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Entrevue avec Robert Thirsk avant sa mission

L'astronaute de l'Agence spatiale canadienne Robert Thirsk, qui occupera le poste d'ingénieur de vol au sein de l'équipage Expedition 20/21, participe à une séance d'entraînement à l'intérieur d'une maquette de la Station spatiale internationale, dans le Space Vehicle Mock Up Facility (Bâtiment des simulateurs de véhicules spatiaux) du Centre spatial Johnson de la NASA. Image : gracieuseté de la NASA

L'astronaute de l'Agence spatiale canadienne Robert Thirsk, qui occupera le poste d'ingénieur de vol au sein de l'équipage Expedition 20/21, participe à une séance d'entraînement à l'intérieur d'une maquette de la Station spatiale internationale, dans le Space Vehicle Mock Up Facility (Bâtiment des simulateurs de véhicules spatiaux) du Centre spatial Johnson de la NASA. Image : gracieuseté de la NASA

Q. : De toutes les carrières auxquelles on peut aspirer, vous avez choisi celle de voyageur professionnel de l'espace. Alors dites-nous M. Thirsk, qu'est-ce qui vous a motivé ou incité à devenir astronaute?

R. : Eh bien, sans l'ombre d'un doute, je dirais que c'est le Programme spatial américain à ses débuts, et plus spécifiquement les missions américaines Apollo, qui m'ont le plus inspiré. J'étais complètement fasciné par les missions et les astronautes. Je me souviens particulièrement des missions Apollo 8, 11 et 13. Je me rendais à la bibliothèque de mon école pour feuilleter les revues Life et National Geographic, et je me levais tôt le matin pour regarder les lancements à la télévision. Vous savez, les Canadiens en connaissent beaucoup sur les équipes et les joueurs de hockey mais moi, j'étais différent en ce sens que j'en connaissais tout autant sur les premiers astronautes et cosmonautes. Mes parents m'ont aussi inspiré, bien entendu. Ils m'ont incité à obtenir une bonne éducation et à ne pas choisir le chemin le plus facile dans la vie. Donc, le Programme spatial américain au cours de ses premières années et mes parents m'ont inspiré pour ce qui est de mon cheminement académique et mon choix de carrière.

Que diriez-vous de partager ce cheminement avec nous? Commençons par votre enfance dans l'Ouest canadien. Parlez-nous des endroits où vous avez vécu et de la vie à cette époque.

Eh bien, j'ai grandi dans l'Ouest canadien. Je suis né à Vancouver et j'ai vécu dans plusieurs villes et villages de la Colombie-Britannique et du Manitoba. L'Ouest canadien est un endroit magnifique. C'est un heureux mélange de villes cosmopolites et de grands espaces verts. Des villes comme Vancouver, Calgary, Edmonton, Regina et Winnipeg occupent une place importante sur la scène mondiale et, non loin d'elles, il y a de magnifiques paysages où l'on retrouve un océan, des forêts tempérées, des montagnes et des prairies.

Diriez-vous que ce coin de pays et les gens qui y vivent ont contribué à faire de vous la personne que vous êtes aujourd'hui?

Vous savez, les gens qui habitent dans l'Ouest canadien ont toujours ce désir d'explorer, cet esprit du pionnier, cette attitude positive et gagnante. Lorsque quelqu'un vient me voir moi, ou un autre habitant de l'Ouest canadien, pour dire qu'on ne peut accomplir ceci ou cela, et bien j'ai tendance à vouloir lui prouver le contraire. Pour les gens de l'Ouest, rien n'est impossible. Et ce qui explique cet état d'esprit à mon avis, c'est qu'il existe toujours un puissant sens de la communauté. Nous accomplissons les choses non pas sur une base individuelle, mais plutôt en groupe, en tant que communauté, qu'équipe sportive, que petit village. C'est une ambiance extraordinaire.

Aidez-nous à compléter le tableau si vous le voulez bien. Vous avez grandi dans l'Ouest canadien; maintenant parlez-nous des moments clés de vos cheminements scolaire et professionnel qui ont contribué à vous orienter vers le métier d'astronaute.

J'ai fréquenté des écoles élémentaires en Colombie-Britannique, en Alberta et au Manitoba. J'ai obtenu mon premier diplôme universitaire à l'Université de Calgary, en génie mécanique. À ma troisième ou quatrième année de génie, un de mes professeurs m'a pris à l'écart et il m'a dit avoir remarqué chez moi cette ambition de vouloir accomplir quelque chose de différent, de relever des défis. Il m'a conseillé de décrocher d'autres diplômes en génie et d'essayer la médecine. Et c'est exactement ce que j'ai fait. Je me suis inscrit à la maîtrise au Massachusetts Institute of Technology, près de Boston, et j'ai ensuite obtenu un diplôme en médecine de l'Université McGill, à Montréal. Plusieurs années plus tard, je me suis inscrit à la Sloan School of Management du MIT, où j'ai obtenu une maîtrise en administration des affaires. J'ai été médecin pendant plusieurs années avant de devenir astronaute, et même après avoir été choisi au sein du Corps d'astronautes canadiens, j'ai exercé la médecine clinique à temps partiel.

