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Projet Neemo 7

NASA Extreme Environment Mission Operations

Journal de bord de Robert Thirsk, commandant de NEEMO 7

Jour 5 - le 15 octobre 2004

Ce n'est pas facile de choisir un seul événement qui fera la manchette dans mon journal quotidien. Chaque jour à bord d'Aquarius me donne l'occasion d'accomplir une foule de tâches dont je n'ai pas fait l'expérience antérieurement dans ma carrière. Aujourd'hui n'a pas fait exception. Je pourrais parler de la construction de notre projet Waterlab ou des expériences en science médicale que nous avons menées dans l'habitat.

(Photo : NASA)

(Photo : NASA)

Je me concentrerai plutôt sur un visiteur que nous avons accueilli à Aquarius. Il s'appelle Inuktun et il s'agit d'un véhicule à chenilles à géométrie variable (VGTV). Autrement dit, c'est un petit robot. Inuktun ressemble un peu à R2D2 dans le film La guerre des étoiles. La différence réside dans le fait qu'il se déplace sur chenilles et qu'il a la capacité de changer de forme pour faciliter ses déplacements et contourner divers obstacles. Inuktun est utilisé dans toutes sortes de situation, notamment pour la surveillance et l'inspection des pipelines. On a même fait appel à ses services pour fouiller les décombres du World Trade Center suite à l'attaque terroriste du 11 septembre. De plus, Inuktun est étanche, c'est-à-dire qu'il peut travailler au fond de la mer. Le système Inuktun a donc été descendu sous cloche vers Aquarius plus tôt aujourd'hui. L'ensemble est constitué du robot, d'une unité de commande, d'un ordinateur portatif et d'un long ombilical.

Vers le milieu de l'après-midi, Whitney Holling, une ingénieure de la société American Standard Robotics, a plongé vers Aquarius pour nous breffer sur le fonctionnement du robot. Afin d'éviter les dangers associés au mal de décompression (maladie des caissons), Whitney n'a pu rester qu'une heure à bord d'Aquarius. Elle a profité de cette courte période pour alimenter le robot, en vérifier le fonctionnement et nous montrer comment l'utiliser.

Avant l'arrivée de Whitney, nous avions branché le robot au système d'alimentation d'Aquarius et aux lignes de transmission de données. Une fois à bord, Whitney a mis le robot en marche. La DEL d'alimentation s'est allumée comme prévu mais il en a été de même pour toutes les autres DEL sur le panneau de commande. En fait, toutes les diodes clignotaient comme si nous avions été dans une discothèque des années 1970! Houston, nous avons un problème!

L'équipage tente de trouver la solution au problème d'Inuktun. (Photo : NASA)

L'équipage tente de trouver la solution au problème d'Inuktun.
(Photo : NASA)

Le fonctionnement du robot était menacé et il ne nous restait que quelques minutes pour résoudre le problème avant que Whitney ne nous quitte pour remonter à la surface. James Talacek, notre coéquipier du NURC, a rapidement remarqué que les boutons-poussoirs sur le panneau de commande de notre robot étaient encastrés. Chaque bouton est une petite touche scellée sensible à la pression (semblable à ceux qu'on trouve sur certains caméscopes ou des calculatrices). La pression ambiante plus élevée à l'intérieur d'Aquarius qu'à la surface (deux fois et demi plus élevée) avait provoqué  l'enfoncement de plusieurs boutons de commande de telle sorte qu'ils envoyaient un signal continu de « fermeture » aux circuits électroniques du robot. Ce dernier, déconcerté, montrait que les choses n'allaient pas en faisant clignoter toutes les diodes électroluminescentes sur le panneau de commande.

« Craig! Apporte au plus vite ton matériel de suture! ». Lorsque le docteur Craig, notre coéquipier chirurgien expérimenté, est arrivé sur la scène, nous lui avons fait percer de petits trous dans la membrane recouvrant les boutons pour permettre d'équilibrer la pression sous la membrane avec celle de l'air ambiant et ainsi ramener les boutons-poussoirs à leur état normal de fonctionnement. C'est tout ce qu'il fallait faire! Nous avons remis le système en marche et tout allait bien. Whitney nous a donné un cours intensif sur le fonctionnement d'Inuktun puis elle est remontée à la surface.

