, mais aussi le panorama qui nous est offert. Cette nouvelle technologie de communication rend bien compte d’où nous en sommes sur le plan historique : des gens quittent la Terre en permanence et, à l’aide de cette technologie, ils peuvent donner un côté humain à tout cela.

Le fait que, maintenant, mon Dieu, plus de 150 000 personnes suivent en direct ce que nous faisons ici tous les jours témoigne sans aucun doute, selon moi, à quel point c’est important et utile pour l’expérience humaine.

Peter Ray : Juste une question complémentaire, au sujet de ces photos. Tout le monde parle de ces images que vous envoyez sur Terre. Parlez-nous-en un peu en anglais, puis en français. Ensuite, pourriez-vous nous dire si vous en préférez certaines ou si certaines d’entre elles sont plus importantes que d’autres?

Chris Hadfield : Depuis mon premier vol dans la station spatiale Mir il y a 17 ans, j’ai toujours dit que le passe-temps préféré des astronautes est de regarder la Terre par le hublot. C’est tellement beau et fascinant, et j’ai fait de mon mieux pour la décrire dans mes mots dès la première fois où je l’ai vue à bord de la navette spatiale Atlantis immédiatement après le décollage. Et maintenant, lorsque je vois de belles choses, je peux directement envoyer des photos sur Terre. Et vous pouvez constater la réaction : elles émerveillent et frappent l’esprit et l’imagination de tant de gens! C’est un endroit si merveilleux pour mieux comprendre notre planète.

J’adore les belles photos de la Terre, mais pour moi, celles qui comptent le plus sont celles des nuages noctulescents. Il s’agit de nuages qu’on ne peut pratiquement pas voir quand on se trouve sur Terre. Ce sont les nuages les plus hauts qui existent, constitués de minuscules particules de glace qui se trouvent très haut, dans la mésosphère. Au lever du soleil, la lumière se réfléchit sur ces nuages et, lorsque nous nous trouvons en orbite, on peut voir une partie de l’atmosphère terrestre qui est essentiellement invisible depuis la surface de la Terre. Pour moi, c’est beau non seulement en raison des couleurs, des textures et des ondulations, mais aussi parce que c’est très important. C’est une façon de comprendre les changements que subit notre atmosphère et comment notre atmosphère interagit en réalité avec l’espace.

Alors, la possibilité de prendre des photos depuis l’espace répond à divers objectifs et à divers besoins. Nous sommes chanceux de pouvoir être ceux qui appuient sur le déclencheur des appareils-photo.

Et en français, c’est incroyable d’avoir la chance de prendre les photos comme ça. C’est merveilleux. Et depuis mon premier vol sur la station spatiale russe Mir, il y a 17 ans, j’ai dit que le passe-temps, la chose favorite pour les astronautes, c’est de voir la Terre. C’est fascinant de faire ça. Et dans ce vol, nous avons la technologie comme Twitter pour immédiatement donner ces images à la Terre, à tout le monde. Et pour moi, peut-être le plus favori, c’est les nuages en haut, les nuages noctulescents qui sont presque impossibles de voir de la Terre, mais ici, de la station, c’est possible de les voir.

Donc, c’est une chose tellement belle avec les couleurs et les textures, mais aussi une chose tellement intéressante pour les scientifiques parce que c’est une chose rare et peut-être une indication du changement de l’atmosphère. Donc, nous sommes dans un endroit ici unique pour témoigner des changements, aussi pour témoigner en part de tout le monde sur la Terre.

Elizabeth Howell : Bonjour, Elizabeth Howell de space.com. Comme vous le savez, c’est une journée toute canadienne aujourd’hui, dans la station spatiale et aussi à la NASA. Je me demandais tout simplement quels éléments canadiens vous essayez d’apporter au monde pendant que vous travaillez dans l’espace. Merci.