Mais dites-moi, comment un ingénieur/médecin/gestionnaire des affaires devient-il astronaute?

Cela va vous sembler un peu loufoque, mais j'ai simplement répondu à une petite annonce dans le journal. Lors de la première campagne de recrutement d'astronautes, le Canada avait placé une annonce dans les principaux quotidiens du pays pour annoncer qu'il lançait un programme d'astronautes et qu'il était à la recherche de candidats ayant certaines qualités. J'ai examiné les qualités recherchées et je me suis rendu compte que j'en possédais plusieurs. C'est alors que ce rêve que j'avais entretenu d'être astronaute, lorsque j'étais plus jeune et que je suivais les carrières de John Glenn et de Neil Armstrong, m'est revenu. J'ai soumis ma candidature le jour suivant. Bien entendu, le processus a pris du temps, j'ai dû franchir plusieurs étapes et passer au travers d'épreuves éliminatoires avant d'être finalement accepté. J'ai été très honoré et je me suis senti choyé d'être nommé au sein de l'équipe des astronautes canadiens.

Et maintenant vous exercez le métier d'astronaute, un métier qui comporte sa part de risques. Mais d'après vous M. Thirsk, que retire-t-on des voyages spatiaux habités qui vaille la peine de prendre tous ces risques?

Chaque astronaute doit réfléchir intérieurement pour déterminer si les avantages qui découlent de l'exploration ou du développement de l'espace, si l'honneur de représenter son pays, l'emportent sur les risques de blessure ou de décès dans le cadre d'une mission spatiale, risques qui sont plutôt faibles soit dit en passant. En ce qui me concerne, les avantages l'emportent de loin sur les risques. Par contre, je ne suis pas quelqu'un qui prend inutilement des risques. J'analyse tout très attentivement. Je pense aussi que l'exploration spatiale produit également des retombées économiques. Prenons le cas du Canada par exemple. Comparativement aux modestes fonds publics investis, les recettes obtenues par les entreprises spatiales canadiennes sont considérables. La plupart des recettes du Canada dans ce secteur proviennent des exportations, ce qui est excellent. De plus, le marché spatial génère de nombreuses retombées technologiques. Prenons par exemple l'appareil NeuroArm, un bras robotique de l'hôpital Foothills de l'Université de Calgary qu'on utilise pour effectuer des interventions neurochirurgicales, des interventions chirurgicales au cerveau, à l'aide de systèmes de commande et d'algorithmes propres au Canadarm2. Voici un exemple classique d'une technologie spatiale mise à profit sur Terre. Il y a aussi les expériences scientifiques. De nombreuses modifications physiologiques qui se produisent dans l'espace s'apparentent à certaines maladies sur Terre. Prenons par exemple l'ostéoporose et la perte de densité minérale osseuse que subissent les astronautes en orbite. Une grande partie de la recherche que nous effectuons au sol profite aux astronautes, et une bonne partie de la recherche que nous effectuons en orbite profite aux femmes postménopausées sur Terre. Mais cela ne s'arrête pas là. On peut aussi parler de patriotisme. Vous savez, chaque fois que je vois le Canadarm à bord de la navette spatiale, ou le Canadarm2/Dextre sur l'ISS, réaliser à la perfection les tâches prévues au programme dans l'environnement hostile de l'espace, je ne peux m'empêcher de ressentir un sentiment de fierté nationale. C'est une magnifique sensation. L'espace sert aussi à inspirer le public. Vous savez, l'espace n'est pas une priorité pour la plupart des Canadiens. Il y a d'autres enjeux sociaux au Canada qui sont plus importants, comme la crise dans le réseau de la santé, la dette nationale et la récession économique qui frappe présentement le pays. Mais en nous rendant dans l'espace et en prenant part à un partenariat international, nous montrons aux autres Canadiens que nous pouvons attaquer de front des problèmes de taille et les résoudre. Cela nous motive à trouver des solutions aux problèmes importants qui affligent le Canada, comme la crise qui touche présentement le réseau de la santé. Finalement, je pense que l'espace a aussi une influence sur l'éducation. Vous savez, j'ai remarqué au fil des ans que de tous les sujets, il y en a deux qui suscitent l'intérêt des jeunes : les dinosaures et l'espace. Et une fois qu'on a capté l'attention d'un jeune, c'est inouï à quel point son esprit s'ouvre aux sciences, à la technologie et aux mathématiques. J'étais l'un de ces jeunes. Lorsque je fréquentais l'école, j'étais fasciné par les programmes spatiaux américain et russe, et cela a sans contredit eu une influence sur mon parcours académique et sur mon enthousiasme à l'égard des sciences et des mathématiques. Je crois vraiment que les avantages l'emportent haut la main sur les risques, qui sont plutôt faibles.