Étant donné qu'Inuktun est le fruit d'une technologie canadienne, l'équipe NEEMO 7 m'a laissé être le premier à commander le robot. Je l'ai donc envoyé explorer le fond sablonneux et le récif autour d'Aquarius. Quelle expérience!

(Photo : NASA)
Cette version de ce petit véhicule
sous-marin téléguidé peut être promené à partir d'un bateau à la surface de l'eau. Il peut filmer des images et a même un manipulateur sur le devant.
(Photo : NASA)

Inuktun me rappelle également les deux robots de la NASA/JPL qui explorent présentement la surface de Mars. Spirit et Opportunity ont retenu l'attention des scientifiques internationaux et du grand public grâce aux images saisissantes du paysage martien et des preuves qu'il y a sans doute eu de l'eau sur la planète rouge dans le passé. Les robots sous-marins effectuent le même travail en explorant le plancher océanique.

Les robots et l'être humain ont chacun un rôle à jouer non seulement dans l'exploration de l'espace et du monde sous-marin mais aussi dans le développement de leurs ressources. Je crois que les capacités des robots et de l'homme se complètent mutuellement dans l'espace et dans d'autres conditions extrêmes. Par exemple, les robots peuvent fort bien exécuter des tâches répétitives et programmées dans des environnements très hostiles tandis que les explorateurs humains sont capables d'ingéniosité pour résoudre des problèmes imprévus. J'ai été très fier de constater que l'équipage NEEMO 7 a réussi, en travaillant de concert, à diagnostiquer sur-le-champ le problème du panneau de commande « confus » et à trouver rapidement une solution qui a permis de sauver la mission robotique.

Inuktun est toujours avec nous. Si nous pouvons trouver du temps dans notre calendrier de demain, nous aurons encore une fois la chance de parfaire nos compétences en manipulation robotique. Pour l'instant, aller au lit est ma grande priorité. Nous devons nous lever à 5 h pour préparer une sortie en scaphandre autonome qui nous amènera au récif avant l'aurore... une autre nouvelle expérience pour moi.

Jour 4 - le 14 octobre 2004

Ça a été une journée difficile aujourd'hui. La défaillance d'un de nos systèmes nous a empêchés de mener toutes les activités qui avaient été prévues.

L'une des principales technologies utilisées pour les expériences de télémentorat et de téléchirurgie à bord de NEEMO 7 est une liaison de données haute vitesse à bande large entre le laboratoire Aquarius et le centre de santé St. Joseph de Hamilton, en Ontario. Un important élément du matériel de cette liaison se trouve sur la grande bouée du système de survie (LSB) qui flotte au-dessus du laboratoire. C'est cet élément qui a fait défaut vers midi aujourd'hui. Par conséquent, on ne pouvait plus transmettre les images vidéo à haut débit captées à partir de la salle d'opération fictive à l'intérieur d'Aquarius. Mike Barratt et moi devions faire une intervention pour suturer des artères endommagées à l'aide du télémentorat provenant de Hamilton. Ces séances ont dû être annulées.

L'astronaute canadien Robert Thirsk, commandant de la mission, atteint Aquarius.(Photo : NASA)

L'astronaute canadien Robert Thirsk, commandant de la mission, atteint Aquarius.
(Photo : NASA)

Mais la bonne nouvelle est qu'un nouvel élément a été commandé et qu'il devrait être installé sur la LSB d'ici demain. Entre temps, les activités à bord d'Aquarius se poursuivront à l'aide d'un système de communication à faible débit de relève. Tout ceci a des conséquences fâcheuses puisque les membres de notre équipe de soutien à la surface resteront certainement très tard au boulot ce soir pour replanifier les activités de l'équipage pour demain. Un nouveau plan devrait nous être transmis à temps pour que nous en prenions connaissance à notre réveil.

Je suis particulièrement heureux de constater que jusqu'à aujourd'hui (jour 4 de la mission) nous avons pu respecter l'échéancier initial de la mission qui avait été soigneusement établi pendant des semaines, voire des mois avant le lancement de NEEMO 7. C'est un véritable tour de force!

