Chris Hadfield discute avec William Shatner en direct de l'espace - Vidéo de l'événement

Description

Publié le 8 février 2013

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Chris Hadfield discute avec William Shatner en direct de l'espace - Vidéo de l'événement

2013-02-07 - Le 7 février 2013, l'Agence spatiale canadienne a accueilli plus de 30 microblogueurs à son siège social de Saint-Hubert, au Québec. Lors d'un événement, l'astronaute canadien Chris Hadfield a pris part à une discussion téléphonique avec William Shatner, acteur canadien reconnu notamment pour son rôle de capitaine Kirk dans la télésérie Star Trek.

L'événement a débuté par une brève présentation de l'astronaute canadien Jeremy Hansen suivie par la conversation entre Hadfield et Shatner, puis a terminé une courte séance de questions-réponses entre Hadfield et des microblogueurs passionnés de l'espace.

(Événement principalement en anglais)

(Sources : Agence spatiale canadienne, NASA.)

Transcription

Jeremy Hansen : Nous n’avons que 10 minutes ce matin. C’est une discussion plutôt informelle. Nous allons seulement rappeler ce qui va se dérouler, avec qui nous parlerons et de l’endroit où se trouvent ces personnes, et de ce qui a occupé Chris dernièrement et de qu’il fait en ce moment.

Alors, évidemment, c’est de là que Chris nous appellera juste ici, la Station spatiale internationale. Elle est grande comme un terrain de football et les astronautes vivent et travaillent dans ces boîtes de conserve qui sont alignées au milieu et forment une sorte de « T », la barre du « T » se trouvant à l’arrière.

L’espace dans lequel ils vivent, tous les six, est à peu près grand comme un Boeing 747. Il y a donc pas mal d’espace pour que les six membres d’équipage puissent réaliser leurs expériences quotidiennes et faire leur travail.

Voici l’homme avec qui nous parlerons aujourd’hui. On peut voir de magnifiques photos qui nous montrent d’où il prend ses superbes photos que nous avons vues dans les médias et sur Twitter. C’est la coupole d’observation. La coupole d’observation est située au bas de la station spatiale et ce panneau de verre qui est juste ici est parallèle à la surface de la Terre. Et ces autres panneaux de verre tout autour offrent une vue à 360 degrés et une belle vue panoramique de notre planète. Et bien sûr, si vous vous rapprochez du panneau de verre et regardez vers le haut, vous pouvez voir l’obscurité de l’espace. Vous pouvez voir les étoiles. Ça doit être absolument extraordinaire. Imaginez‑vous ce que ce doit être de le voir de vos propres yeux.

Je suis un astronaute recru. Je m’entraîne depuis à peu près trois ans et demi maintenant et je suis impatient d’avoir l’occasion d’aller là‑haut et de voir tout ça de mes propres yeux. Les images sont phénoménales. J’ai peine à m’imaginer ce que ce sera de voir ces images moi‑même.

Maintenant, Chris est une personne spéciale. C’est quelqu’un que je suis depuis longtemps. J’ai eu l’occasion de rencontrer quelques fois Chris quand j’étais à l’université et c’est le genre de personne qui a toujours du temps pour vous. Si jamais vous rencontrez Chris, il sera plus que ravi de passer quelques minutes avec vous. J’avais des questions très précises et pointues à poser à propos de ce que c’est que d’être un astronaute et de comment je pourrais un jour suivre ses traces et Chris s’est toujours efforcé de répondre à mes questions. Je pouvais lui envoyer un courriel quand j’avais des questions au sujet de mon programme universitaire. J’essayais de choisir le programme que je suivrais. C’est le Chris que j’ai connu… que je connais, vous savez, une personne qui a réalisé tant de choses, mais qui n’oublie jamais au nom de qui il le fait.

Voici une belle photo de Chris. Il a fait de grandes choses et il flotte dans l’espace avec le drapeau canadien à l’arrière et je ne peux m’empêcher de penser que c’est génial.

Alors, en décembre… je veux seulement vous montrer comment il est arrivé jusque‑là. En décembre, il était au Kazakhstan, c’est de là que sont lancées les fusées russes Soyouz. Et voici une photo de Chris. Il se trouve dans le vrai véhicule. C’est son... c’est le véhicule Soyouz dans lequel il a volé. On peut voir Chris à l’arrière de la photo, en haut de la photo en fait, si vous voulez. Et le photographe qui a pris cette photo se trouvait à l’extérieur de la capsule et regardait à travers le hublot à droite de la capsule et il y a un hublot juste en face, ici, sur le côté gauche. Vous pouvez même voir une tête sur la photo qui regarde dans la capsule comme le fait le photographe. Et il y a trois personnes dans la capsule. Il y a Chris et voici son… le commandant Roman Romanenko de la fusée russe Soyouz. Et puis Tom Marshburn est juste ici en bas de la photo. C’est vraiment très sombre. C’est difficile de voir.