Vous occuperez le poste d'ingénieur de vol dans le cadre de la mission Expedition 20/21 à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Pouvez-vous nous résumer les objectifs de votre mission et nous dire quelles seront vos principales responsabilités en orbite?

Ma mission comportera plusieurs objectifs, mais à mon avis, les deux plus importants seront, dans un premier temps, de démontrer que l'ISS peut accueillir un équipage de six personnes, puis de faciliter la transition du Programme de station spatiale de la phase d'assemblage à celle de l'exploitation. Ainsi, l'ISS sera reconnue à titre d'installation de recherche et de développement de calibre mondial. À quelques exceptions près, mes responsabilités seront les mêmes que celles de mes cinq collègues d'équipage. Je devrai m'occuper de certaines tâches de régie interne, je verrai à l'entretien et à l'exploitation des systèmes de l'ISS et des charges utiles, et j'aurai à cerner et à résoudre les problèmes qui pourraient survenir. Mais plus spécifiquement, je serai le spécialiste en robotique à bord de l'ISS pour la durée de la mission Expedition 20/21 ainsi que le responsable du laboratoire japonais Kibo.

Vous vivrez à bord de ce laboratoire pour la première partie de la mission, est ce exact?

Oui, jusqu'à l'arrivée de la navette spatiale dans le cadre de la mission d'assemblage 17A je dormirai dans un espace vacant destiné à accueillir un bâti d'expérimentation à l'intérieur du module japonais. Le matériel nécessaire à l'installation de mon coin personnel arrivera en même temps que la navette de la mission 17A. J'aurai alors un espace personnel un peu moins rudimentaire.

L'astronaute Robert Thirsk, ingénieur de vol de la mission Expedition 20/21 et représentant de l'Agence spatiale canadienne (ASC), participe à une séance d'entraînement dans le Jake Garn Simulation and Training Facility (Installation de simulation et de formation Jake Garn), au Centre spatial Johnson de la NASA. Image : gracieuseté de la NASA

L'astronaute Robert Thirsk, ingénieur de vol de la mission Expedition 20/21 et représentant de l'Agence spatiale canadienne (ASC), participe à une séance d'entraînement dans le Jake Garn Simulation and Training Facility (Installation de simulation et de formation Jake Garn), au Centre spatial Johnson de la NASA. Image : gracieuseté de la NASA

Peut-être vos collègues donneront-ils un surnom à vos installations personnelles? Cela serait approprié non?

J'imagine qu'ils leur donneront un surnom japonais.

Cette mission constituera votre premier séjour prolongé dans l'espace. Quelles sont vos attentes par rapport à ce séjour de six mois en orbite?

Cela va vous sembler simpliste, mais j'espère simplement contribuer à l'atteinte des objectifs de la mission en collaboration avec mon équipe au sol et mes collègues en orbite. Vous savez, pour un astronaute, il n'y a rien de mieux que de rentrer à la maison au terme d'une mission avec le sentiment du devoir accompli, de savoir que l'on a bien travaillé en équipe et qu'on ramène avec soi tous les résultats attendus. Au cours de ma dernière mission à bord de la navette spatiale, l'orbite sur laquelle nous circulions avait une inclinaison de 39° par rapport à l'équateur. La frontière entre le Canada et les États-Unis se trouve à 49°, donc je n'ai pas eu l'occasion de survoler le Canada lors de mon premier vol. Cette fois-ci, l'orbite sur laquelle j'évoluerai aura une inclinaison de 52° par rapport à l'équateur, alors je pourrai voir de nombreuses parties du Canada. J'ai très hâte de voir le changement des saisons, de mai à novembre, alors que je survolerai ce magnifique pays.

Non seulement s'agira-t-il de votre première mission spatiale de longue durée, mais il s'agira également de la première mission spatiale prolongée pour un astronaute canadien. Parlez-nous de l'importance de votre mission pour le programme canadien d'exploration spatiale.

Depuis le début du programme spatial canadien, c'est-à-dire depuis 25 ans, le Canada a envoyé huit astronautes dans l'espace dans le cadre de treize missions différentes de la navette spatiale. Et lors de chaque mission, nous nous sommes efforcés d'ajouter des cordes à notre arc dans le but de nous faire confier de nouveaux rôles ou de nouvelles responsabilités. Nous avons particulièrement travaillé sur les aptitudes associées aux sorties extravéhiculaires (EVA) et sur les compétences en robotique. J'entrevois cette première mission spatiale canadienne de longue durée comme un pas de plus dans cette direction. Ainsi, au cours des années à venir, le Canada sera perçu comme un partenaire crédible capable de prendre part à des missions internationales vers la Lune ou Mars. Je suis très honoré d'être le premier astronaute canadien à prendre part à une mission spatiale de longue durée, mais il sera plus important pour moi de faire du bon boulot et de paver la voie aux autres astronautes canadiens qui participeront un jour à d'autres missions encore plus palpitantes.

