Campagne nationale de recrutement d'astronautes

Imaginez une entrevue d'emploi qui dure une bonne partie de l'année, qui est remplie d'essais axés sur des situations potentiellement mortelles et qui promet de vous mettre à rude épreuve sur les plans physique et psychologique. C'est exactement ce qu'ont subi les candidats en lice pour devenir les prochains astronautes du Canada. Ce fut une aventure complètement folle remplie de sensations fortes, de moments excitants et de gymnastique mentale pour avoir la chance de décrocher l'un de seulement deux postes d'astronautes.

En mai et juin 2008, 5 351 candidats de tous âges et de toutes les couches de la société ont répondu à l'appel initial lancé par l'Agence spatiale canadienne dans le cadre de sa Campagne nationale de recrutement d'astronautes. Au terme de plusieurs mois d'évaluations exténuantes, soit en avril 2009, le processus de sélection est arrivé à sa phase finale d'évaluation alors que deux candidats devaient être retenus parmi un bassin de seulement seize personnes. L'ASC a mis la créativité, l'esprit d'équipe et la forme physique des candidats à rude épreuve afin de déterminer lesquels avaient l'étoffe nécessaire pour résister aux rigueurs de l'entrainement des astronautes et des vols spatiaux.

L'appel est lancé

Cette campagne de recrutement n'était que la troisième dans toute l'histoire du Programme des astronautes. La première a eu lieu en 1983, lorsque le corps d'astronautes canadiens a été constitué, et la deuxième a eu lieu en 1992. Avec le départ à la retraite prévu de certains des astronautes chevronnés du Canada, le moment était venu de recruter de nouveaux membres. Ces nouveaux astronautes pourront s'attendre à prendre la place qui leur revient à bord de la Station spatiale internationale pendant des périodes prolongées et à participer au Programme spatial canadien, lequel est en pleine expansion. De plus, d'éventuelles missions spatiales au-delà de l'orbite terrestre ne sont pas exclues.

Cette aventure a été officiellement lancée en mars 2008 lorsque l'honorable Jim Prentice, alors ministre d'Industrie Canada, a annoncé lors d'une conférence de presse que l'ASC invitait les Canadiens au pays et à l'étranger à soumettre leur candidature par voie électronique à compter du 22 mai 2008. Au cours du processus de présélection, on a demandé aux candidats de remplir deux questionnaires élaborés afin d'identifier les candidats qui possédaient les aptitudes de base pour devenir astronaute. Un comité d'experts formé d'astronautes retraités de l'ASC, de médecins de vol, de conseillers en RH et d'ingénieurs ont passé l'été 2008 à filtrer, à évaluer et à classer des milliers de demandes d'emploi afin de dénicher les candidats idéaux, c'est-à-dire ceux possédant certains attributs particuliers (diplômes universitaires en sciences, en génie ou en médecine, publications professionnelles, aptitudes en langages, permis de pilotage, certificat de plongée en scaphandre autonome, etc.). En outre, dès les premières étapes, l'équipe de sélection a procédé à une présélection en fonction d'un critère aussi élémentaire que le type corporel. Les candidats au poste d'astronaute doivent avoir certaines mensurations pour qu'ils puissent s'installer confortablement dans les sièges des capsules russes Soyouz et de l'éventuel engin spatial américain Orion qui transportera les astronautes jusqu'à la station spatiale et qui les ramènera sur Terre.

À fin octobre 2008, des quelque 5 000 candidats potentiels, 79 ont été retenus dans le cadre du rigoureux processus de sélection. Avec l'aide d'ambassades canadiennes, de consulats, le Centre de recherche sur les communications et de bases militaires canadiennes, les évaluateurs ont entrepris un marathon de trois semaines en réalisant des entrevues d'une heure par vidéoconférences avec des candidats aux quatre coins du monde, notamment aux États-Unis continentales, à Hawaii, en France, en Suède, en Afghanistan, en Allemagne et au Japon.

Quarante-quatre candidats ont par la suite été invités à subir des examens médicaux dans différentes cliniques médicales de bases des Forces canadiennes partout au pays. Des médecins de vol militaires leur ont administré des examens médicaux semblables à ceux que doivent subir, sur une base régulière, les pilotes d'avion de chasse.

Des sensations fortes

Les épreuves d'endurance, de force physique et de résistance au stress ont meublé la majeure partie de la phase suivante du concours, laquelle a débuté à la mi-janvier pour les 39 candidats toujours en lice. Ces derniers se sont d'abord soumis à des tests d'aptitudes qui visaient à évaluer, au moyen de simulateurs de vol, leurs compétences en navigation ainsi que leur capacité à commander des systèmes robotiques. On s'attend à ce que les astronautes possèdent tous certaines aptitudes, comme une bonne mémoire, des habiletés de raisonnement, une bonne concentration, une capacité à bien s'orienter dans l'espace et une bonne dextérité manuelle.