Mais Chris a d’importantes responsabilités dans le véhicule Soyouz. Il est assis dans le siège gauche, c’est‑à‑dire qu’il est essentiellement le copilote et vous pouvez voir qu’il travaille sur l’un des ordinateurs juste devant lui. C’est là qu’on… qu’on contrôle la fusée Soyouz en route vers l’espace.

Et ceci a eu lieu quelques jours avant le lancement, c’est ce qu’on appelle la vérification d’ajustement, c’est là que les astronautes enfilent la combinaison qu’ils porteront pour aller en orbite. Ils se glissent dans le vrai véhicule par une petite écoutille située au‑dessus, ils descendent, s’attachent, s’assurent que tout fonctionne, ils font quelques tests avec le véhicule et après tout ça, ils sortent puis ils prennent cette capsule et l’installent en haut de la fusée. Et cette capsule dans laquelle nous avons vu Chris assis est cette partie de la fusée juste ici.

Et quelques jours plus tard, on allume la fusée et on l’envoie dans l’espace. Et je vois Ozzy qui sourit devant parce qu’elle a vu ça de ses propres yeux. Elle était là aussi. Voir la mise à feu d’une fusée est une expérience tout simplement incroyable. C’est tellement puissant et rapide et vous vous dites, wow, c’est la chose la plus géniale que j’ai vu de ma vie, mais j’aimerais que la fusée fasse un tour et revienne pour recommencer. Ça se passe tellement vite et la fusée n’est plus là. Et quand vous arrivez dans l’espace, avant d’y arriver, tout ce qu’il reste c’est… cette partie est éjectée, c’est la coiffe, la partie blanche qui la couvre. Le reste de la fusée, le carburant a été épuisé, il ne vous reste que cette petite partie en haut de la capsule.

Et quelques jours plus tard vous rattrapez la station spatiale et rejoignez votre équipage. Dans le cas de Chris, il y avait déjà trois personnes dans la station. Il y avait un autre Américain et deux Russes et voici l’équipage de Chris. Alors il y a Oleg ici, Evgeny et Kevin Ford qui est le commandant en ce moment. C’est ce monsieur que Chris remplacera à compter du 14 mars lorsqu’il prendra le commandement de la station spatiale, lorsque Kevin Ford et son équipage reviendront sur Terre. Alors il a rejoint cet équipage de six personnes.

Et quelqu’un m’a envoyé cette photo, je l’ai regardée et ça m’a bien fait rire parce que ces gars ont vraiment l’air trop cool, n’est‑ce pas? (Rires.) Et ils le sont vraiment. Je veux dire, c’est un travail très sérieux et tout. C’est dangereux et difficile et tout pourrait mal tourner d’une seconde à l’autre et nous savons tous, nous tous qui travaillons avec Chris et les autres membres d’équipage, nous savons tous qu’ils peuvent être à la hauteur et si quelqu’un peut le faire, c’est bien eux et nous savons au fond de nous qu’ils sont comme on les voit sur cette photo, mais ce sont les gars que je connais. C’est un groupe d’êtres humains extraordinaires qui sont dans l’espace et ils représentent l’humanité en ce moment. Et c’est tout simplement impressionnant de voir les efforts qu’ils déploient pour partager l’espace avec nous.

Je veux vous montrer quelques autres photos avant de discuter avec la capitaine Kirk qui se joindra à nous tout à l’heure. Il faudra donc surveiller l’heure de près. Nous ne voulons pas être en retard pour cet entretien.

Voici Chris qui travaille sur des charges utiles, des expériences scientifiques donc. Voici le MELFI. C’est un congélateur à moins 80 degrés et c’est là que l’on congèle au fond nos expériences scientifiques, les choses qui doivent arriver dans l’espace congelées et qui doivent revenir sur Terre congelées. Et nous pouvons le faire dans ce congélateur. Et heureusement pour les astronautes, on peut apporter de la crème glacée dans l’espace dans ce congélateur.

Chris passe une bonne partie de ces journées, deux heures et plus par jour, tous les jours, à s’entraîner, à soulever des poids ou l’équivalent. Évidemment, on parle de masse dans l’espace et non de poids et il peut aussi courir sur un tapis roulant ou utiliser un vélo stationnaire. Et c’est important. Ce sont des travaux de recherche importants. Nous tentons de voir comment envoyer des humains au‑delà de l’orbite terrestre basse pour des missions de très longue durée ou vers Mars pour une mission de disons deux ans et de les ramener en assez bonne forme… ou d’arriver sur Mars en assez bonne forme pour travailler à la surface et avoir des os forts et des muscles forts. Nous apprenons beaucoup à ce sujet.