Comme vous l'avez déjà indiqué, votre arrivée à bord de l'ISS en compagnie de Roman Romanenko et de Frank De Winne portera l'équipage de la station spatiale à six puisque vous irez rejoindre Gennady Padalka, Mike Barratt et Koichi Wakata. Êtes-vous emballé à l'idée de réaliser ce jalon marquant l'expansion de l'équipage permanent?

Oui, bien entendu. La Station spatiale internationale est un laboratoire de recherche de calibre mondial où l'on peut effectuer des travaux de recherche-développement dans un environnement de microgravité. Mais pour cela, il doit y avoir certains pré-requis, certains facteurs, avant que la station ne puisse remplir son mandat. Un de ces pré-requis est l'expansion de l'équipage permanent à six membres. Alors oui, je suis emballé à l'idée que nous serons six à bord. Mais je suis aussi redevable à tous les autres membres d'équipages qui ont pris part à des missions d'assemblage antérieures et aux membres des missions Expedition antérieures pour leur dur labeur au cours des dernières années. Ce sont eux qui ont préparé la station pour qu'elle puisse accueillir notre équipage. C'est un honneur pour moi de faire partie du premier équipage de six personnes, et nous devons une fière chandelle à tous ceux et celles qui ont travaillé si fort au cours des dernières années pour préparer la station à notre venue.

Vous savez qu'il ne s'agit pas d'un jalon comme les autres. Oui, l'équipage permanent passera à six membres, mais ces six membres représenteront tous les partenaires du projet de la Station spatiale internationale.

Ce qui rend le Programme de l'ISS si important à mes yeux, c'est justement le fait qu'il s'agit d'une initiative internationale. Voici cinq groupes d'États ayant une philosophie semblable, qui placent l'exploration et l'innovation parmi leurs grandes priorités nationales. Ils se sont réunis pour accomplir une tâche complexe, soit celle d'assembler une station spatiale à la fine pointe de la technologie dans l'environnement hostile de l'espace. Je suis donc très fier de faire partie de ce groupe privilégié qui représentera chacun des partenaires de l'ISS. Je suis honoré de participer à un événement de la sorte qui ne se reproduira probablement pas souvent, et j'éprouve de l'admiration pour tous les pays qui participent à l'initiative.

Maintenant, en ce qui a trait aux activités quotidiennes à bord de la station, croyez-vous que la présence de six membres d'équipage entraînera de nouveaux problèmes, notamment pour ce qui concerne l'établissement du calendrier, la programmation des tâches ou les communications? Ou pensez-vous plutôt que tout se passera bien?

On sait ce que cela implique lorsqu'on invite nos amis et notre belle famille pour plusieurs jours pendant la période des Fêtes. Nous perdons tous un peu de notre espace personnel et cela s'accompagne de quelques inconvénients. On doit attendre notre tour pour se servir du téléphone, on doit attendre notre tour pour se servir de l'ordinateur et il faut faire la file pour aller à la toilette. Même la préparation des repas et les tablées doivent être étroitement coordonnées. Nous vivrons une situation semblable à bord de la station spatiale. Plus spécifiquement, nous devrons porter une attention particulière à la planification des périodes d'exercice des six membres d'équipage. Il faudra aussi coordonner étroitement la préparation des repas et gérer attentivement l'utilisation des deux canaux de communication entre l'ISS et la Terre. Et je crois aussi que la capacité du Programme de l'ISS à accroître la masse du fret et à ramener des échantillons sur Terre sera maximisée, tout comme l'exploitation du système de survie évolué. Nous devrons donc faire tout en notre possible pour collaborer et s'assurer que tout fonctionne parfaitement malgré la présence de six astronautes et cosmonautes à bord.

Parlons maintenant de ce qui est prévu après votre arrivée à bord de l'ISS. Diverses activités sont inscrites au programme, notamment quelques sorties extravéhiculaires de Gennady Padalka et de Mike Barratt. Parlez-nous de ce qu'ils accompliront et ce que les membres d'équipage postés à l'intérieur de l'ISS feront pour les appuyer.

Les travaux d'assemblage de la Station spatiale internationale ne sont pas tout à fait terminés. Plus tard cette année, vers la fin de l'année pour être plus précis, un nouveau module russe baptisé MRM-2 (pour Mini Research Module 2) sera livré à la station. Il viendra se fixer au port d'amarrage zénith du module de service. Mais ce port d'amarrage n'est pas prêt à accueillir un nouveau véhicule, donc les deux EVA que réaliseront Gennady et Mike viseront à le préparer et à préparer aussi certains dispositifs de poursuite radar.

Et vous, de l'intérieur, participez-vous aux manœuvres ou regardez-vous seulement les caméras pour voir ce que feront les astronautes en EVA?

Je pense qu'on va seulement regarder les caméras et leur souhaiter bonne chance.

D'accord. J'ai remarqué sur le plan de vol que peu de temps après l'achèvement de ces sorties extravéhiculaires, vous recevrez la visite de la navette spatiale dans le cadre de la première mission d'assemblage de la mission Expedition 20. Parlez-nous des objectifs de cette mission conjointe avec l'équipage STS-127 et des opérations avec la présence de 13 membres d'équipage à bord du complexe orbital.

