Conférence hydrographique du Canada

par Steve Maclean, président de l'Agence spatiale canadienne

Le texte prononcé fait foi

Niagara Falls (Ontario), le 15 mai 2012

Mesdames et messieurs, distingués invités, merci pour ce généreux accueil.

Nous rêvons depuis plus de 500 ans d'une voie navigable qui relierait les océans Atlantique et Pacifique par le Nord.

Déjà, au milieu du XVIe siècle, des visionnaires déterminés et ambitieux savaient qu'un passage à travers le Nord permettrait aux navires de voyager plus rapidement entre l'Europe et l'Asie.

Bien sûr, même les plus enthousiastes d'entre eux savaient qu'ils auraient à affronter de nombreux obstacles, comme le froid, la glace et des eaux inexplorées.

Mais malgré ces obstacles, plusieurs explorateurs dévoués étaient bien résolus à réaliser leur rêve coûte que coûte.

Nous savons que le Britannique Martin Frobisher a été l'un des premiers à chercher le « passage du Nord-Ouest », dans les années 1570.

Malgré ses courageux efforts, les résultats de son expédition ont été mitigés.

Après trois années difficiles, sa modeste flotte n'avait réussi qu'à atteindre la petite baie qui porte maintenant son nom.

Dans les années qui ont suivi, beaucoup d'autres ont voulu tenter leur chance, mais sans succès et souvent avec des conséquences tragiques.

Puis, en 1903, le Norvégien Roald Amundsen a finalement réussi à traverser le passage du Nord-Ouest d'un bout à l'autre avec son bateau de pêche de 21 mètres.

Comme nous le savons, et comme il s'y attendait, le voyage n'a pas été facile.

Ni rapide.

Pour y arriver, Amundsen a dû attendre, souvent pendant plusieurs mois, que les glaces fondent.

Amundsen nous a montré le chemin — ou du moins, il nous a montré qu'il y avait un chemin — et aussi surprenant que cela puisse paraître, plus de cent ans après cette aventure extraordinaire, peu de navires ont emprunté le passage.

Cela n'a rien d'étonnant.

Pendant presque tout ce temps, le passage du Nord-Ouest est demeuré tel qu'Amundsen et les explorateurs précédents l'avaient trouvé, c'est-à-dire froid, hostile, et bloqué par les glaces pendant la majeure partie de l'année.

Toutefois, les changements climatiques ont provoqué un phénomène que Frobisher, Amundsen et tous les autres explorateurs n'auraient pu imaginer.

Le passage du Nord-Ouest est en train de devenir une voie de navigation convoitée et de plus en plus accessible.

Aujourd'hui, les gouvernements et les compagnies de partout dans le monde veulent profiter des avantages incroyables qu'offre une voie maritime dans le Nord accessible à l'année.

Ils ont fait leurs calculs.

Même en tenant compte du canal de Panama, les navires ont 7 000 km de moins à parcourir lorsqu'ils voyagent de Londres à Tokyo grâce au passage du Nord-Ouest.

Pour beaucoup d'entre eux, le temps gagné représente deux semaines de navigation.

Mais le gouvernement du Canada et tous ceux qui assistent à cette conférence savent qu'un plus grand accès risque d'entraîner autant de nouveaux défis.

Le Nord devenant plus accessible, les éternelles questions de la souveraineté, de l'intendance, de la sécurité et de la durabilité de l'environnement seront de nouveau au cœur des préoccupations.

Le mois dernier, j'ai eu le plaisir de discuter avec des délégués à la conférence de l'Année polaire internationale, qui s'est tenue à Montréal.

J'ai ressenti, chez ceux-ci, un fort sentiment que cette rencontre avait lieu à un moment déterminant pour la santé de notre planète.

Je leur ai fait part de mon opinion, à savoir que nulle part ailleurs ce sentiment d'urgence n'est ressenti davantage que dans le Nord canadien.

Je suis certain que la plupart des personnes présentes à cette conférence seraient d'accord avec moi.

Et je suis certain que, tout comme les délégués à la conférence de l'Année polaire internationale, vous êtes déterminés à faire quelque chose à ce sujet.

Je suis persuadé que vous le ferez.

Au cours des prochains jours, vous serez amenés à discuter et à débattre de certains ou de l'ensemble de ces enjeux bien connus, et à y trouver des solutions.

Bien entendu, l'un des facteurs déterminants dont vous aurez à tenir compte est le temps.