Et voici une belle vue de l’intérieur de la station spatiale. C’est l’espace dans lequel travaille Chris. Ici il a… c’est un conteneur. C’est là au fond qu’on garde les choses dans l’espace parce que si vous ne le faites pas, ces choses flotteront partout et ça fait un immense dégât, alors nous avons ces conteneurs que nous appelons CTB. Et voici Chris qui est en train de déplacer un conteneur en quelque sorte.

Maintenant, quand la mission de Chris sera terminée, cette petite… cette toute petite partie de la capsule reviendra sur Terre comme ceci avec un parachute.

Et voici un rappel d’où nous verrons Chris à partir d’aujourd’hui, en orbite autour de la Terre, qui nous regarde en ce moment et qui voit toutes ces choses incroyables. Et j’adore ces photos que nous recevons des astronautes qui nous montrent l’étendue de l’atmosphère terrestre, la minceur de l’atmosphère, cette partie qui nous protège de la rigueur de l’espace, qui nous fournit de l’eau pour les cultures et de l’air à respirer. C’est une perspective tout à fait unique qui nous vient de l’espace.

Sommes‑nous toujours dans les temps? Sommes‑nous prêts pour le capitaine? Je veux seulement souligner que nous avons la filière canadienne aujourd’hui avec nous parce que voici mon homologue David Saint‑Jacques juste ici.

Centre de contrôle : Station, ici Houston. Êtes‑vous prêt pour l’événement?

Chris Hadfield : Je suis prêt pour l’événement.

Centre de contrôle : Monsieur Shatner, ici le Centre de contrôle de mission de Houston. Veuillez appeler la station pour un test audio.

William Shatner : J’appelle. Ici Shatner. M’entendez‑vous?

Chris Hadfield : M. Shatner, ici le vaisseau spatial de recherche ISS en orbite terrestre et, oui, je vous entends fort et clair. M’entendez‑vous bien? Ici Chris Hadfield.

William Shatner : Chris, je vous entends fort et clair. Je suis tellement heureux de vous parler. Je suis tellement ému de vous parler un bref instant. Je veux vous poser quelques questions qui ont un sens profond pour moi. Alors, permettez‑moi de me lancer dès maintenant.

Vous êtes dans la Station spatiale internationale, mais vous avez dû vous y rendre à bord d’un véhicule russe. Est‑ce que nous, l’Amérique, perdons du terrain ou est‑ce seulement une pause dans notre programme spatial?

Chris Hadfield : Aller dans l’espace est une entreprise extrêmement difficile et je pense que la meilleure façon de répondre à la question est de jeter un œil sur l’histoire. Vous savez, nous n’avons jamais eu un accès régulier à l’espace. Nous avons eu un vol spatial, puis un atterrissage, et nous avons ensuite tout réexaminé pour nous assurer que c’était sans danger avant de procéder à un autre lancement. Et la navette était tout un véhicule… un véhicule qui a eu beaucoup de succès, qui a effectué 135 vols, mais ce n’est pas comme si entre deux vols nous étions contenté d’attendre le prochain. Tout le monde a donné le maximum de ce qu’il pouvait. Alors nous sommes passés de Mercury à Gemini à Apollo puis à la navette, mais il y a eu plusieurs pauses entre les programmes. Et il faut beaucoup de temps pour construire un nouveau véhicule. Alors vous pouvez dire que nous nous sommes un peu égarés entre chaque lancement, mais en réalité, ce n’est pas de cette façon que les choses fonctionnent. Il faut un immense effort de volonté et un savoir‑faire technique pour construire un vaisseau spatial et il faut ensuite avoir le courage d’effectuer un lancement parce qu’il y a des vies en jeu à chaque lancement. Nous sommes en ce moment entre deux générations de véhicule, comme nous l’étions après Mercury, après Gemini et après Apollo. Nous sommes présentement dans l’ère post navette.

Mais heureusement, grâce à la collaboration internationale, nous ne sommes pas cloués au sol. Et cet endroit a été bâti par le monde entier et assemblé en grande partie par les États‑Unis qui a agi comme contremaître. Et heureusement, nous n’avons pas été obligés de l’abandonner comme ça a été le cas avec Skylab parce que nous n’avions pas de véhicule ou de collaboration. Alors nous ne nous sommes aucunement égarés. C’est tout simplement un parcours naturel.

William Shatner : Eh bien, j’ai lu que vous vous êtes déjà porté volontaire pour participer à une mission vers Mars. Est‑ce vrai? Et puisque nous avons peu de temps, permettez‑moi de vous poser une autre question, vous vous êtes porté volontaire, mais n’est‑ce pas une opération effrayante? N’est‑ce pas angoissant compte tenu des immenses difficultés et dangers?