Lorsque Mark Polansky et son équipage arriveront à la station à bord d'Endeavour, le programme d'activités va passer à la vitesse grand V. Présentement, cinq EVA sont prévues dans le cadre de la mission STS 127. Parmi les tâches les plus importantes, on devra remplacer six des batteries du tout premier panneau solaire qui a été installé sur l'ISS. Mais l'installation de la nouvelle plateforme japonaise exposée au vide spatial, à l'arrière du laboratoire japonais, constitue sans aucun doute la plus importante des tâches que nous devrons accomplir. À l'aide du Canadarm, on retirera la charge utile de la soute de la navette pour aller la fixer du côté bâbord du laboratoire japonais. Il s'agira d'un ajout extraordinaire à la station. Les Japonais ont fait preuve d'une grande ingéniosité pour ce qui concerne cette plateforme. Elle pourra accueillir des expériences devant être orientées vers le vide spatial (à des fins astronomiques) ou d'autres devant être orientées vers la Terre. Finalement, il y aura au sein de l'équipe de la mission STS 127, mon amie et collègue astronaute canadienne Julie Payette. Pour la première fois de l'histoire, deux Canadiens seront en orbite en même temps. J'ai très hâte de voir Julie et ses collègues dans le cadre de la mission d'Endeavour.

Lorsque Julie quittera la station, elle laissera derrière elle un membre de son équipage, est-ce exact?

En effet. Tim Kopra sera le sixième membre de l'équipage permanent de la station, après le départ de Julie. Trois membres d'équipage de la station effectueront une rotation au cours de la période visée par la mission Expedition 20/21. Dans un premier temps, il y aura Koichi Wakata, puis Tim Kopra et, plus tard, Nicole Stott.

Après le départ d'Endeavour, l'équipage de la station spatiale devra réorganiser la disposition des modules de l'ISS. Parlez-nous du repositionnement de l'adaptateur pressurisé PMA-3, de la raison pour laquelle il doit être déplacé et de ce qu'il faudra faire pour accomplir cette tâche?

Le Canadarm2 saisira l'adaptateur pressurisé PMA-3, qui est présentement amarré au port nadir du Nœud 1, et il le déplacera jusqu'au port d'amarrage de bâbord. Nous déplacerons ce module puisque le Nœud 3, qui comprendra une coupole d'observation, sera livré plus tard au cours de l'année. Une fois l'adaptateur PMA-3 repositionné, on le pressurisera à nouveau et on l'inspectera. On ajoutera ensuite du matériel, on reconfigurera le module d'accostage commun de ce port de manière à ce qu'il soit en mesure d'accueillir le Nœud 3 et sa coupole plus tard cette année. Une fois ces opérations terminées, on se servira du Canadarm2 pour déplacer l'adaptateur PMA-3 à son emplacement au nadir pour que le Nœud 3 puisse être amarré à cet endroit plus tard au cours de l'année. Ce qui est vraiment fascinant, c'est que pour la première fois, ces activités robotiques que je viens de décrire seront entièrement réalisées depuis le sol. Des contrôleurs de vol au sol commanderont le Canadarm2. Il s'agit d'une tâche relativement facile, mais je peux vous assurer que les membres d'équipage de l'ISS regarderont les écrans pour s'assurer que tout se déroule comme prévu.

Ce n'est pas la première fois qu'une équipe au sol commande le Canadarm2, n'est-ce pas?

Non, en effet, ce n'est pas la première fois. Ce sera cependant la première fois qu'une opération de cette envergure sera réalisée si près de la structure de la station.

L'astronaute de l'Agence spatiale canadienne Robert Thirsk, ingénieur de vol de la mission Expedition 20/21, participant à une séance d'entraînement dans le Space Vehicle Mock-Up Facility (Bâtiment des simulateurs de véhicules spatiaux) du Centre spatial Johnson de la NASA. Image : gracieuseté de la NASA

L'astronaute de l'Agence spatiale canadienne Robert Thirsk, ingénieur de vol de la mission Expedition 20/21, participant à une séance d'entraînement dans le Space Vehicle Mock-Up Facility (Bâtiment des simulateurs de véhicules spatiaux) du Centre spatial Johnson de la NASA. Image : gracieuseté de la NASA

Un peu plus tard, un autre système canadien d'importance sera mis à contribution. Vous vous servirez du Manipulateur agile spécialisé (SPDM) pour effectuer certaines tâches à l'extérieur de la station. Décrivez-nous ce qui va se passer.