(Photo : NASA)

Un membre de l'équipage
de NEEMO 7 fait une expédition en scaphandre à l'extérieur d'Aquarius.
(Photo : NASA)

Au Bureau des astronautes, on dit souvent à la blague qu'un échéancier de mission est rarement valide une fois que la navette spatiale est lancée en orbite. Des problèmes mineurs de systèmes ou des pépins au niveau de la charge utile se produisent inévitablement lors des missions spatiales. Il faut alors refaire le programme des activités en orbite. Je suppose qu'il faut s'y attendre. Les planificateurs de mission sont sans contredit des membres très importants de chaque équipe de contrôle des vols.

Le fait d'avoir maintenu le programme initial de NEEMO 7 jusqu'au quatrième jour me semble assez satisfaisant. Je parie que notre liaison de données haute vitesse sera rétablie demain et que nous pourrons poursuivre nos activités de télémédecine. Nous allons faire de notre mieux pour recueillir toutes les données scientifiques requises. Touchons du bois!

Jour 2 - le 12 octobre 2004

L'astronaute canadien Bob Thirsk lors de sa descente vers Aquarius. (Photo : NASA)
L'astronaute canadien Bob Thirsk lors de sa descente vers Aquarius.
(Photo : NASA)
Le Dr Craig McKinley, un chirurgien de CMAS, se prépare à plonger. (Photo : NASA)
Le Dr Craig McKinley, un chirurgien du CMAS, se prépare à plonger.
(Photo : NASA)
L'équipage de NEEMO 7 ainsi que les membres de l'équipe terrestre. Bob Thirsk est à gauche. (Photo : NASA)
L'équipage de NEEMO 7 ainsi que les membres de l'équipe terrestre. Bob Thirsk est à gauche. (Photo : NASA)

Génial! C'est la première expression qui me vient à l'esprit en faisant le bilan de ma première journée à bord d'Aquarius. Il me semble que les lois de la physique que je connais à la surface sont étrangement altérées sous l'eau. Par exemple, je ressens une pression constante dans les oreilles. La voix de mes coéquipiers et la mienne me font un peu penser à celle de Donald Duck. Lorsque je regarde par le hublot de la cuisine, ce ne sont pas des arbres et de la verdure que j'aperçois, mais plutôt des bancs de poissons et, à l'occasion, un aquanaute passant par là.

Le code de conduite des aquanautes est également bien différent. Billy et James, nos techniciens du labo, nous ont informés des aspects uniques de la vie sous l'eau. Aquarius est bel et bien un habitat confiné et isolé. En tant que membres d'équipage, nous devons suivre un code de conduite qui nous force à demeurer ordonnés, courtois et sécuritaires de sorte que nous soyons encore les meilleurs amis du monde après onze jours de mission. Je ne suis pas claustrophe. La surface habitable à bord d'Aquarius ressemble à l'intérieur d'un autobus scolaire... il y a amplement de place pour tout le monde et la vue à l'extérieur est spectaculaire.

La journée a été bien remplie : deux excursions en plongée, sortie du matériel des sacs, établissement du réseau d'ordinateurs et élimination de certains bogues. Nous avons eu à faire face à quelques problèmes (le moteur du navire qui nous a menés jusqu'au laboratoire a eu un problème, le boîtier d'une de nos caméras avait une fuite...). Malgré cela, nous avons connu une petite victoire. Craig a confirmé que la liaison de commande robotique avec Hamilton, en Ontario, fonctionnait bien.

Je constate déjà qu'il sera extrêmement difficile de respecter les échéances de la mission. À mesure que nous nous adaptons à ce nouvel environnement étranger, il se peut que nous accusions un certain retard pendant les premières journées. Lorsque nous commencerons à manquer de temps, il nous faudra prioriser les activités et sacrifier celles qui sont moins importantes. Assistés de notre équipe de soutien à la surface, nous devrons prendre des décisions critiques.

Cette première entrée à mon journal de bord est plutôt courte. Il se fait tard et il nous reste la réunion informelle d'équipage avant d'aller dormir. Je dois y aller. A+.

Cady Coleman a mis en pratique ses nouvelles connaissances médicales pour panser le doigt blessé de Craig McKinley. (Photo : NASA)

Cady Coleman a mis en pratique ses nouvelles connaissances médicales pour panser le doigt blessé de Craig McKinley. (Photo : NASA)
L'astronaute canadien Robert Thirsk participe à des entrevues pendant son séjour sous-marin. (Photo : NASA)

L'astronaute canadien Robert Thirsk participe à des entrevues pendant son séjour sous-marin. (Photo : NASA)