Chris Hadfield : Vous avez aussi pris beaucoup de risques dans votre vie. C’est un risque que j’ai décidé de prendre il y a plusieurs, plusieurs années de cela. En réalité, il y a toujours un risque à réaliser quelque chose qui a un sens dans la vie. Et même si vous décidez de rester à la maison, assis à la table de cuisine, éventuellement, le plafond tombera ou il y aura un ouragan ou une tornade. Vous ne pouvez pas vivre une vie digne de ce nom sans prendre des risques. Et il y a des choses qui valent vraiment la peine qu’on y consacre sa vie et pour lesquelles il vaut la peine de risquer sa vie.

Je dirai simplement que les exploits réels des premiers astronautes ainsi que ceux que vous avez joués et portés à l’écran dans Star Trek et ceux imaginés par bien d’autres auteurs littéraires inspirent des personnes comme moi à faire des choses comme ça. Et sans cette source d’inspiration et sans la capacité technologique qui l’accompagne, rien de tout ça ne serait possible. Et je suis bien placé pour dire que les risques en valent infiniment la peine quand vous voyez la vue que l’on aperçoit de ces hublots derrière moi et ce qui se trouve juste de l’autre côté.

Et, oui, aller sur Mars est tout aussi inévitable que la traversée de l’Atlantique en bateau ou en avion ou que d’être en orbite autour de la planète ou d’aller sur la Lune. Il faut seulement trouver comment y arriver, travailler ensemble et faire de ces rêves et de ces fantasmes une réalité et c’est ce que nous faisons ici en ce moment.

William Shatner : Vous êtes… vous avez plusieurs diplômes universitaires en génie mécanique et vous devez voir l’univers sous l’angle de l’exploit extraordinaire de génie mécanique que cela constitue et voir son aspect mystificateur parce que nous ne savons rien. Quand vous êtes dans la station spatiale, observez‑vous l’univers comme un scientifique qui en est détaché ou pouvez‑vous voir ses parties unificatrices de sorte que vous ne faites qu’un avec lui?

Chris Hadfield : Heureusement, je crois Bill, je vais répondre les deux à la fois. Le plus haut où vont la plupart des gens est peut‑être de grimper sur une haute colline ou d’escalader une montagne et de regarder autour ou alors de prendre l’avion et de commencer à voir ce qui se trouve au‑delà des deux dimensions de la surface du monde de tous les jours. Avoir la chance de se trouver aussi loin que nous le sommes et d’en plus faire le tour du monde toutes les 90 minutes, vous n’avez jamais vu ça sur le plateau de tournage, mais les vues qu’ils ont utilisées dans Star Trek pour nous montrer de quoi avait l’air le monde par les hublots de Zulu et de Chekov, c’est à ça que ressemble le monde.

Il y a une énorme et magnifique Terre qui tourne en dessous de nous, mais tout ce que vous avez à faire c’est de vous mettre à l’envers et, soudainement, l’univers est juste là, sous vos pieds et c’est là où l’ingénieur en moi, bien sûr, pense beaucoup au vaisseau et à la façon dont nous sommes arrivés jusqu’ici ainsi qu’aux problèmes et aux difficultés. Mais l’humain en moi reconnaît ce que nous sommes au milieu de tout ça. Nous avons grimpé une colline puis pris un avion et nous voilà maintenant sur le point de pouvoir quitter la planète de façon permanente pour aller voir tout ce qui existe ailleurs. Et je me sens intimement lié à tout ça. C’est ce qui m’a inspiré quand j’étais petit et j’y ai en quelque sorte consacré toute ma vie. Je suis devenu ingénieur puis pilote de chasse et ensuite pilote d’essai pour acquérir les compétences et espérer un jour faire ce que je fais. Et aujourd’hui je fais de mon mieux pour aider les gens à voir tout ça, pour nous aider à comprendre où nous en sommes philosophiquement et historiquement dans notre compréhension humaine de notre place dans l’univers.

Ce sont des grands mots vous savez pour un technicien de laboratoire dans une station spatiale…

William Shatner : Je sais, mais…

Chris Hadfield : … mais c’est définitivement le sentiment que j’éprouve tout le temps.

William Shatner : C’est inspirant ce que vous dites. Permettez‑moi de revenir en arrière, vous avez fait des vols d’essai sur plusieurs aéronefs. Vous avez été pilote d’essai, ce qui est le plus grand exemple de courage parce que vous pilotez un appareil inconnu et que vous ne savez pas comment il se comportera. Comment gérez‑vous la peur qui accompagne aussi un voyage dans l’espace et le retour, ce qui est peut‑être plus effrayant encore?