Combien de temps reste-t-il avant que la glace ne fonde et que d'autres navires commencent à affluer? Combien de temps avons nous pour faire face à tous les défis qui accompagnent cette nouvelle réalité?

Très peu de temps, selon la plupart des experts.

Une scientifique d'Environnement Canada a récemment indiqué que les glaces de l'Arctique canadien ont diminué de 32 % depuis les années 1960.

Elle a ajouté que chaque année, les glaces de l'Arctique canadien diminuent de 70 000 kilomètres carrés, une superficie équivalant à celle du Lac Supérieur.

Si la fonte des glaces se poursuit au même rythme — et nous avons toutes les raisons de croire que ce rythme va s'accélérer — la glace d'été dans l'Arctique ne sera plus qu'un souvenir avant la fin du siècle.

Un autre chercheur d'Environnement Canada a mentionné que depuis l'époque où Amundsen a réalisé son expédition, les changements climatiques ont entraîné une hausse des températures de 1,2 degré dans l'archipel nordique du Canada.

C'est le double de l'augmentation moyenne dans le reste du monde.

D'autres scientifiques sont plus pessimistes. Ou, tout dépendant de votre point de vue, plus optimistes.

En 2004, le scientifique en chef à bord du brise-glace canadien Amundsen a laissé entendre que les changements climatiques pourraient créer, d'ici 50 ans, une voie navigable libre de glaces dans le Nord.

Deux ans plus tard, un professeur de l'Université de la Colombie Britannique est même allé plus loin en prédisant que le passage du Nord-Ouest pourrait être totalement libre de glaces en été d'ici 25 ans.

Mais il y a une ombre au tableau.

De nombreux experts, y compris ceux qui ne s'entendent pas sur la vitesse de la fonte des glaces, sont d'avis que même si le passage est libre pendant l'été, la navigation y sera toujours périlleuse en raison d'immenses blocs de glace provenant de l'Arctique.

Le passage sera peut-être ouvert, disent-ils, mais cela ne veut pas dire que le voyage se fera toujours sans problèmes.

John Baird, le ministre des Affaires étrangères, est du même avis.

Dernièrement, il a reconnu qu'en raison de ce qui se passe actuellement dans le Nord, il faudra davantage de personnel et de ressources pour protéger le passage du Nord-Ouest.

Mais il a rapidement ajouté que le gouvernement ne croyait pas que les navires étrangers s'empresseront d'utiliser le passage.

Il a exprimé les mêmes inquiétudes que les scientifiques et les chercheurs, à savoir que les voies navigables du Nord sont toujours très risquées, et que les glaces flottantes demeurent une menace constante.

Malgré tout, peu de gens doutent qu'un passage dans le Nord accessible à l'année soit inévitable.

Certaines compagnies ont même déjà amorcé la conception et la construction de navires capables de naviguer dans le passage du Nord-Ouest malgré les dangers.

Vous connaissez les défis que vous aurez à relever en partant d'ici.

Vous aurez à mettre à jour, à revoir et à améliorer vos connaissances au sujet des routes maritimes du Nord.

Vous aurez probablement à réexaminer beaucoup des corridors de navigation dont vous aviez fait le relevé dans le passé, ne serait-ce que pour assurer un passage sécuritaire vers les communautés côtières de l'Arctique.

On vous demandera également de participer au recensement et au développement des nouveaux corridors de navigation et des corridors existants.

Pour y parvenir, vous aurez besoin d'information.

D'une grande quantité d'information. Des données à jour, exactes et pertinentes.

Le président de cette conférence, Roger Cameron, vous en avait déjà parlé avant votre arrivée ici.

Dans l'invitation qu'il a fait parvenir aux représentants, il a dit, et je cite :

« J'espère que cette conférence donnera lieu à des applications précises de la technologie et à des méthodes qui amélioreront notre capacité à acquérir des données en appui à l'hydrographie de l'Arctique. »

M. Cameron l'a mis en plein dans le mille.

Si vous souhaitez accomplir avec succès la tâche qui vous attend dans le Nord canadien, il vous sera primordial d'améliorer vos capacités d'acquisition et d'analyse des données.

Il s'avère que l'Agence spatiale canadienne excelle dans l'acquisition et la diffusion des données, peut-être parce que c'est quelque chose que nous faisons depuis longtemps, c'est-à-dire depuis le début des années 1960, lorsque la NASA a proposé au Canada de concevoir et de fabriquer un satellite qui servirait à sonder l'ionosphère.