Les candidats astronautes ont ensuite subi des tests de condition physique en gymnase et en piscine afin de mesurer leur endurance, leur force, leur tolérance à l'immersion et leur aptitude générale à la nage (toutes des aptitudes que doivent posséder un astronaute). Les astronautes doivent impérativement être à l'aise dans l'eau puisqu'ils passent d'innombrables heures à s'entraîner sous l'eau - particulièrement pour ce qui concerne les entraînements aux sorties extravéhiculaires (EVA) ou marches spatiales qui ont lieu dans la piscine NBL (Neutral Buoyancy Laboratory) du Centre spatial Johnson de la NASA, à Houston, au Texas, qui contient 6,2 millions de gallons d'eau.

À la mi-février 2009, il ne restait plus que 31 candidats dans la course, et les examens les plus ardus étaient encore à venir.

L'espace est un environnement extrême et dangereux qui ne pardonne aucune erreur. Les astronautes doivent suivre les instructions sans délai et réagir avec compétence. Pour mesurer la capacité de réaction des candidats astronautes et leur créativité en situations potentiellement mortelles, ils ont été soumis à des simulations de dangers et de contrôle d'avaries.

Dans les installations de la société Survival Systems Training Limited, à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, chaque candidat a été attaché dans un siège à l'intérieur d'un simulateur de cabine d'hélicoptère. On leur a ensuite fourni des instructions de dernière minute sur l'évacuation d'urgence, puis on les a immergés dans une piscine, une vingtaine de pieds plus bas. Une fois dans l'eau, il ne faut que quelques secondes pour que l'habitacle de l'hélicoptère se remplisse d'eau et chavire. Au cours de cette simulation, les évaluateurs ont voulu savoir si les candidats étaient en mesure de suivre des instructions et de s'extraire de la carlingue de l'hélicoptère sans paniquer et sans être désorientés. Chaque candidat a effectué l'exercice à trois reprises, chaque tentative étant plus compliquée de la précédente. Pour terminer, les évaluateurs ont demandé aux candidats de sauter du haut d'une plateforme de 27 pieds dans une mer agitée reproduite en piscine.

Le fil d'arrivée

Pour terminer le rigoureux processus d'évaluation, les candidats ont été soumis à des situations d'urgence simulées échelonnées sur une journée à l'intérieur d'une maquette de navire, à l'École du génie naval des Forces canadiennes, Division du contrôle des avaries, à Halifax et Dartmouth, en Nouvelle-Écosse. Afin d'établir la capacité des candidats à travailler en équipe, ils ont été exposés à des incendies soudains et à des inondations subites d'eau glacée à la hauteur de la taille. Malgré une fatigue extrême et un potentiel d'hypothermie, les candidats ont dû persévérer et montrer qu'ils pouvaient travailler en équipe pour réparer les dégâts aussi rapidement et efficacement que possible.

En mars 2009, la liste des candidats d'exception est passée de 31 à 16. Au terme de la conférence de presse ayant annoncé les seize derniers finalistes, les candidats ont été soumis à une batterie d'examens médicaux et psychologiques afin d'évaluer leur santé physique générale dans les installations de Recherche et développement pour la défense Canada ainsi qu'au North York General Hospital, à Toronto.

En plus d'avoir à réaliser des tâches techniques et à s'entraîner, les astronautes canadiens aident, par le biais d'entrevues et d'événements publics, à sensibiliser la population canadienne aux sciences et aux technologies spatiales et ils incitent les jeunes à poursuivre des études, et éventuellement une carrière, dans ces secteurs. En avril, les finalistes ont passé une autre série de tests afin d'évaluer leurs aptitudes générales de communications et leur capacité à représenter l'Agence spatiale canadienne. À la suite de cette ronde d'évaluations, les candidats ont rencontré des membres du comité de sélection pour leur entrevue finale.

Ils sont venus de partout au pays avec plusieurs diplômes en poche et des réalisations exceptionnelles. Or, seulement deux candidats sont parvenus à concrétiser leur rêve : Dr David Saint-Jacques et capitaine Jeremy Hansen. Déterminés à suivre les traces d'astronautes chevronnés comme Marc Garneau, Chris Hadfield et Julie Payette, les deux nouveaux astronautes du Canada auront la chance de consolider le rôle de premier plan que joue le Canada en exploration spatiale et au sein du Programme de la Station spatiale internationale.

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