Chris Hadfield : J’ai lu quelque part que vous connaissiez toujours vos textes chaque fois que vous aviez un rôle. Que ce soit comme pilote de chasse, astronaute ou pilote d’essai, j’ai toujours essayé de connaître mes textes. Et pour gérer la peur, j’essaie de définir ce qui me fait peur. Et ce qui m’effraie le plus, c’est de ne pas savoir quoi faire, vous savez, d’être muet sur scène ou d’être responsable d’un véhicule et ne pas savoir quels gestes posés avec mes mains ou avec le vaisseau spatial.

Alors j’ai passé presque toute ma vie adulte à m’assurer de connaître mes textes et pour le véhicule Soyouz, que j’ai aidé à piloter jusqu’ici, j’ai passé des années à suivre des cours pour apprendre le russe et ensuite à apprendre à piloter ce vaisseau. Et même si le véhicule a volé jusqu’ici tout seul presque impeccablement, peu importe ce qui aurait pu arriver, Roman Romanenko et moi étions prêts à sauter dans la mêlée et à le piloter, à prendre le contrôle et à le piloter manuellement pour rentrer à la maison. Et c’est une chose terrifiante au début, mais après des années d’entraînement où vous pratiquez tout jusque dans les plus fins détails, vous savez que vous avez la confiance qui vient avec et la peur diminue. C’est comme si vous étiez au sommet de vos capacités et ça aide vraiment à réduire la peur.

William Shatner : Vous avez trouvé l’image parfaite, celle d’un acteur qui a peur du public, mais tant que vous répétez suffisamment, vous savez à quoi vous attendre. La peur vient d’un événement inattendu, comme oublier vos répliques ou une réaction imprévue du public. Dans mon cas, votre visage devient rouge et vous êtes couvert de sueur. Dans votre cas, vous vous désintégrez… c’est un peu différent. (Rires.)

Chris Hadfield : Oui, eh bien, dans les deux cas, vous partez en fumée. (Rires) Dans un cas, c’est figuratif, mais dans l’autre non. Ma femme… ma femme… ma femme en fait… quand les gens lui demandent si elle est effrayée par ce que je fais pour gagner ma vie, comme vous dites, avant j’étais pilote d’essai. C’était un métier bien plus dangereux. J’ai perdu pratiquement un bon ami par année tout le temps que j’ai été pilote professionnel de haut niveau. Alors, oui, ce travail comporte des risques plutôt élevés, mais il y a beaucoup de métiers sur Terre qui comportent des risques. Des bonnes personnes… des pêcheurs et des soldats et certains autres métiers sur Terre… et j’ai du respect pour eux, ils connaissent leur travail, ils s’appliquent et ils apportent leur touche professionnelle dans le monde.

William Shatner : Mais il y a aussi un autre risque en jeu ici. Vous êtes là‑haut pendant six mois. C’est une longue absence vous ne trouvez pas?

Chris Hadfield : Effectivement. Nous avons d’assez bonnes communications. Pensez seulement à ce que vous et moi faisons en ce moment. Vous savez si vous pensez aux choses qui ont été présentées à la télévision il y a 40 ans, des gens avec un petit appareil portatif qui se trouvent à la surface d’une planète et qui parlent sans aucune difficulté avec quelqu’un qui est en orbite autour de cette planète. C’est que vous et moi faisons en ce moment même. Et je peux faire la même chose avec mes amis et ma famille. Je peux leur parler pratiquement tous les jours. Alors ce n’est pas tellement différent que de faire un long voyage d’affaires. Et la formation que suit un astronaute de la Station spatiale internationale vous amène à vous promener d’un bout à l’autre du monde pendant des années, alors, en réalité, c’est une période de quatre à cinq ans au cours de laquelle vous êtes en orbite pendant cinq ou six mois, mais avec la technologie dont nous disposons aujourd’hui, on se sent beaucoup moins isolé. Alors nous sommes très occupés, heureux, nous travaillons fort et nous pouvons quand même communiquer avec le monde.

William Shatner : C’est merveilleux d’entendre ça. C’est merveilleux à entendre Chris. On me dit de me dépêcher un peu parce que nous dépassons le temps prévu. Il y a tant de questions à poser sur l’avenir de l’exploration spatiale et la mission vers Mars et tout. Je serais heureux de discuter avec vous une autre fois plus en détail et de découvrir la portée plus large des questions que j’ai… que j’ai pu vous poser brièvement.

Chris Hadfield : Vous savez, les scènes lorsque vous jouiez dans Justice à Boston, à la fin de l’émission vous étiez assis sur une sorte de véranda ou sur un balcon et vous fumiez un cigare ou buviez un whisky et parliez de la vie, vous devriez venir à la maison et vous asseoir sur la véranda. Je serais ravi d’avoir l’occasion d’en discuter avec vous et d’échanger nos impressions. C’est une expérience fabuleuse.