Alouette-1 a joué ce rôle pendant 10 années très fructueuses.

À cette époque, nous n'avions aucune expérience dans l'espace.

Nous n'avions pas de programme spatial, et disposions de très peu de ressources pour en créer un.

Alors, lorsque la NASA nous a proposé de se joindre à elle dans l'espace, nous nous sommes empressés d'accepter.

Les raisons étaient aussi évidentes à cette époque qu'elles le sont aujourd'hui.

Le Canada est un pays très vaste. Seule la Russie le dépasse sur le plan de la superficie.

Nous sommes également bordés par trois océans — le Pacifique, l'Atlantique, et bien sûr, l'Arctique.

Par conséquent, nous sommes pourvus d'une ligne de côte extrêmement longue et isolée à beaucoup d'endroits. Avec son littoral de 162 000 kilomètres de long, le Canada possède le quart de tout l'Arctique.

Même aujourd'hui, de vastes régions du Canada sont difficiles à atteindre et peu peuplées.

Et en dépit du réchauffement de la planète, notre climat nordique continue de représenter un défi.

Sans compter que le Nord du Canada est immense.

Nos trois territoires comptent pour quarante pour cent de toute la masse continentale canadienne.

Il y a cinquante ans de cela, il était quasi impossible pour le Canada d'observer et de surveiller efficacement son immense territoire et d'assurer des communications fiables à l'échelle du pays.

L'accroissement des activités de surveillance par aéronef a aidé, mais cette technique était coûteuse et nécessitait beaucoup de temps.

Nous ne le savions pas encore à l'époque, mais le temps nous l'a confirmé : seules les technologies spatiales et la recherche peuvent fournir une solution efficace et durable à ce chapitre.

Aujourd'hui, l'Agence spatiale canadienne est déterminée à exploiter les technologies spatiales et à réaliser des travaux de recherche au profit de la population canadienne.

En grande partie, tout comme vous, notre attention est tournée vers le Nord.

En fait, j'estime qu'une grande partie de nos ressources est maintenant engagée dans les régions polaires du Canada.

Cela signifie que, grâce à nos capacités uniques en matière de mesure et de surveillance, et d'enregistrement et d'analyse de données spatiales, nous sommes bien positionnés pour vous aider à recueillir et à exploiter les données dont vous avez besoin pour surmonter les défis qui vous attendent dans le Grand Nord.

Nous pouvons vous appuyer de nombreuses façons. Certaines de nos méthodes sont fiables et éprouvées, d'autres novatrices et expérimentales, alors que d'autres encore en sont toujours à l'étape de la conception.

Une des initiatives qui est fortement axée sur le Nord est celle du Système d'identification automatique, ou SIA.

Bon nombre d'entre vous savez qu'à l'origine, le SIA a été conçu pour servir de système d'évitement des collisions. On exigeait alors des navires d'une certaine taille qu'ils utilisent des transpondeurs SIA afin de signaler leur identité, leur emplacement et leur cap.

Mais ce système avait ses limites. Seuls les navires et les récepteurs au sol situés dans un périmètre de 50 milles marins pouvaient recevoir l'information.

Mais ces restrictions sont tombées lorsque nous avons mis au point des technologies nous permettant de capter ces signaux depuis l'espace.

Conçue au départ pour surveiller attentivement les zones maritimes canadiennes, la charge utile SIA devrait être lancée à bord du Microsatellite de surveillance maritime et de messagerie (M3MSat).

M3MSat et sa charge utile SIA représentent une avancée majeure au chapitre de notre capacité à surveiller le trafic maritime, laquelle constitue une activité stratégique à la lumière de ce qui se produit actuellement dans le Nord.

M3MSat obtiendra une image détaillée des zones maritimes du Canada, y compris de l'Arctique, toutes les 90 minutes, et une image globale toutes les trois heures.

En captant les signaux SIA depuis l'espace, nous avons considérablement accru notre capacité à recueillir et à diffuser ces informations.

Pour des ministères comme celui de la Défense nationale, cette nouvelle technologie permet d'obtenir une vue synoptique sans précédent du trafic maritime mondial.

La mission SIA aidera également la Garde côtière du Canada à assumer ses responsabilités, c'est-à-dire de repérer et de surveiller les navires qui s'approchent des eaux canadiennes ou qui naviguent dans ces dernières.

