Histoires à succès

Deux entreprises canadiennes unissent leurs compétences pour mettre au point un réflecteur d'antenne haute précision

Un réflecteur de taille moyenne surpasse les normes établies

Grâce à un contrat conclu dans le cadre du Programme de développement des technologies spatiales (PDTS) de l'Agence spatiale canadienne (ASC), la division montréalaise de MDA Corporation, une entreprise de Colombie-Britannique, a mis au point un réflecteur d'antenne de haute précision qui répond intégralement aux normes de l'industrie et qui sera installé sur les satellites de communication. En 2008, en collaboration avec Composites Atlantic Ltd. (CAL), une entreprise basée en Nouvelle-Écosse, MDA a réussi à développer un réflecteur de taille moyenne (0,9 mètre de diamètre) qui, de fait, surpasse les normes établies. Les réflecteurs de MDA et de CAL sont plus légers et plus rigides que les réflecteurs standards, et parce qu'ils sont stables sur le plan thermique, ils fonctionnent très efficacement sur une plus grande plage de températures.

Presque immédiatement, le succès de ces réflecteurs a été remarqué par l'Agence spatiale européenne (ESA). Résultat? Une technologie mise au point au Canada et une occasion de participer au programme satellitaire de l'ESA, Sentinel.

Même si ce premier réflecteur composite n'est que l'une des nombreuses réalisations de MDA, il marque un tournant pour la division de Montréal. En travaillant en étroite collaboration avec des fournisseurs de classe mondiale comme CAL, MDA a acquis énormément d'expérience – et une réputation bien méritée pour l'excellence – en matière de conception et de construction de réflecteurs pour l'industrie des satellites de communication. Son expertise au chapitre du développement et de la fabrication de structures en matériaux composites est particulièrement importante, car ces composites supplantent rapidement les composants métalliques, surtout dans l'industrie de l'aérospatiale.

Quand « collaboration » rime avec « succès »

L'invitation à apporter une contribution au programme Sentinel de l'ESA et les importants besoins du marché en matière de réflecteurs composites ont permis à MDA et à CAL de décrocher, en 2010, un autre contrat en vertu du PDTS. Les deux entreprises ont donc poursuivi leur collaboration, cette fois-ci pour bâtir un plus grand réflecteur, atteignant 2,3 mètres de diamètre. Les grands réflecteurs sont plus efficaces, car ils permettent de distribuer la puissance rayonnée de façon optimale sur la région de la Terre à desservir.

Là encore, le partenariat entre MDA et CAL a surpassé les attentes, ce qui a attiré l'attention d'importants joueurs de l'industrie. Mais cette fois, c'est le géant américain de l'aérospatiale, Boeing, qui a frappé à la porte pour passer une commande de 16  grands réflecteurs.

Les innombrables retombées de la technologie

Les réalisations de MDA et de CAL sont remarquables à plusieurs égards. Leurs réflecteurs sont d'abord une solution canadienne originale pour répondre aux besoins de l'industrie. De ce fait, ces réflecteurs ne sont pas assujettis au règlement sur le trafic d'armes (International Traffic in Arms RegulationsITAR), qui est souvent la pierre d'achoppement pour les entreprises traitant avec les États-Unis. La technologie qui se cache derrière les réflecteurs a également d'autres effets extrêmement bénéfiques, et pas seulement pour Boeing et pour l'ESA. Les réflecteurs permettent d'améliorer sensiblement la qualité des services par satellite partout sur la planète, car lorsqu'ils sont en orbite, les antennes qui en sont composées offrent un rendement optimal et ont une meilleure stabilité thermique.

En prime, MDA et CAL signalent que le travail réalisé dans le cadre du PDTS leur a permis d'améliorer leur compréhension du comportement et des propriétés des matériaux composites, ce qui augure bien pour l'avenir des deux entreprises.

L'occasion de contribuer à la mission de Sentinel-3 de l'ESA est également importante. D'abord, cela permettra à MDA et à CAL de déployer leur nouvelle technologie dans l'espace pour la première fois. Le lancement de Sentinel-3, prévu en 2013, est la troisième de cinq missions de l'ESA précisément conçues pour répondre aux besoins opérationnels de la Surveillance mondiale de l'environnement et de la sécurité (GMES).

Contrat modeste, résultats ambitieux

À l'origine, le contrat conclu dans le cadre du PDTS était relativement modeste (939 000 $), mais les résultats, eux, ne l'ont pas été. La technologie mise au point dans le cadre de cette entente a presque immédiatement été commercialisée, ce qui a permis à MDA et à CAL d'obtenir des contrats qui étaient probablement hors de leur portée peu de temps auparavant. Outre l'ESA et Boeing, d'autres organisations ont maintenant recours à cette technologie canadienne, notamment Intelsat, l'un des plus importants fournisseurs de services par satellite au monde.

La technologie mise au point par MDA et CAL équipe les satellites suivants : EXPRESS AM5, EXPRESS AM6, ASTRA 1N, ASTRA 2E, ASTRA 2F, ASTRA 2G, ASTRA 5B, JUPITER-1 et HYLAS-2. De plus, les réflecteurs et les panneaux de MDA et CAL ont servi au satellite W5A, qui fait partie d'un programme commercial d'Eutelsat. En bref, l'industrie a sans hésitation adopté les produits mis au point par les deux sociétés canadiennes.

Le marché adopte cette nouvelle technologie

La commercialisation de la nouvelle technologie est déjà rentable. Selon MDA, ces réflecteurs rapportent environ 5 millions de dollars par année. De plus, dans le cadre des contrats conclus à la suite du PDTS, il a fallu embaucher des personnes hautement qualifiées pour travailler sur les réflecteurs. Résultat : 15 postes à plein temps ont été créés.

Enfin, l'expérience et le savoir-faire de MDA et de CAL en matière de structures en composites destinées à l'environnement spatial vont très certainement déboucher sur d'autres contrats, davantage de ventes et d'autres emplois. En fait, CAL a déjà l'occasion d'élargir son expertise pour l'appliquer à d'autres domaines de la conception d'astronefs. En effet, l'entreprise développe en ce moment des substrats pour panneaux solaires. Du point de vue de l'ASC et du Canada, le succès remporté par MDA et CAL est une autre illustration des avantages que comportent la collaboration et le partenariat. Aux yeux de la communauté internationale, c'est une preuve de plus de l'ingéniosité et de l'excellence canadiennes.