William Shatner : Le nord de l’Ontario est l’une de mes régions favorites. Je parierais que vous avez un chalet là‑bas.

Chris Hadfield : Oui, nous avons un chalet en Ontario et, oui, vous devez venir nous rendre visite. C’est un endroit génial pour penser au monde, observer les satellites passer et réfléchir vraiment au chemin que nous avons parcouru.

William Shatner : Je connais la…

Chris Hadfield : Je sais que vous manquez de temps.

William Shatner : Je connais la région. Ça a été un plaisir Chris. J’ai hâte de vous rencontrer en personne et de m’asseoir avec vous avec un whisky ou un cigare. (Rires.)

Chris Hadfield : D’accord. Ça a été un plaisir de vous parler. Merci beaucoup. Et portez‑vous bien.

William Shatner : Merci. Portez‑vous bien aussi. Au revoir.

Centre de contrôle : Station, ici Houston ACR. Cela conclut votre conversation avec M. Shatner. Tenez‑vous prêt pour un test audio avec le siège social de l’ASC.

Jeremy Hansen : Bonjour Chris. Ici Jeremy qui vous parle de la maison, l’Agence spatiale canadienne. Vous m’entendez bien? Je vais prendre ça pour un oui.

Chris Hadfield : Jeremy, je vous entends fort et clair. Je suis content d’entendre votre voix et bonjour tout le monde… bonjour à tout le monde à Saint‑Hubert. Vous m’entendez bien?

Jeremy Hansen : Nous vous entendons fort et clair aussi Chris. (Applaudissements.) Nous avons plusieurs questions pour vous ici et c’est par là que nous allons commencer Chris. Mais avant, je voudrais vous transmettre quelques mots au nom de l’Agence. Nous sommes incroyablement fiers de ce que vous avez fait là‑haut au nom du Canada et nous vous suivons à chaque étape alors, continuez votre bon travail. Et ça a été un plaisir de vous écouter ce matin. Allons‑y maintenant avec quelques questions.

Question : Bonjour. Gilles Couture, enseignant en cinquième année. Nos élèves et moi aimerions savoir comment contrôlez-vous la qualité de l’air à bord de l’ISS?

Chris Hadfield : La qualité de l’atmosphère, oui, et pour les élèves aussi, oui, c’est absolument un problème. Et on manque ici… dans la station on manque des plantes, des arbres et donc il n’y a pas de système naturel pour ça. Donc c’est peut-être le même comme dans un sous-marin, un vaisseau sous-marin. Nous avons les systèmes pour… pour prendre les chimiques de l’atmosphère comme le CO2 ou le CO aussi, les gaz qui sont pas bonnes pour la santé. Il y a les systèmes pour filtrer ça et pour refraîcher (ph) ça. Aussi, on prend de l’oxygène de l’eau et de l’urine ici pour reprendre l’oxygène pour notre santé. Et chaque vaisseau spatial qui arrive apporte une quantité d’oxygène et nitrogène, et avec ça, nous avons l’atmosphère qui ressemble absolument l’atmosphère sur Terre, est bonne pour la santé avec aucun problème et depuis combien d’ans déjà, 11, 120 ans déjà nous avons gardé la santé bien pour l’équipe… l’équipage ici dans la station et pour les prochaines… pour Jeremy après quelques années dans l’avenir aussi. Donc ça marche très bien.

Question : Merci.

Question : Bonjour Chris. Ici Ryan Caverley (ph). Ma question est, compte tenu du succès obtenu récemment par le vaisseau spatial Space X Dragon, croyez‑vous que le secteur privé jouera un rôle plus important dans le développement de la technologie spatiale canadienne?

Chris Hadfield : Oh, le secteur privé a toujours joué le rôle le plus important dans la technologie spatiale canadienne. ComDev et SPAR et MDR, MDA et Neptec, toutes ces entreprises, elles ont toujours été des entreprises privées. La vraie question est qui est le client? Et d’être capable, bien sûr, de vendre à l’Agence spatiale canadienne et par l’intermédiaire du gouvernement, qui est un gros acheteur, et les États‑Unis aussi. Là où nous nous dirigeons, c’est comme à l’époque des chemins de fer, la construction du chemin de fer transcanadien ou la construction des aéroports, la construction de l’infrastructure pour que des entreprises puissent naître. Nous sommes encore à cette étape. L’acheteur le plus important est encore le gouvernement. Mais là où Space X se dirige, là où nous nous dirigeons tous, c’est vers là qu’il faut aller et, éventuellement, bien sûr, ce sera encore plus rentable pour le secteur privé canadien, mais c’est un long processus. Ce n’est pas facile de venir jusqu’ici.

Question : Ok. Merci Chris.

