Lors des essais préliminaires, le Canadarm2 a fonctionné à la perfection. « Il réagit en douceur et avec précision », a souligné la stationaute Susan Voss. Pourtant, quelques semaines plus tard, un problème des plus ennuyant a fait surface sous la forme d’une panne informatique intermittente affectant le système de commande auxiliaire. Le système de commande principal n’ayant pas été touché, le bras robotique était donc en mesure d’accomplir la tâche vitale que représente l’installation du sas de la Station. Cependant, comme personne ne voulait risquer un blocage du bras dans une position précaire qui aurait pu mettre la Station, la navette ou les équipages en péril, la NASA a décidé de reporter la mission STS-104 (ayant pour objectif la livraison du sas de la Station) jusqu’à ce que le problème soit clairement identifié.
Ce qui a inquiété la plupart des gens a été la disparition mystérieuse du problème. « Personne n’aime les tours de magie dans le monde des commandes de vol, de commenter le directeur de vol de la NASA, John Curry. Nous voulons connaître la nature et la source du problème. »
Il aura fallu des semaines de dépannage pour que les ingénieurs de l’ASC, de MDR et de la NASA mettent enfin le doigt sur le problème : une puce électronique défectueuse dans le boîtier électronique de l’articulation de l’épaule. Il s’agit d’une puce semblable à celles que l’on retrouve dans la plupart des systèmes de la Station et le problème de cette puce particulière avait d'ailleurs déjà été identifié. Une correction de programme a été téléchargée dans les ordinateurs de la Station afin de contourner la puce si jamais le problème réapparaissait. La mission STS-104 a donc le feu vert et le décollage de la navette est prévu pour le 12 juillet.
Une fois la cause de la défaillance identifiée, il n’y avait plus d’inquiétudes concernant la capacité du bras à effectuer l’installation du sas. « Le bras robotique est conçu pour résister à de telles défaillances et nous avions plusieurs solutions possibles pour surmonter le problème, précise Middleton. On travaillait, par exemple, à la mise au point d’un logiciel qui aurait permis de bloquer l’articulation de l’épaule de manière à faire fonctionner le Canadarm2, qui possède sept degrés de liberté, à la manière du Canadarm qui n’en a que six. Tout se serait bien déroulé. Les astronautes ne se seraient aperçus de rien en manœ;uvrant le bras. »
Étant donné la complexité du Canadarm2, nous ne sommes probablement pas au bout de nos peines. En effet, le bras robotique de la Station spatial ne contient pas moins de vingt ordinateurs. Sachdev précise que ce niveau de perfectionnement et de complexité n’existe pas dans le Canadarm et que ce dernier ne dépend pas autant de la technologie numérique. « Avec des systèmes de cette complexité, on s’attend normalement à rencontrer des problèmes liés à la nouvelle technologie ou à ce que l’on pourrait appeler des problèmes de jeunesse. Nous nous attendions donc à quelques hoquets, et il se pourrait fort bien que ceux-ci ne soient pas entièrement choses du passé. »
« Mais cette aventure a également eu du bon, indique Middleton. Elle a permis aux équipes d’ingénieurs de l’ASC, de MDR et de la NASA de s’initier au dépannage des systèmes du bras robotique. Heureusement, le problème n’a pas nécessité une solution immédiate. Nous avons pu prendre le temps nécessaire pour trouver la solution appropriée. Cela nous a permis d’identifier bon nombre de points relatifs aux procédés portant sur le travail d’équipe à l’ASC et à la NASA lorsque de tels problèmes surviennent. Nous allons maintenant être en mesure de voir comment fonctionne l’ensemble du bras, car il y aura éventuellement d’autres défaillances, et si le temps nous fait défaut, nous devrons avoir des techniques de dépannage éprouvées. »
Défis techniques : fort comme un buf, doux comme un agneau