Le SPDM, également connu sous le nom de Dextre, est la plus récente contribution du Canada aux systèmes robotiques de l'ISS. Il s'agit d'un robot à deux bras qui peut faire davantage de manipulations fines que le Canadarm2. Sur la poutrelle de la station, il y a un module de télécommande d'alimentation (RCPM), c'est-à-dire un boîtier de circuits électriques, qui est tombé en panne. Maintenant que Dextre a été inspecté et qu'il est opérationnel, il accomplira sa première tâche dans le cadre de ma mission. Dans un premier temps, il se rendra sur la poutrelle au point désigné, il retirera ce boîtier de circuits électriques et il le remplacera par un autre en état de fonctionner. Ces manœuvres seront importantes puisqu'elles permettront de démontrer au monde entier que les systèmes robotiques comme Dextre constituent, en réalité, un avantage pour la station spatiale sur le plan de la sécurité. Le remplacement d'un RCPM est une opération extravéhiculaire relativement simple. Mais si on peut confier de telles tâches à Dextre au lieu de demander à des astronautes de les effectuer dans le cadre de sorties dans l'espace, on contribue à accroître la sûreté du Programme de l'ISS.

Alors dans ce cas précis, on peut dire que Dextre deviendra la main du bras robotique Canadarm2?

Tout à fait.

Et qui sera aux commandes?

Encore une fois, on tente le plus possible de remettre les commandes des systèmes robotiques aux contrôleurs de vol au sol. J'ai été formé pour le remplacement de ce RCPM, et je peux le faire manuellement, mais nous allons voir si les contrôleurs de vol peuvent accomplir cette tâche plutôt complexe à l'aide de Dextre. J'ai confiance en leurs moyens, mais s'ils se heurtent à quelques problèmes, je pourrai entrer rapidement dans la boucle et fournir le contrôle manuel dont ils pourraient avoir besoin.

Parlons un peu de recherche scientifique si vous le voulez bien. Une bonne partie de la recherche qui est maintenant menée à bord de la station spatiale se penche sur comment les humains peuvent vivre et travailler en toute sécurité en orbite autour de la Terre pendant de longues périodes. Vous pouvez nous en dire plus sur certaines des expériences que vous réaliserez au cours des missions Expedition 20 et 21, notamment en sciences de la vie?

S'il y a une chose que les gens retiendront de l'équipage Expedition 20/21, c'est que nous aurons réalisé beaucoup d'expériences pendant notre séjour à bord de la station. Avec six membres d'équipage permanents dans le cadre de la mission Expedition 20, nous disposerons d'environ mille heures équipage pour la science. Et si vous ajoutez l'ensemble des expériences des divers partenaires du programme de l'ISS, nous devrons réaliser plus d'une centaine d'expériences. C'est du jamais vu. Mais oui, nous mettons l'ISS à contribution pour effectuer de la recherche qui permettra à l'être humain de survivre et de vivre dans l'espace pendant de longues périodes et d'y être plus productif. Actuellement, les astronautes qui participent à des missions spatiales de longue durée sont aux prises avec un phénomène de déminéralisation osseuse. C'est-à-dire que leurs os se décalcifient. La décalcification se produit à un rythme alarmant, c'est-à-dire de 1 à 2 p. 100 pour les os porteurs (p. ex., les vertèbres lombaires, les os du bassin, les tibias et les os du talon). Au terme d'une période de six mois, la décalcification osseuse peut même être de l'ordre de 8 à 12 p. 100. C'est assez préoccupant. Nous avons tenté, dans le passé, d'administrer des suppléments alimentaires pour empêcher la perte de calcium, mais en vain. Nous disposons maintenant d'un nouvel appareil d'exercice à résistance à bord de la station appelé Advanced Resistive Exercise Device. Cet appareil a été spécifiquement conçu pour appliquer une charge sur les os que je viens de mentionner. Nous verrons si cet appareil fera une différence. Pour la première fois de l'histoire, on nous a demandé de réaliser une expérience sur les diphosphonates. Certains de mes collègues et moi prendrons ce médicament qui est régulièrement prescrit aux femmes postménopausées pour traiter l'ostéoporose. On espère que cette combinaison de régime alimentaire, d'exercices et de médicaments permettra au moins d'atténuer le phénomène de déminéralisation osseuse, sinon de l'enrayer complètement. Nous nous devons de réaliser des expériences de ce genre avant de soumettre des astronautes à des missions spatiales de longue durée ou de les envoyer plus loin dans le système solaire.

Je crois deviner, et dites-moi si je me trompe, que vous vous intéressez particulièrement à ce secteur de recherche à titre de médecin...

Absolument. L'exploration de la partie intérieure du système solaire m'intéresse au plus haut point, et j'espère que je pourrai voir cela de mon vivant. Mais vous savez, la plupart des obstacles qui nous empêchent d'explorer cette partie du système solaire ne sont pas uniquement budgétaires, ils sont aussi médicaux. Avant de pouvoir envoyer en toute confiance des astronautes sur la Lune ou sur Mars, nous devons résoudre de nombreuses questions, dont celles de la déminéralisation osseuse, de l'atrophie musculaire, de l'exposition aux rayonnements et des effets psychologiques de l'isolement et du confinement.

Vous mènerez, en parallèle, d'autres expériences touchant à d'autres secteurs scientifiques. Que pouvez-vous nous dire sur les autres disciplines qui feront l'objet d'études au cours de votre mission dans l'espace?