Question : Bonjour Chris, ici Rob de Toronto. Vous avez fait un travail extraordinaire pour communiquer avec beaucoup de gens partout dans le monde par le biais des médias sociaux et par d’autres moyens comme cet événement aujourd’hui. Quel est le principal message que vous voulez que les gens retiennent de votre mission dans l’espace?

Chris Hadfield : Vous savez, les gens demandent toujours comment c’est d’être dans l’espace et ce que vous préférez. Le plus agréable, c’est de regarder par le hublot. Et pas seulement parce que c’est beau, parce que c’est fondamental pour votre esprit de voir le monde ainsi, de pouvoir seulement… vous savez, quand j’attendais que ça commence, je ne peux m’empêcher d’aller vers le hublot et d’observer et de penser à l’endroit où nous nous trouvons. Et mon objectif fondamental c’est de faire en sorte, du mieux que je peux, que les gens voient le monde de cette façon, de voir le monde comme un petit endroit, une bulle d’air qui nous garde en vie et dont nous sommes responsables et de voir combien nous sommes près les uns des autres. Et c’est une perspective qui est bonne pour nous en tant qu’espèce et c’est ce que nous avons le privilège de voir et je ferai de mon mieux pour le montrer à tout le monde aussi clairement que possible.

Question : Vous‑y arrivez très bien. Merci.

Question : Bonjour Chris. Je suis Katrina de la Société royale d’astronomie du Canada. Bonjour de nous tous. Ici Astéroïde YYZ. Voilà, comme astronome amateur, je voudrais savoir quels sont les objets que l’on peut voir de l’ISS avec toute la lumière qu’il y a autour de vous, les lumières et les machines, y a‑t‑il un endroit sombre où vous pouvez aller dans la station, où vous pouvez regarder à l’extérieur et vous adaptez à la noirceur et voir ce qu’il y a autour?

Chris Hadfield : Oui, c’est un peu comme un gamin qui quitte la maison. On regarde surtout vers notre mère la Terre. Mais nous avons des hublots qui font face au reste de l’univers. Et j’ai passé quelque temps à regarder par ces hublots, hier en fait, en regardant par un hublot hier donc, je me disais, en lien avec votre question, que le ciel est presque blanc avec la lumière de l’univers, avec le nombre incalculable d’étoiles. Mais il y a beaucoup de variations, même juste à l’œil nu, quand vous êtes dans l’ombre de la Terre, vous pouvez vraiment le voir. Vous pouvez voir toutes les parties sombres où il y a de la matière noire ou de la poussière ou peu importe ce qu’il y a entre nous et le reste de l’univers. Vous pouvez voir le dégradé, c’est comme regarder dans le plus profond des océans et vous pouvez voir des taches très claires. Vous ne pouvez pas voir les constellations parce que le ciel est tellement animé par les étoiles. Ça transforme n’importe qui en astronome amateur de pouvoir voir le ciel de cette façon. J’espère que vous aurez la chance de venir là‑haut et de laisser votre tête se remplir à travers vos globes oculaires. C’est une vue extraordinaire.

Question : Moi aussi. Merci.

Question : Bonjour Chris. Je m’appelle Jennifer Nichols. Je suis enseignante au primaire. La question que je veux vous poser aujourd’hui, c’est qu’étant donné que vous êtes dans une position qui attire beaucoup d’attention sur vous et sur ce que vous avez réalisé au cours de votre carrière jusqu’à maintenant, quel message voudriez‑vous livrer aux gens ici‑bas ou aux élèves ici‑bas pour qui c’est peut‑être un rêve, mais qui n’ont pas la confiance en eux pour les poursuivre?

Chris Hadfield : Vous savez, j’ai déjà lu quelque part une entrevue avec Sir Paul McCartney, Paul McCartney des Beatles. Et il disait qu’il se sent angoissé… parfois. Il manque de confiance… parfois. Et il s’est dit, ça alors, si je me sens comme ça, tout le monde doit se sentir comme ça. Et j’ai vraiment retenu quelque chose. Je me suis dit si un des Beatles manque à l’occasion d’assurance, alors c’est universel. Tout le monde se sent comme ça. Et c’est réellement avec chaque réalisation que vous commencez à bâtir en sentiment de confiance dans vos propres capacités.

Quand j’ai décidé de devenir astronaute, je n’avais pratiquement aucune compétence. J’avais neuf ans. Mais je me suis dit, hé, j’ai seulement neuf an Je veux un jour vivre dans une station spatiale. Je veux commander un vaisseau spatial. Qu’est‑ce que je fais? Comment faire pour y arriver? Alors tous les jours je pensais, bien, comment faire pour y arriver? Qu’est‑ce que je dois faire?

