Les bienfaits de la Station spatiale internationale pour l'humanité

Surveillance de la santé de la lagune de Venise à partir de la station spatiale

La ville de Venise, en Italie, est connue pour son architecture, son histoire, son atmosphère romantique et, bien entendu, ses canaux qui servent d'artères principales à la zone urbaine. Les canaux et les ponts constituent une trace de l'activité humaine sur la lagune de Venise, un plan d'eau marécageux proche de la mer Adriatique qui abrite les 117 îles sur lesquelles la ville a été construite. En plus de servir de base à la ville de Venise, la lagune est une composante essentielle de l'écosystème des zones humides de la Méditerranée, reconnue par traité international comme un site Ramsar.

Comme bon nombre de régions côtières, la lagune de Venise, la ville de Venise et les zones humides écosensibles s'enfoncent lentement dans la mer Adriatique, ce qui cause des risques d'inondations pour Venise et de graves dommages aux terres humides. Une cartographie méticuleuse de la lagune est essentielle afin d'atténuer les dommages pour les habitants et l'environnement.

En 2010, des photographies de la lagune prises par des astronautes de la Station spatiale internationale ont attiré l'attention d'Alessandro Mulazzani Ph.D., un consultant environnemental qui collabore au projet « Atlante della laguna » (atlas de la lagune). L'atlas est un système d'information géographique (SIG) basé sur la technologie Web qui constitue une mine de renseignements sur le climat, l'écosystème et l'hydrologie de la lagune, ainsi que sur les répercussions de l'activité humaine sur cette dernière. M. Mulazzani décrit la valeur pour l'atlas des photos à haute résolution saisies par les astronautes :

« Ces photos sont très utiles et elles nous donnent une vue récente de cet environnement unique, la lagune de Venise, surtout pour le grand public et les étudiants… ».

Cet intérêt s'est développé et il a débouché sur une collaboration continue avec l'équipe du projet d'observation de la Terre par l'équipage de la Station spatiale internationale CEO (pour Crew Earth Observations) au Centre spatial Johnson (JSC) de la NASA. La lagune de Venise est donc devenue un site CEO officiel que les astronautes photographient régulièrement. L'équipe de l'expérience CEO utilise les toutes dernières informations sur l'orbite de la station pour prédire le moment où des sites d'intérêt seront visibles pour l'équipage. Ces prédictions de cibles sont ensuite vérifiées pour déterminer si l'éclairage sera adéquat, si la couverture nuageuse sera acceptable et si l'équipage sera disponible pour prendre des photos. Les sites au sol qui sont validés par ces différents filtres sont transmis aux membres de l'équipage comme cibles à photographier au moyen des caméras à bord de la station. Une fois que les astronautes ont réussi à saisir des images d'une cible demandée, ces images sont ajoutées à la base de données en ligne « Gateway to Astronaut Photography of Earth» et le grand public à travers le monde peut y accéder gratuitement. Dans le cas des collaborations formelles, comme celle visant la lagune de Venise, des avis de nouvelles images peuvent aussi être envoyés à des chercheurs désignés.

L'utilisation d'images saisies à l'aide de caméras numériques portatives à partir de la station peut combler les lacunes des séries chronologiques de données satellitaires robotiques, en plus de donner des images prises de différents points de vue et avec des résolutions au sol variées. Ce vaste éventail de rendement est un avantage unique qu'offre la station comme plateforme de télédétection, et souligne tout particulièrement l'avantage que confèrent les systèmes de télédétection opérés manuellement aux systèmes autonomes traditionnels. Dans le cas de la lagune de Venise, la présence d'observateurs humains à l'affut d'occasions de collecte de données inattendues pourrait aider à assurer la santé de cette terre humide pendant plusieurs générations.

atlas de la lagune

Saisie d'écran de l'atlas de la lagune montrant la photo géoréférencée ISS023-E-13766 prise par un astronaute. On peut y voir une partie du système de canaux (bleu clair) ajoutée comme couche additionnelle. L'image de base est une mosaïque orthophotographique (une image créée à partir d'une série d'images corrigées géométriquement). Le lien est disponible en italien seulement.

William L. Stefanov
Jacobs/Applications scienfiques, recherche et développement/ Direction de la recherche sur les astromatériaux et de l'exploration spatiale
Centre spatial Johnson

Nota:

La Convention de Ramsar, dont la première rencontre a été organisée en 1971 à Ramsar (Iran), est un traité international visant à favoriser la maintenance et l'utilisation durable des terres humides dans les territoires des pays membres. La lagune de Venise est devenue un site Ramsar en 1989.