
Ce matin, c'était la répétition générale du jour du lancement. Nous nous sommes levés aux petites heures comme nous le ferons le 13 juin prochain, nous avons déjeuné, puis après un briefing météo, nous avons enfilé nos scaphandres oranges et quitté les quartiers de quarantaine des astronautes en direction de la rampe de lancement. Une fois sur place, l’équipage s’est entassé dans un petit ascenseur et nous sommes montés jusqu'au niveau 195, où la passerelle d'accès est située.

Puis un à un, selon un ordre bien précis, nous sommes montés à bord d'Endeavour. Ça prend environ 15-20 minutes pour attacher un astronaute sur son siège, et en position verticale, ce n'est pas évident, donc nous ne pouvons pas tous s'installer en même temps. Comme je suis assise en plein centre du poste de pilotage, je suis la dernière à monter à bord. Pendant que nos techniciens attachent mes collègues, j'attends tranquillement à l’extérieur, sur la rampe, à 200 pieds du sol, avec une vue magnifique du Centre Kennedy, de la plage et de la mer. Je me trouve littéralement à deux pas de l'écoutille d'Endeavour, des fusées et du réservoir externe. Aujourd'hui, comme c'était simplement un exercice, le réservoir était vide et les fusées désarmées, mais le jour du lancement, c'est un véhicule vivant que je côtoierai, qui ronflera et sifflera en crachant de la fumée. Ça va être très impressionnant.

Enfin on m'appelle. C'est mon tour. J'entre dans l'antichambre qui entoure l'écoutille, mets mon harnais de parachute, mon casque d'écoute, dis au revoir à la caméra, et me mets à quatre pattes pour monter à bord. On n’est pas trop gracieux quand on porte 100 livres de scaphandres, mais bon, on y arrive. Je me faufile jusqu'à mon siège, me couche sur le dos, et deviens un "légume" (pour emprunter l'expression anglaise - to become a vegetable), c'est-à-dire que je ne bouge plus à moins qu’on ne me le demande, et je suis à la lettre les instructions du technicien chargé de m'attacher. En deux temps trois mouvements, me voilà rivée à mon siège, couchée vers le ciel, prête à partir. Je regarde le compte à rebours. Il indique moins 1 heures et 53 minutes. Presque deux heures d'attente encore à venir! Je ne suis JAMAIS autant en avance pour quoi que ce soit! Mais il n’est pas question d’être à la dernière minute pour prendre la navette spatiale!


Petite précision : Il n'y a que 7 personnes autorisées sur la rampe de lancement à part l'équipage une fois que le réservoir est rempli de carburant, environ 8 heures avant le lancement. Ces 7 personnes (qu'on appelle le « close-out crew») sont spécialisées dans l'art de sceller un équipage dans un véhicule spatial. Elles portent des combinaisons blanches avec de gros numéros 1 à 7 imprimés dans le dos. Elles quittent la rampe de lancement une fois que tous les astronautes sont installés et l'écoutille est fermée et verrouillée, environ une heure avant T-0, et vont attendre à environ 4 km plus loin. L'équipage reste ensuite complètement seul avec une fusée armée jusqu'au lancement. S’il arrive un problème majeur durant le compte à rebours, l’équipage doit se débrouiller tout seul. De là l’importance de savoir quoi faire, et d’utiliser le tank d’évacuation si nécessaire.