À vrai dire, la Garde côtière est partie intégrante de la mission SIA puisque c'est elle qui est chargée d'aménager et d'exploiter la composante côtière du réseau national de SIA.

La Garde côtière installera des stations de SIA à des endroits précis afin de suivre les navires se trouvant à moins de 40 à 50 milles marins du littoral.

Une dernière chose : puisque M3MSat est un microsatellite, il contribuera au développement des capacités du Canada dans ce créneau, lequel s'avère essentiel à l'atteinte de notre objectif qui est de faire de l'industrie spatiale canadienne un leader en matière d'élaboration de satellites plus petits et moins coûteux.

Cela dit, je crois que vous trouverez particulièrement intéressante l'utilisation qui est faite de la charge utile SIA dans le cadre d'un projet pilote.

Le projet en question, que nous avons entrepris en collaboration avec Pêches et Océans Canada (MPO), vise l'exploitation de bouées dotées d'un émetteur/récepteur SIA pour mesurer la température de la glace dans les régions les plus septentrionales de l'Arctique.

Ces bouées d'aide à la navigation — appelées AN — sont installées directement dans la glace.

De leur emplacement, elles transmettent les données qu'elles recueillent à un récepteur/transmetteur SIA embarqué à bord d'un satellite, comme le M3MSat ou ceux de la Constellation RADARSAT.

Ensuite, le SIA envoie ces données directement aux scientifiques au sol.

S'il est couronné de succès, et nous sommes confiants qu'il le sera, ce projet pourrait fournir des renseignements tout à fait à jour sur l'état des glaces dans le Grand Nord.

Grâce à ce projet, les chercheurs pourraient également ne plus avoir à se déplacer jusque dans ces endroits reculés pour mesurer la température de la glace.

Cette dernière méthode est onéreuse, elle prend du temps et elle est rarement sans risques.

De plus, cela limite le nombre d'occasions à notre disposition pour mesurer la température de la glace.

Aussi, grâce aux AN, nous pouvons obtenir des données en continu sans devoir compter sur des lectures mensuelles ou moins fréquentes.

En mars dernier, Pêches et Océans Canada a installé pour nous les deux premières bouées dans la glace à proximité de Resolute Bay.

Elles devraient transmettre des données pendant une période pouvant atteindre 100 jours.

Si l'étude de faisabilité se déroule comme prévu, nous espérons placer plusieurs centaines d'AN dans l'Arctique au cours des prochaines années.

On ne saurait trop insister sur la valeur de notre partenariat avec le MPO dans le cadre de ce projet de bouées ou encore avec le ministère de la Défense nationale dans le cadre de la mission M3MSat.

Tout le monde en tire profit, et pas uniquement les participants.

Ce qui me fascine le plus de ce genre de partenariat est la facilité avec laquelle ils peuvent se présenter.

Nous rencontrons les représentants de divers ministères, qu'il s'agisse du ministère de la Défense nationale, de Pêches et Océans Canada, d'Environnement Canada, de Ressources naturelles Canada ou d'autres.

Nous leur demandons ce qu'ils font et si l'ASC peut les aider d'une quelconque façon à mieux faire leur travail ou peut-être à le simplifier.

Nous discutons et nous écoutons. Et ce faisant, nous apprenons.

C'est simple, en effet, mais cela fonctionne. Constamment.

RADARSAT-1 est l'une des nombreuses initiatives de l'ASC que l'on pourrait qualifier de doyenne du Programme spatial canadien.

RADARSAT-1 a été conçu à la fin des années 1980—époque où l'ouverture du Passage du Nord-Ouest à longueur d'année ne constituait qu'une lointaine possibilité — et il a été lancé en novembre 1995.

Mais, malgré son âge vénérable, RADARSAT-1 demeure un outil formidable dans notre quête visant à mieux comprendre ce qui est en train de se produire dans le Grand Nord canadien.

Conçu à l'origine pour surveiller nos vastes étendues de terre et d'eau et pour suivre les mouvements des glaces et des navires, RADARSAT-1 continue à assurer une surveillance régulière et fiable de l'ensemble de l'Arctique.

Les capacités uniques de surveillance de RADARSAT-1—aucun des défis que représentent les nuages, le brouillard ou l'obscurité n'est à son épreuve — nous permettent de mesurer avec précision les changements qui surviennent dans les eaux, les vagues et les vents océaniques.