Bien, je dois bien faire à l’école intermédiaire. Je dois bien faire à l’école secondaire. Je dois comprendre ce qui se passe. Je dois apprendre à faire de la plongée. Je ne dois pas laisser mon corps engraisser. Je dois décider ce que je vais regarder et lire et commencer à m’orienter vers ce que je veux être. Et grâce à chacune de ces étapes… apprendre à piloter dans les cadets de l’air… à chaque petite réalisation… j’ai fait de la course de descente dans plusieurs équipes… avec chaque petite réussite vous gagnez un peu d’assurance dans les choses que vous pouvez accomplir, alors quand vous êtes confronté à un nouveau problème, vous pouvez vous dire, hé, je ne sais comment m’y prendre, mais je suis pas mal certain que je vais arriver à comprendre.

Et j’aborde toutes les choses de la même façon, que ce soit pour apprendre à utiliser un appareil‑photo comme celui‑ci, je ne suis pas très bon, mais j’ai assez bien appris pour être capable de prendre de très bonnes photos du monde. Ou pour piloter un vaisseau spatial ou pour… je veux dire demain je vais enregistrer une chanson avec… ou jouer une chanson avec Ed Robertson des Barenaked Ladies. C’est assez intimidant. Et ces gars‑là feraient peur à n’importe qui. Mais vous pratiquez et vous apprenez, vous vous préparez et vous y pensez et vous visualisez et c’est incroyable, si vous essayez de vous améliorer, une étape à la fois, où cela peut vous amener et la confiance que cela peut vous donner.

Question : Merci.

Question : Bonjour Chris. Je suis Laura Austin de Sarnia en Ontario. Je me demandais si les fractures ou les blessures guérissaient plus vite en impesanteur.

Chris Hadfield : Mon Dieu, j’espère que je ne le découvrirai jamais. (Rires.) Vous savez, la vie là‑haut est assez différente. C’est un milieu très stérile. J’ai lu quelque part que vous n’êtes jamais… sur la surface de la Terre… vous n’êtes jamais plus loin que 10 pieds d’une araignée et ça, c’est seulement pour les araignées. Mais je pense que dans la station spatiale nous… je ne pense pas que je… je pense que l’araignée la plus proche est à 400 kilomètres.

Nous vivons dans un milieu très stérile là‑haut. Et je ne sais trop pourquoi, ça change notre physiologie, pas seulement la densité des os et la force musculaire, mais aussi notre système immunitaire. Notre système immunitaire a tendance à s’affaiblir un peu. Et nos os n’ont pas à porter de charges très lourdes, comme vous pouvez le voir, tout flotte littéralement. Je n’ai même pas à soutenir ma tête. Ma tête flotte au‑dessus de mon cou. Alors aucun os important n’a été fracturé ici.

Mais à mon avis, on guérirait plus lentement parce qu’on n’est pas soumis à tous les facteurs de stress courants qui aident votre corps à être fort et endurant comme il est devenu au fil de l’évolution depuis, vous savez, plusieurs millions d’années. C’est presque comme essayer de se rétablir pendant que vous flottez dans la gélatine ou encore sur un lit d’eau et même si certaines choses semblent arriver plus rapidement, est‑ce vous aurez cette robustesse et cette ténacité et cette force imbriquée dont nous avons besoin pour rester en santé sur Terre, je n’en suis pas certain.

Mais nous travaillons très fort pour éviter toute blessure importante ou de nous fracturer des os. Je n’aimerais mieux pas ici.

Question : Merci.

Jeremy Hansen : Ok Chris. Ce sera notre dernière question. Je pense que votre pause est terminée. Il est temps pour vous de retourner au travail. Je sais que vous beaucoup à faire aujourd’hui. Nous vous remercions tous infiniment. Nous vous en sommes très reconnaissants. Et nous n’avons qu’un seul mot pour décrire ce que vous faites, c’est incroyable. Portez‑vous bien. On se reparle plus tard.

Chris Hadfield : Merci Jeremy. Permettez‑moi seulement d’ajouter quelque chose avant que les gens applaudissent ici. Je tiens à vous dire que je suis désolé si je n’ai pas pu répondre à toutes les questions. Mais Jeremy est l’un des astronautes qui assurent le soutien de l’équipage. Je le connais, mon Dieu, depuis plus de 10 ans. Il est très compétent et qualifié et je suis certain qu’il pourrait répondre à vos questions. Et merci beaucoup Jeremy d’être venu jusqu’ici pour animer l’événement aujourd’hui et d’avoir pris soin des visiteurs qui sont venus à l’Agence spatiale. L’Agence spatiale canadienne est un endroit incroyable. Elle rend tout ceci possible et nous en sommes très fiers. Et profitez bien de la visite aujourd’hui tout le monde.

Merci beaucoup Jeremy. Bonjour à tout le monde à l’Agence spatiale, je dois retourner au travail. Au revoir. (Applaudissements.)

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