Chris Hadfield : Bonjour Elizabeth. Aujourd’hui, à bord de la station spatiale, nous avons manœuvré le Canadarm2. Le lien est direct, comme vous pouvez le constater. N’est-ce pas fantastique? À l’Agence spatiale canadienne à Saint-Hubert, tout près de Montréal, des contrôleurs surveillent le bon état du Canadarm. À Houston, des employés l’examinent – des gens du Canada, mais aussi d’autres pays. Ensuite, il y avait au Centre de contrôle des missions ce matin l’astronaute Jeremy Hansen et, cet après-midi, l’astronaute David Saint-Jacques, qui se sont adressés directement à moi, un Canadien à bord de la station spatiale, au moment où j’ai manœuvré le Canadarm2, ce Canadarm qui a construit la station spatiale.

Le Canada est loin d’être le partenaire le plus important dans le projet de la station spatiale, mais notre pays est estimé et respecté en tant que partenaire compétent. Et ce que le Canada a fait est reconnu à l’échelle mondiale. Et de pouvoir faire le lien direct entre la salle des commandes du centre de contrôle de l’Agence spatiale canadienne à Saint-Hubert et mes mains sur les commandes et le Canadarm qui se déplace ici à la station spatiale... à mon avis, c’est une vraie démonstration de ce qu’est un partenariat international, mais cela démontre aussi concrètement les capacités du Canada et jusqu’où nous pouvons aller dans l’avenir.

Elizabeth Howell : Une petite question complémentaire : pouvez-vous nous dire quels aspects de la culture canadienne vous essayez de transmettre, en plus de la robotique?

Chris Hadfield : Je crois que tout le monde est fier de ses origines. À bord de la station, certains viennent de la Biélorussie, de la Russie, historiquement de l’Ukraine; Tom et Kevin sont des États-Unis et, quant à moi, je viens du Canada. Quand on se réunit, on parle de notre famille, d’où on vient, du contexte dans lequel on a grandi. Lorsqu’on s’est rassemblés pour Noël, le Noël chrétien du 25 décembre et le Noël orthodoxe russe, on a parlé de nous, de nos traditions, et le jour de l’An, on a dit comment on soulignait la nouvelle année avec notre famille et nos amis.

Alors, ici, je représente le Canada, donc je parle de la façon dont j’y ai grandi et des valeurs qui y sont importantes. Comme nous sommes du Canada, de la Russie et des États Unis, nous couvrons ensemble une grande superficie du monde. Il y a donc beaucoup d’occasions, en regardant par le hublot, de vivre ensemble cette expérience. Il m’est arrivé souvent dans la coupole, en flottant tranquillement avec un autre membre d’équipage, parfois plusieurs, d’échanger à voix basse, en état d’émerveillement, sur ce que nous voyons, sur ce que cela signifie pour nous, ce que nous ressentons en tant que représentants de notre peuple. Ces expériences, nous les vivons dans l’espace comme des échanges internationaux. La station spatiale est un creuset formidable pour cela.

Allan Woods : Bonjour, Allan Woods ici, du quotidien Toronto Star. Vous parlez de l’impression que certaines de ces images vous laissent. Une de ces images qui m’a interpellé est celle de la Syrie, prise au-dessus de la Syrie. Vous avez dit que tout semblait si calme dans ce pays à partir de l’espace, la réalité étant toute autre sur Terre. Dites-nous de quelle façon ce que vous voyez change votre impression du monde lorsque vous revenez sur Terre.

Chris Hadfield :
Le panorama qui s’offre à nous, que nous avons le privilège de voir de nos propres yeux est un spectacle qui, selon moi, profiterait à tous. On fait le tour de la Terre en un peu plus de 90 minutes, on voit le monde entier en 90 minutes et, au moment où on en a fait le tour, de cette Terre qui défile sous nos pieds, au moment où on en a fait le tour, elle a changé d’angle et on se retrouve au-dessus d’une autre région. Alors le monde se dévoile tout simplement, et on le voit comme un seul et unique endroit.