RADARSAT-1 aide aussi à suivre la répartition des glaces de mer, à identifier différents types de glace et à produire des cartes quotidiennes des glaces.

Cette information est particulièrement utile pour l'exploration pétrolière en haute mer, les opérations de recherche océanique et la localisation de zones de pêche potentiellement productives.

Ces capacités de surveillance qui nous permettent de suivre efficacement le déplacement des navires permettent également à RADARSAT-1 de déterminer l'étendue des déversements d'hydrocarbures en mer et d'obtenir des renseignements essentiels pour les opérations de contrôle et de nettoyage.

Cela a été tristement mis en évidence il y a deux ans lorsqu'une plateforme de forage au large des côtes de la Louisiane a explosé puis sombré dans le golfe du Mexique.

Les images produites par RADARSAT-1 et RADARSAT-2 se sont avérées inestimables et ont aidé les organismes gouvernementaux à coordonner et à gérer les opérations d'urgence.

À l'instar du projet d'aides à la navigation, la mission RADARSAT-1 est le fruit d'un partenariat.

Mais l'envergure de ce dernier est beaucoup plus grande que celle du partenariat que nous avons conclu avec le ministère des Pêches et des Océans.

Aujourd'hui, RADARSAT-1 compte plus de 600 utilisateurs commerciaux et gouvernementaux dans une soixantaine de pays.

RADARSAT-2 a maintenant rejoint RADARSAT-1 en orbite et je suis fier de dire qu'il ne s'est pas laissé intimider par les succès de son aîné.

En fait, RADARSAT-2 a même contribué à asseoir davantage la réputation du Canada à titre de chef de file mondial dans le domaine de l'imagerie et de l'observation spatiales.

Lancé en 2007, RADARSAT-2 est encore aujourd'hui l'un des fournisseurs d'images radar d'observation de la Terre les plus perfectionnés au monde.

En qui concerne la gestion des ressources naturelles et la surveillance de l'environnement au XXIe siècle, ce satellite est indispensable pour le Nord, pour le Canada et le reste du monde.

Les données produites par RADARSAT-2 nous ont aidés à améliorer considérablement la classification du couvert végétal ainsi que la mesure de l'humidité des sols, de l'enneigement et de la teneur en eau de la neige.

Il en va de même pour la classification des types de glaces et la détection de la lisière des glaces.

Récemment, nous avons amélioré notre capacité à extraire des données RADARSAT-2 des informations sur les vents en eaux libres et dans les régions côtières, contribuant ainsi à appuyer davantage les prévisions maritimes et la surveillance des conditions dans les régions côtières arctiques.

RADARSAT-2 nous a montré qu'il était parfaitement à l'aise au-dessus des deux pôles de la planète.

En août dernier, les images fournies par RADARSAT-2 ont permis aux scientifiques de dresser des cartes de glaciers de l'Antarctique qui n'avaient jamais été cartographiés auparavant.

Ainsi, les chercheurs ont découvert des entités de terrain uniques indiquant la direction et la vitesse de la glace dans l'Antarctique.

Nous croyons que ces renseignements se révéleront très précieux pour déterminer les endroits où fondent les glaces et le rythme avec lequel ce phénomène se produit, et faire des prévisions sur la hausse du niveau de la mer.

La mission de la Constellation RADARSAT, ou MCR, représente l'évolution de l'ensemble du programme RADARSAT.

La phase de définition de la MCR tire à sa fin. Lorsqu'elle sera opérationnelle, la Constellation RADARSAT assurera aux utilisateurs canadiens et internationaux une couverture complète des terres et océans du Canada ainsi que des possibilités d'observation quotidienne de la majeure partie du monde.

Au cours de sa vie prévue, la MCR exécutera un certain nombre de tâches essentielles, dont certaines sont venues s'ajouter depuis la conception de la mission d'origine.

Par exemple, le plan initial visait essentiellement des exigences en matière de sécurité maritime.

Désormais, on renforcera aussi considérablement la sécurité du territoire, surtout dans l'Arctique.

La MCR assurera par jour jusqu'à quatre survols du Grand Nord canadien et plusieurs survols du passage du Nord-Ouest, ce qui nous a permis de mettre en place un certain nombre d'applications.

Ces applications se fondent sur la collecte plus fréquente de données et la création d'images composites qui font ressortir les changements survenant au fil du temps.