En plus de préparer les astronautes de demain à vivre dans l'espace pendant des séjours prolongés ou à s'aventurer plus loin dans le système solaire, la Station spatiale internationale est une plateforme exceptionnelle où l'on effectue de la science fondamentale. Il y a cette expérience japonaise appelée " Marangoni " qui met à profit une merveilleuse installation de recherche sur la physique des fluides (Fluid Physics Exposure Facility), dans le laboratoire japonais. Cette expérience vise à étudier l'écoulement des fluides en fonction des différences dans la tension de surface. Il y a aussi une expérience européenne désignée SODI (pour Selectable Optical Diagnostics Instrument), qui tentera de déterminer les coefficients de diffusion et de diffusion thermique dans un environnement d'impesanteur. Il y aura aussi quelques expériences médicales, notamment certaines axées sur la capacité du système cardiovasculaire à maintenir la pression sanguine et l'apport de sang au cerveau après le retour sur Terre des astronautes. Nous effectuons, là-haut, de la recherche fondamentale dans toutes les disciplines scientifiques qui s'y prêtent afin de permettre aux futurs astronautes de s'aventurer encore plus loin dans le système solaire.

De toute évidence, votre mission nécessitera de votre part beaucoup d'entraînement et de préparation. Et l'été prochain, vous recevrez une autre visite de la navette spatiale qui apportera avec elle un autre remplaçant. Parlez-nous des objectifs de cette mission conjointe avec l'équipage du vol STS-128.

La mission STS-128, également désignée mission d'assemblage 17A, visera principalement à réapprovisionner l'ISS. La navette transportera dans sa soute le module logistique polyvalent (MPLM) qui contiendra des réapprovisionnements, notamment des vivres et des vêtements pour les membres de l'équipage de la station. Il contiendra aussi quelques bâtis de recherche afin d'accroître la capacité de la station spatiale, dont un bâti de recherche sur les fluides (Fluids Integration Rack) et un autre sur la recherche en science des matériaux (Material Science Research Rack). Le module MPLM apportera également certaines composantes du système de survie amélioré, dont un nouveau tapis roulant amélioré appelé Treadmill T2, ainsi que le système de revitalisation de l'atmosphère prévu pour le Nœud 3. De plus, les membres d'équipage de la mission 17A effectueront quelques EVA. Ils auront notamment pour tâche de remplacer un réservoir d'ammoniaque vide par un nouveau. Ce sera encore une fois une période assez occupée.

Cette mission, comme vous l'avez dit précédemment, sera celle qui amènera Nicole Stott à la station pour joindre votre équipage. Et quelques semaines plus tard, si on se fie au calendrier actuel, d'autres approvisionnements seront envoyés à bord d'un nouveau véhicule de fret, soit le véhicule de transfert H-II. Dans un premier temps, parlez-nous de cet engin spatial japonais unique en son genre, puis dites-nous ce qu'il apportera de nouveau du point de vue de l'exploitation de la station.

On se sert de l'acronyme HTV pour désigner le Véhicule de transfert H-II (en anglais : H-II Transfer Vehicle). Il s'agit d'un véhicule de fret à grande capacité qui viendra complémenter les capacités de transport de marchandises actuelles du Programme de l'ISS, lesquelles comprennent notamment la navette spatiale, les véhicules Progress ainsi que les véhicules de transfert automatique européens ATV (pour Automated Transfer Vehicle). Le HTV sera lancé depuis le Sud du Japon au sommet d'une fusée H-II, il ira à la rencontre de la station spatiale au moyen d'un système de navigation GPS différentiel puis il effectuera son approche finale à l'aide d'un système de rendez-vous au laser. Il ne s'amarrera pas automatiquement à la station. Il s'approchera plutôt à une dizaine de mètres de la station, tout juste en dessous du laboratoire japonais, et il se stationnera à cet endroit. Nicole Stott et Frank De Winne se serviront ensuite du Canadarm2 pour saisir le véhicule HTV à cet endroit. Cela peut sembler facile, mais ce ne l'est pas. Il s'agit d'une tâche très complexe car juste avant de saisir cet engin libre, nous éteignons les micropropulseurs de contrôle d'attitude de l'ISS et nous envoyons le véhicule HTV à la dérive. Il commencera donc à culbuter lentement. Je dirais que c'est comme attraper un cheval bronco au lasso. Je prêterai donc main-forte à Nicole et à Frank. Inutile de dire que nous devrons tous faire preuve d'une grande concentration et ce, tant les astronautes en orbite que les membres de l'équipe au sol. J'aurai ensuite l'occasion de prendre les commandes du Canadarm2 et d'assujettir le véhicule HTV au port nadir du Nœud 2.

Si le fait d'envoyer le HTV à la dérive lui induit un mouvement de culbutage, alors pourquoi le faire? Pourquoi ne pas lui laisser son attitude de manière à ce qu'il soit plus facile à saisir?

