Révolution dans la technologie médicale terrestre et spatiale

La technologie médicale de pointe qu'on élabore présentement pour vérifier rapidement l'état de santé d'un astronaute dans l'espace pourrait un jour faire partie des instruments de votre médecin. L'Agence spatiale canadienne (ASC) s'associe à des chercheurs canadiens réputés afin d'accélérer le développement des technologies et applications qui pourraient changer la façon de poser un diagnostic médical, tant dans l'espace qu'ici sur Terre.

En prodiguant des soins de santé de qualité, les médecins praticiens du Canada se heurtent souvent aux mêmes difficultés que le personnel médical chargé de veiller à la bonne santé des astronautes en mission spatiale. Par exemple, ils sont appelés à diagnostiquer et à traiter rapidement un problème de santé chez leurs patients. Le défi peut s'avérer encore plus grand lorsque le malade n'a pas facilement accès aux soins médicaux, soit en raison d'une mobilité réduite, soit parce qu'il vit dans une région éloignée ou isolée. L'utilisation d'une technologie hautement portable pourrait permettre aux patients de recevoir un diagnostic dans leur propre collectivité, ce qui accélérerait la prestation de soins de santé de qualité. Il existe de nombreux parallèles avec les astronautes puisque ces derniers ne peuvent envoyer d'échantillons sur Terre pour les faire analyser. Puisque la communauté internationale de l'exploration spatiale commence à s'intéresser à des destinations de plus en plus éloignées, comme la Lune et Mars, il sera essentiel de disposer d'une technologie de biodiagnostic autonome pour préserver la santé des équipages lors de missions de longue durée.

L'ASC finance deux projets spatiaux uniques qui visent à accélérer les diagnostics, dans l'espace tout comme ici sur terre, en fournissant aux médecins cliniciens des outils d'importance vitale qu'ils peuvent utiliser au point d'intervention. Les innovations du projet Lab on a CD (laboratoire sur disque) que dirige le Dr Michel G. Bergeron du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval, et du projet Microflow, mis au point par l'Institut national d'optique (INO), seront testées dans l'espace pour accélérer le développement d'une technologie médicale plus compacte, moins coûteuse et plus rapide, capable de traiter et d'analyser des échantillons médicaux en orbite, tout en appuyant la recherche scientifique à bord de la Station spatiale internationale (ISS).

Lab on a CD est le prototype d'essai pour le diagnostic médical ultra rapide, hautement sensible et entièrement automatisé qui laisse entrevoir une grande percée : le diagnostic en temps réel de maladies infectieuses au point d'intervention. Tandis qu'il faut compter des jours, voire des semaines, pour mener des tests en laboratoire, le Lab on a CD peut exécuter en quelques minutes seulement des analyses génétiques très complexes. Le disque microfluidique a environ la taille et la forme d'un cédérom et fonctionne à peu près de la même façon. Le disque fait tourner un échantillon pour créer des conditions artificielles de gravité afin de réaliser automatiquement diverses étapes expérimentales complexes. Grâce au financement de 150 000 $ accordé par l'ASC, le Dr Bergeron et son équipe de l'Université Laval ont réussi à tester la technologie en microgravité à bord de vols paraboliques. Bénéficiant d'une entente entre le Canada et l'Agence spatiale européenne (ESA), le projet a reçu 1,1 million de dollars pour poursuivre le développement du prototype dans le cadre du Programme européen de recherche et d'applications en sciences physiques et en sciences de la vie dans l'espace. C'est par le biais de ce programme que les chercheurs se penchent sur la conception d'un système de bio analyse pour l'ISS.

Microflow est une plateforme de démonstration technologique mise au point par l'Institut national d'optique (INO). Après avoir consenti à l'Institut un investissement initial de 300 000 $ pour les essais, l'ASC lui a attribué un contrat de 2,3 millions de dollars en 2011 pour la conception, la fabrication et l'essai d'un cytomètre de flux transportable de première génération destiné à l'ISS. Les cytomètres de flux sont couramment utilisés dans les laboratoires de recherche et de biologie médicale pour diverses bio analyses et applications cliniques. Ils servent au diagnostic de maladies, allant de la détection des cancers du sang et des pathologies immunologiques chez les humains jusqu'à l'identification de pathogènes bactériologiques dans les aliments et l'eau. Tirant parti de l'expertise de l'INO dans le domaine des lasers et des fibres optiques, le projet Microflow a pour objectif de tester l'approche innovatrice en matière de fibre optique que propose l'INO . Cette solution permet de mettre au point un cytomètre robuste, portable et miniaturisé. Cette technologie s'avère idéale pour les bio analyses effectuées dans l'espace et sur Terre. La plateforme d'essai Microflow sera lancée à destination de l'ISS en décembre 2012 lors du vol de l'astronaute de l'ASC Chris Hadfield.