Ces applications sont particulièrement utiles pour la surveillance des changements, comme ceux qui sont attribuables à l'évolution de l'occupation du sol, aux changements littoraux, à l'affaissement du sol en milieux urbains et même aux effets anthropiques sur le milieu à l'échelle locale.

La mission de la Constellation RADARSAT (MCR) s'appuiera également sur les images archivées produites par RADARSAT-1 et RADARSAT-2. Ces archives nous permettront de documenter sur une longue période les changements environnementaux et les zones habitées, ce qui produira des informations géophysiques utiles, non seulement au sujet du Canada et du Nord, mais également du monde entier.

Les images fournies par la constellation de satellites aideront également à :

  • appuyer la gestion et le développement durables des ressources naturelles;
  • améliorer la surveillance météorologique et la sécurité de la navigation;
  • faire respecter les règlements ayant trait aux pêches et à l'environnement;
  • gérer les catastrophes, l'aide humanitaire et les interventions de secours.

Parmi les autres satellites canadiens sur lesquels on peut compter, mentionnons SCISAT, un satellite scientifique lancé en 2003 pour nous aider à mieux comprendre la couche d'ozone.

Vous tous ici présents le savez, aucun pays n'est plus vulnérable aux effets de l'appauvrissement de la couche d'ozone au-dessus de l'Arctique que le Canada.

Aussi, l'Expérience sur la chimie atmosphérique, ou ACE, à bord de SCISAT s'est tellement bien déroulée que la mission a largement dépassé son mandat initial.

En plus de fournir d'excellentes données sur l'appauvrissement de l'ozone, SCISAT génère maintenant des données tout aussi utiles sur le changement climatique, la qualité de l'air et la pollution.

Même si, au départ, les contributions de SCISAT devaient durer deux ans, voilà que la mission est sur le point de terminer sa première décennie d'activités.

Sans aucun doute, deux des défis les plus pressants qu'il faut relever dans le Nord canadien portent sur les télécommunications et la météo.

Nous nous penchons sur ces deux défis par le biais de la mission proposée de télécommunications et de météorologie polaire, appelée plus communément PCW.

Composée de deux satellites, la mission PCW est censée assurer des services de télécommunications en bande large en tout temps dans la région arctique et améliorer la surveillance du changement climatique et les prévisions météorologiques.

À l'heure actuelle, les besoins en télécommunications des zones éloignées du Nord canadien sont principalement satisfaits par les satellites géostationnaires de télécommunications.

Il faut dire que ces satellites offrent une vaste gamme de services de télécommunications et de services récréatifs aux Canadiens de partout au pays.

Cependant, en raison de la géométrie de leur orbite, les satellites géostationnaires de télécommunications ne sont pas en mesure de couvrir toutes les régions.

Et ils offrent des services mobiles limités aux avions et aux navires qui se trouvent dans l'Extrême Arctique.

Cela signifie que certaines des régions du Nord canadien n'ont pas accès à des solutions de télécommunications sûres, fiables et de haute capacité.

Des défis semblables se posent pour la prévision météorologique dans l'Extrême Arctique.

Bien que les satellites en orbite polaire offrent une bonne résolution spatiale des zones de hautes latitudes, ils ne couvrent que de minces corridors.

Par conséquent, ils ne peuvent couvrir toute la région circumpolaire en un seul passage.

Non seulement l'étroitesse de l'observation rend difficile la prévision météorologique dans l'Arctique, mais elle nuit également à l'exactitude des prévisions partout au Canada, en Amérique du Nord et à l'échelle mondiale.

Nous le savons déjà très bien au Canada, l'Arctique joue un rôle déterminant sur la météo partout dans le monde.

Nous nous attendons à ce que la mission PCW améliore radicalement tant les télécommunications que les prévisions météo.

Collectivement, ces missions, et toutes les autres de même nature, nous aident à mieux comprendre notre planète.

Ces missions ont pour effet concret, particulièrement au Canada, d'instaurer une infrastructure dans le Nord.

Comme les routes ou les ponts, ces satellites font partie intégrante de cette infrastructure.

J'espère, en ces temps difficiles qui pointent à l'horizon, que vous vous solliciterez l'appui de l'Agence spatiale canadienne et que vous mettrez à profit cette infrastructure nordique afin que se concrétisent toutes les promesses de succès à venir.

Le Canada a besoin de vous pour réussir.

Je vous remercie.