Alors donc, quand on pose notre regard sur cet endroit, on a de la difficulté à concilier les conflits et les bouleversements qui s’y déroulent actuellement et le monde dans toute sa quiétude et sa beauté. Toutes ces horribles choses que l’humanité s’inflige et fait subir à la Terre elle-même! À mon avis, si les gens pouvaient avoir une meilleure perspective... c’est en partie la raison pour laquelle nous travaillons si fort pour communiquer ce que nous faisons dans l’espace en tant qu’équipe internationale, c’est-à-dire essayer de faire part ne serait-ce que d’un soupçon de cette perspective du monde, du fait que nous sommes tous dans le même bateau. L’équipage se trouve dans un vaisseau spatial, mais la Terre est un vaisseau spatial pour l’humanité.

Oui, il y a des questions territoriales importantes, il y a des questions personnelles importantes, mais en même temps, lorsqu’on améliore la communication et la compréhension entre les gens, on favorise une mise en perspective mondiale, dont nous sommes très honorés d’être directement témoins et que nous essayons de communiquer à tous de notre mieux. Et tous les jours, je suis les yeux de 160 000 personnes, et j’espère que certaines d’entre elles s’approprieront ce que je vois.

Pascal Robidas : Alors bonjour, M. Hadfield, Pascal Robidas, journaliste à la télévision de Radio-Canada. Vous avez manipulé le bras canadien ce matin. On voulait savoir également l’objet de vos recherches que vous avez participé à bord de la Station spatiale internationale?

Chris Hadfield : Oui, la station spatiale, c’est absolument un laboratoire. Ce n’est pas seulement un laboratoire, mais un laboratoire américain, un autre européen, un autre japonais, un autre russe aussi et c’est le Canadarm2, notre fameux manipulateur qui a arrimé, qui a construit tout ça. Donc c’est absolument un endroit international. Il y a beaucoup d’expériences différentes. Il y avait une expérience japonaise sur la physique des fluides hier soir – tellement intéressant.

C’est, c’est une expérience impossible à faire sur Terre. C’est nécessaire d’avoir un environnement d’apesanteur absolument tranquille, avec aucune force de gravité. Et avec ça, c’est possible de construire comme un pont de l’eau pour mieux savoir exactement comment les fluides fonctionnent. C’est juste pour plus savoir les choses fondamentales. Il y a des expériences pour des colloïdes que j’ai faites ce matin. C’est pour les systèmes hydrauliques. C’est possible de faire l’expérience ici, impossible sur Terre.

Juste après la conférence de presse, je fais une chose ici à une température très élevée pour savoir comment les métaux se mélangent sans l’effet de gravité, en apesanteur. Aussi des expériences médicales, les expériences canadiennes pour savoir le système de régler la pression dans le corps, le système de savoir comment notre balance fonctionne, environ 100 expériences différentes qui fonctionnent toujours ici dans la station spatiale. Donc c’est une, chez nous, c’est tellement occupé. Il y a des choses à faire pour les astronautes ici.

Pascal Robidas : Et peut-être une dernière question. Vous êtes un amateur de musique. Lorsque vous regardez la planète Terre, quelle est la chanson qui vous revient en tête?

Chris Hadfield : Oui, je suis astronaute, mais en même temps, je suis musicien depuis des années. Nous avons une guitare canadienne ici dans la station, une Larrivée, et j’ai la chance de jouer ça presque chaque soir après le travail. Au temps de Noël, c’était parfait pour célébrer, pour chanter ensemble. Mon frère et moi, nous avons écrit une chanson pour Noël et j’ai eu la chance d’enregistrer ça et je pense que beaucoup de monde a déjà vu ça, écouté ça sur YouTube. Mais pour moi, c’est les choses, les chansons folkloriques, les chansons du Canada que j’aime le plus.

Et je ne chante pas seulement des chansons, mais j’écris des chansons de temps en temps. Je suis train maintenant d’écrire quelques chansons de la vie sur Terre, mais aussi peut-être avec l’influence de la vie ici en apesanteur. Et après cinq mois, peut-être je vais en avoir assez pour un disque. Mais c’est juste une chose après le travail, mais pour moi c’est une chose nécessaire pour l’humanité, une chose humaine, une chose intéressante. Et je suis chanceux que nous avons une guitare ici avec nous.

