Chris Hadfield répond à des questions de jeunes musiciens du Conservatoire royal de Toronto

Chanter dans la coupole. (Source : Agence spatiale canadienne/NASA)

Inspiré par Chris Hadfield et la musique qu'il joue dans l'espace, les jeunes musiciens du Conservatoire royal de Toronto ont fait parvenir cinq questions à l'astronaute canadien.

Question Quel âge aviez-vous lorsque vous avez commencé à faire de la musique?

J'ai commencé à jouer de la musique quand j'avais 11 ou 12 ans. Mon frère Dave et moi avions réussi à nous procurer une guitare pour 5 $ dans une vente aux enchères, et nous étions convaincus d'être partis pour la gloire, apprenant des accords et écrivant des chansons. J'ai continué à suivre des cours de musique par la suite : j'ai joué du trombone pendant mes études secondaires et du trombone basse à l'université.

Question Quelles pièces préférez-vous jouer?

Quand je suis sur Terre, je fais partie de deux groupes musicaux, et nous avons dressé une liste d'une centaine de chansons que j'aime particulièrement jouer. Cela dépend souvent des personnes avec qui je joue, autant en raison des voix que des instruments. Personnellement, je préfère généralement les mélodies inoubliables et les paroles qui sont porteuses de sens.

Question Quelles techniques utilisez-vous pour rester motivé lors de votre entraînement pour une mission? Comment appliqueriez-vous ces techniques à la pratique de la musique ou encore une prestation?

Les décisions que je prends sont fondées sur la nécessité. Par exemple, si je ne fais pas une chose X, cela pourrait entraîner des conséquences négatives Y. Dans la poursuite de mes objectifs personnels, j'exige de moi-même un certain degré de préparation pour me sentir prêt et confiant. Cela exige de l'étude et de la pratique, qu'il s'agisse de piloter des engins spatiaux ou de jouer « If You Could Read My Mind ».

Question En quoi les arts et votre éducation musicale ont contribué à votre succès en tant qu'astronaute?

La musique, comme le fait d'être artiste, a toujours joué un rôle déterminant dans ma vie d'astronaute. Lorsque je suis allé sur la station russe Mir, j'ai apporté avec moi une guitare comme cadeau et pour que les membres d'équipage, issus de différents pays, chantent et rient ensemble en flottant dans l'espace, ce qui ajoutait une petite touche d'humanité aux aspects techniques de la mission. Les groupes musicaux qui se sont formés à Houston au sein de la communauté spatiale sont un élément important de la vie après le travail, et ils donnent aux gens l'occasion de se ressembler en savourant la beauté de la musique et l'émotion qu'elle inspire. Il y a aussi une guitare ici à bord de l'ISS, de même qu'un ukulélé et un clavier, et pratiquement tous les soirs quelqu'un joue de la musique. L'art fait partie intégrante de l'humanité. Il remonte à bien plus loin que l'histoire écrite, et il nous survivra tous.

Question Quel serait votre souvenir le plus mémorable d'un moment où vous avez appris ou encore joué de la musique?

Alors que je me trouvais à Toronto pour une série de conférences, faisant la tournée des studios de radio et de télévision, on a demandé à mon agent de l'ASC si je voulais jouer de la musique avec Randy Bachman  à l'émission de Pamela Wallin qui aurait lieu quelques heures plus tard. J'ai répondu... mais oui! Puis j'ai appelé mon frère musicien afin qu'il s'empresse de venir me rejoindre. Je me suis assis à côté de Randy, puis il s'est assis à son tour. Physiquement imposant, Randy s'est tranquillement tourné vers moi et m'a demandé ce que l'on allait jouer. Ayant déjà réfléchi à la question, je lui ai suggéré « Takin' Care of Business ». Il m'a alors montré les principaux accords, puis a lancé les premières notes et s'est mis à chanter – et c'était parti! Je riais et je me concentrais tour à tour, pleurant presque tellement ce qui m'arrivait était incroyable. Soudainement, les accords se sont mis en place et j'ai réussi à jouer en harmonie avec Randy. Je hochais la tête de haut en bas, complètement abasourdi. J'étais là, avec mes cheveux coupés courts, ma moustache des forces aériennes et ma combinaison de vol bleu, à suivre le rythme de ces accords bien connus. Ma musique s'est ajoutée à sa voix, alors que je le regardais s'élancer sans effort dans une série de notes complexe. À la fin il m'a regardé, m'a souri doucement puis m'a lancé « Je ne savais pas que tu étais un rockeur! ». Mon frère et moi avons joué quelques morceaux avec lui par la suite, puis je suis retourné à ma série d'entrevues, en gardant en mémoire cet instant de pur bonheur musical.