Très bonne question! Lorsque le bras robotique saisit un objet libre, on doit veiller à ce qu'il n'encaisse pas une trop grande tension. Si l'attitude de la station spatiale, qui se trouve à l'une des extrémités du bras, ne cadre pas exactement avec l'attitude de référence de l'engin libre donné, il se pourrait que le stress induit au bras robotique soit supérieur au stress maximal qu'il peut endurer. Il vaut donc mieux laisser l'extrémité du bras fixé à la station relaxer quelque peu au moment de saisir un objet.

Pour ne pas que deux forces opposées soient appliquées en même temps sur le bras?

Exactement.

Une autre première est prévue dans l'histoire de la Station spatiale internationale après l'arrivée du véhicule HTV, et c'est la venue d'une troisième capsule Soyouz. Parlez-nous de ce qui se passera lorsque Jeff Williams et Max Suraev monteront à bord et que Gennady Padalka et Mike Barratt quitteront pour leur retour sur Terre.

Nous accueillerons chaleureusement Jeff et Max, mais nous aurons un léger pincement au cœur de voir partir Gennady et Mike. Au moment du désamarrage de la capsule Soyouz à bord de laquelle se trouveront Gennady et Mike, nous passerons à la mission Expedition 21. Cette mission durera environ un mois et demi et elle sera caractérisée par un certain nombre d'activités. Nous effectuerons les préparatifs nécessaires en vue de l'arrivée du nouveau véhicule russe MRM-2 et de la livraison du Nœud 3, puis nous préparerons le désamarrage de la capsule Soyouz 19S qui me ramènera sur Terre en compagnie de Roman et de Frank.

De plus, lorsque vous ferez la transition à l'équipage Expedition 21, Frank De Winne deviendra le commandant de la station. Il sera le premier astronaute de l'Agence spatiale européenne à occuper ce poste. Parlez-nous de l'importance de ce programme et du fait que désormais des astronautes européens agissent à titre de commandants.

Je suis très heureux que les responsables du programme de l'ISS aient posé ce geste. Vous savez, pour la première fois, la station spatiale sera commandée par un astronaute qui n'est ni Américain ni Russe. Cela témoigne de la qualité du partenariat qui caractérise ce programme et où un petit partenaire peut jouer un rôle de premier plan. Je suis également content qu'une personne comme Frank De Winne soit nommée commandant. Frank est un astronaute incroyablement compétent, qui connaît comme nul autre les systèmes de l'ISS et de la capsule Soyouz et qui a une dimension très humaine. Il porte une grande attention aux membres de son équipage et il s'assure du bien-être de ses collègues astronautes et cosmonautes et ce, tout en veillant à l'atteinte des objectifs de l'expédition. C'est une bonne chose non seulement pour les partenaires internationaux, mais aussi pour tous les membres de l'équipage, que Frank soit nommé au poste de commandant.

Nous parlons en détail, depuis un bon moment déjà, de votre mission spatiale, mais il reste que vous ferez partie d'un moment marquant dans l'histoire de l'exploration humaine de l'espace, notamment en préparant la Station spatiale internationale à accroître son rôle et son équipage permanent. Elle deviendra encore plus internationale qu'elle ne l'est déjà. Dites-nous Bob, comment entrevoyez-vous l'exploration humaine de l'espace dans l'avenir et en quoi ce que l'on accomplit sur l'ISS aujourd'hui contribue à préparer l'avenir de l'exploration spatiale?

Je pense que le modèle de partenariat qui est présentement en place pour le Programme de l'ISS sera probablement reproduit lors de la prochaine initiative internationale d'exploration humaine de l'espace, soit le retour de l'Homme sur la Lune et, un jour, l'exploration humaine de Mars. Le partenariat de l'ISS n'est pas parfait, mais il fonctionne très bien. Nous avons retenu de nombreuses leçons à titre de partenaire dans le cadre du Programme de la Station spatiale internationale, et j'espère que le Canada pourra mettre ces leçons à profit dans le cadre de sa prochaine participation à une initiative spatiale. Qui sait, peut-être le Canada sera-t-il un partenaire dans un projet de base lunaire? Nous savons maintenant comment nous comporter en bon partenaire pour ne pas nuire aux autres, comment reconnaître les forces et les faiblesses de chacun et cerner les objectifs des pays participants. Ces derniers peuvent être légèrement différents de ceux du Canada. Mais nous sommes tous déterminés à explorer la partie intérieure du système solaire et à fournir à la société canadienne des retombées scientifiques et technologiques. Et tous les partenaires visent cela également. D'un point de vue scientifique, nous ne sommes pas encore prêts à mettre sur pied un partenariat pour cette prochaine aventure. Pour cela, nous devrons franchir encore bien des obstacles administratifs, technologiques et scientifiques. Je crois d'ailleurs que la Station spatiale internationale est une excellente plateforme, un merveilleux banc d'essai. On pourra y tester certains de ces concepts avant de pouvoir développer, par exemple, des systèmes de survie autonomes, ou avant d'intégrer des végétaux dans un système de survie destiné à assurer une présence humaine sur la Lune ou sur Mars. La Station spatiale internationale est un banc d'essai unique en son genre.