Joanne Backus : Bonjour, Joanne Backus (ph) ici de CBC Television à Montréal. J’ai tourné longtemps dans ma tête la question que je vous poserais, parce qu’il y en a tellement. Bonjour! Alors, qu’est-ce qui vous surprend encore après tout ce temps? Je veux dire... bien sûr, il y a la robotique et tout ce qui se passe en haut, mais je veux dire... vous flottez et vous vous amusez, mais qu’est-ce qui vous surprend encore dans le fait d’être dans l’espace après toutes ces années?

Chris Hadfield : Eh bien, vous savez, c’est mon troisième voyage dans l’espace, mais hier, j’ai égalé le temps total que j’ai déjà passé dans l’espace. Après 20 ans comme astronaute, je n’avais été dans l’espace que 20 jours. Mais maintenant, en tenant compte du fait que le retour dans la capsule Soyouz est prévu pour le 19 et du temps passé dans la station, mon temps total sera plus du double du précédent. Alors, même si je ne cesse de prendre de l’expérience, de nombreuses surprises m’attendent toujours.

J’ai remarqué quelque chose ce matin. Sur Terre, quand je me lève tôt le matin, il m’arrive d’être un peu maladroit parce que mon corps fonctionne encore un peu au ralenti. J’ai découvert qu’on peut être gauche en apesanteur aussi : quand je sors de ma couchette et me rends en flottant par ici jusqu’à notre cuisine et notre salle de bain, je me cogne sur des choses au passage. Même en apesanteur, on peut être pataud le matin ici. Et ça m’a surpris.

Une autre surprise pour moi : la différence entre le fait de faire une visite dans l’espace, ce que j’ai fait deux fois auparavant, et celui d’y vivre, comme maintenant. Ce qui est différent cette fois-ci, c’est le formidable privilège de vraiment vivre cette expérience et de ne pas être obligé de tout précipiter, de ne pas avoir à tout faire une seule fois, mais de réellement être en mesure d’avoir une existence posée, méditative, de vraiment s’imprégner de quoi il retourne. Cette richesse, son impact sur moi et, je l’espère, sur ma capacité à bien la décrire aux autres pour le reste de ma vie, est ancrée beaucoup plus profondément, et je me considère chanceux d’avoir cela.

Joanne Backus : Je me demandais juste... mes patrons me tueraient si je ne vous posais pas cette question... si vous pouviez dire un petit mot sur les Canadiens et les Maple Leafs, si possible. Peut-être un petit « Bonne chance au Tricolore! », je ne sais pas. Il fallait que je tente ma chance.

Chris Hadfield : Je suis vraiment content que les joueurs de la LNH recommencent à jouer. J’adore le hockey, j’adore regarder des parties de hockey. Je trouve que c’est une belle tradition et que c’est un beau sport. Et j’ai hâte de regarder du hockey. Ils me diffusent les parties ici et je peux les regarder pendant que je fais de l’exercice. Il y a un appareil pour faire de l’exercice juste ici, et c’est vraiment super de pouvoir allumer le moniteur et regarder le hockey. Et la première équipe qui m’a séduit et à laquelle je serai fidèle toute ma vie, c’est les Maple Leafs, et j’ai hâte que la saison commence pour les voir jouer.

Mais à vrai dire, ce que j’apprécie vraiment, c’est lorsque quelqu’un cherche à se surpasser et à réaliser quelque chose de presque impossible, ce qui arrive dans le monde du sport. C’est pourquoi les Jeux olympiques m’inspirent le plus grand respect, tout comme le hockey de grande qualité de la LNH, et c’est le respect que cet endroit m’inspire aussi. C’est une très grande équipe au sol, qui nous appelle à nous dépasser et à repousser les limites de nos capacités pour voir même ce qu’il y a au-delà de ces limites. Et cela m’inspire vraiment du respect. J’ai fondé ma vie sur ce principe et... les Maple Leafs demeurent invaincus, alors je leur souhaite de continuer sur cette lancée!

Merci beaucoup, cela m’a fait plaisir de vous parler. L’équipage de la Station spatiale internationale vous fait à tous ses meilleures amitiés!

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